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Vol. 53, No. 11, November 2007, pp.1944 - 1952 Copyright © 2007 by The College of Family Physicians of Canada
Validation dindicateurs de la prise en charge des atteintes des fonctions cognitives dans les unités dévaluation gériatriqueIsabelle Payot, MD, Judith Latour, MD FRCPC CSPQ, Fadi Massoud, MD FRCPC CSPQ and Marie-Jeanne Kergoat, MD CCFP FCFP CSPQDre Payot, Dre Latour, Dr Massoud et Dre Kergoat enseignent la gériatrie à la faculté de médecine de lUniversité de Montréal au Québec. Dre Kergoat est chercheuse au centre de recherche de lInstitut universitaire de gériatrie de Montréal. Correspondance à: Dre Marie-Jeanne Kergoat, Centre de recherche, Institut universitaire de gériatrie de Montréal, 4565, ch. Queen-Mary, Montréal, QC H3W 1W5; téléphone 514 340-3515; télécopieur 514 340-2832; courriel marie-jeanne.kergoat@umontreal.ca Les aînés occupent, dans la société, une place démographique et économique de plus en plus importante. Etant donné la prévalence croissante de la démence toute cause confondue dans la population canadienne1, la gestion des atteintes cognitives chez les personnes âgées de plus de 65 ans représente un défi considérable pour lorganisation du réseau des soins de la santé. Un tiers des lits dun service médical de soins aigus serait occupé par des personnes âgées ayant une atteinte significative des fonctions cognitives2. Dans les unités dévaluation gériatrique, milieu optimal pour la prise en charge des personnes âgées fragiles, plus de 50% des patients hospitalisés auraient un diagnostic identifiant des troubles cognitifs3. Dans certaines conditions comme la démence, lincontinence ou les chutes, les soins dispensés aux aînés sont fréquemment sous optimaux4. Toutefois, malgré une conscientisation à limportance de latteinte des fonctions cognitives dans une population de plus en plus âgée et des traitements disponibles, leur détection et leur prise en charge en milieu hospitalier semblent toujours être insuffisantes5–7. Dans un contexte de rareté des ressources, lefficience et lamélioration de la qualité des soins sont devenues des préoccupations majeures des gestionnaires et professionnels du réseau de la santé. Des indicateurs de qualité ont donc été développés afin de pouvoir mesurer de façon objective la qualité des soins. Comme le démontrent certaines études8–11, lutilisation de ces indicateurs améliore ladhérence aux recommandations édictées pour certaines conditions ainsi que la qualité des soins dispensés12. Toutefois, le bénéfice de leur application clinique reste encore à valider dans de nombreux domaines. Afin dharmoniser et améliorer les interventions cliniques, nous avons voulu, dans un premier temps, identifier des indicateurs de qualité spécifiques à lévaluation et la prise en charge de latteinte des fonctions cognitives chez la personne âgée hospitalisée. Ces indicateurs seront utilisés par la suite pour mesurer la qualité des processus de soins dans une étude ayant cours dans lensemble des unités dévaluation gériatrique du Québec13.
En vue dobtenir un consensus sur la validité et la faisabilité des indicateurs de qualité, une méthode de type Delphi-modifiée (consultation itérative dexperts sur un sujet donné), inspirée par lapproche RAND, a été utilisée14. Dans un premier temps, à laide des informations contenues dans la littérature scientifique, nous avons développé un algorithme (Figure 1) pour identifier chaque étape nécessaire au processus dévaluation et de prise en charge de latteinte cognitive. Pour nous aider dans notre analyse de la pertinence des différentes étapes du processus de soins, nous avons appuyé nos recherches sur des recommandations édictées par des sociétés médicales concernées, que nous avons jugées proches de la pratique clinique au Québec15–21, ainsi que sur un certain nombre darticles pertinents (Tableau 117,20,22–26). Puis, avec laide de 3 médecins gériatres associés au programme de recherche sur la qualité des soins en unité dévaluation gériatrique et suivant lalgorithme, nous avons sélectionné, parmi les indicateurs ACOVE (Assessing Care Of Vulnerable Elders)27–29 22 indicateurs qui nous semblaient essentiels à une prise en charge optimale de latteinte des fonctions cognitives, lors de lhospitalisation dune personne âgée dans une unité dévaluation gériatrique (Tableau 2).
Dans un second temps, les indicateurs ont été soumis à un panel dexperts pour être validés. Les panélistes ont été choisis, à la fois en fonction de leur compétence clinique reconnue dans les troubles cognitifs et de leur expérience professionnelle auprès de la clientèle gériatrique hospitalisée. Sept médecins, dont 4 gériatres, 2 neurologues et un omnipraticien, chargés plus particulièrement de lenseignement en soins aux personnes âgées et en démence et en poste dans des hôpitaux universitaires de 3 facultés de médecine du Québec ont participé au processus de validation des indicateurs. Dans ce processus de validation, les indicateurs, accompagnés de preuves de la littérature ont été soumis, par envoi postal, au panel dexperts. Ils ont été présentés sous forme de fiches, accompagnés dune documentation justificative. Dans tous les cas, la documentation était étayée par 3 lignes directrices sur lévaluation et la prise en charge de la démence15,16,18.21. Pour chaque indicateur, lexpert devait coter, sur une échelle de réponse de type Likert à 9 points (1—entièrement en désaccord; 9—entièrement en accord) son degré daccord à des affirmations concernant la validité, la qualité et la nécessité dêtre inscrit dans le dossier médical de chaque indicateur. Chaque indicateur était jugé en fonction de 4 critères. Un indicateur était considéré comme valide si:
Les analyses ont été basées sur la RAND/UCLA Appropriateness Method14, une méthode de mesures statistiques fréquemment employée et adaptée à toutes les tailles de panel. Pour quun indicateur soit retenu, il devait faire consensus selon les valeurs médianes, être situé dans le tertile supérieur (7 à 9) et recevoir lagrément des experts. Les scores ont été enregistrés et les commentaires analysés. Lagrément entre expert a été déterminé par le taux daccord ou désaccord défini par le calcul de lIPR (InterPercentile Range, une mesure statistique de la dispersion dune distribution) sur lIPRAS (Interpercentile Range Adjusted for Symmetry) en utilisant comme borne inférieure et supérieure, le 33e et le 67e percentile respectivement. Si lIPR était plus élevé que lIPRAS, lindicateur était côté comme étant en désaccord. Les indicateurs qui rencontraient un score moyen de moins de 3 ou un désaccord entre experts étaient éliminés demblée. Ceux qui avaient un score de 7 ou plus avec un accord entre experts étaient acceptés tels quels. Les indicateurs qui obtenaient un score intermédiaire étaient modifiés en fonction des commentaires apportés par les experts puis soumis au même panel pour un second tour.
Sur les 22 indicateurs de qualité soumis à lappréciation du panel dexperts, 21 (95%) ont été acceptés au premier tour comme valides pour lévaluation et la prise en charge de latteinte des fonctions cognitives. Tous ont obtenu un score médian de 7 et plus, ainsi quun agrément entre experts. Un seul indicateur a obtenu un score médian de 5. Il a été modifié en fonction des commentaires puis soumis à nouveau au panel dexperts, qui la finalement accepté. Le Tableau 2 décrit les indicateurs de qualité en détail et selon leur appartenance à chaque étape du processus de soins. Lindicateur rejeté lors du premier tour portait sur limportance de communiquer avec le proche aidant du patient atteint de démence et de consigner le résultat de la discussion au dossier médical au plus tard 48 heures après ladmission. La majorité des experts a jugé quil ny avait pas assez dévidences scientifiques pour faire un lien entre le résultat spécifié par lindicateur et lobtention dun bénéfice pour le patient, que lindicateur nétait pas assez pertinent comme mesure de la qualité des soins et quil ny avait pas de preuve que les dispensateurs qui adhéraient à cet indicateur fournissaient de meilleurs soins. Plus de la moitié des panélistes estimaient quil nétait pas nécessaire de consigner ces informations au dossier hospitalier et que le délai de 48 heures imparti était trop court. Cet indicateur a été modifié selon les commentaires du panel et accepté.
Le pourcentage élevé daccord peut être expliqué par la sélection minutieuse des indicateurs faite avant la soumission aux experts. En effet, les indicateurs ont été majoritairement inspirés du projet américain ACOVE27 pour les personnes âgées vulnérables souffrant de démence, vivant dans la communauté ou hospitalisées. Ils étaient déjà passés par un processus de sélection quant à leur pertinence dans la prise en charge des atteintes des fonctions cognitives avant dêtre retenus par notre équipe de recherche. Comme le démontrent plusieurs études, il existe des avantages certains à utiliser des indicateurs de qualité ayant déjà été soumis à un processus de validation pour une condition donnée30–32. Toutefois cette démarche demande une certaine adaptation contextuelle des indicateurs, en fonction du pays ou du milieu étudié. Les indicateurs de qualité ont été modifiés pour être ajustés aux conditions de pratique hospitalière québécoises, avec lappui dune littérature ciblée sur une population vulnérable, dont les caractéristiques sociodémographiques et cliniques ont été publiées antérieurement par notre équipe de recherche33. En plus de cette revue de littérature adaptée à chaque indicateur, ce dernier était soutenu par 3 lignes directrices, dont 2 étaient parfaitement pertinentes pour le système de santé étudié (financement publique, accès à des soins universels), puisque lune était canadienne et lautre australienne15,16. Les experts ont été sélectionnés pour leur compétence reconnue en gériatrie, troubles de la cognition et expérience clinique en unité dévaluation gériatrique. Ils reflétaient les spécialités qui prennent en charge ce type de clientèle. Ceci pourrait expliquer lacceptation de certains indicateurs sur lesquels la littérature restait vague (comme assurer un suivi après le congé) ou conflictuelle (comme effectuer systématiquement une imagerie cérébrale ou un dosage de cyanocobalamine). Il est à noter que la méthode RAND préconise un panel qui compte entre 7 et 15 experts au minimum14. Le nombre de spécialistes composant notre panel était relativement restreint. Toutefois, comme la démontré Akins et al34, même un nombre peu élevé de panélistes, sils possèdent une expertise relativement homogène dans un domaine requis, peut contribuer à développer des critères de qualité. Le sujet du Delphi étant lévaluation et la prise en charge de latteinte des fonctions cognitives en milieu hospitalier, qui incombent, initialement, essentiellement aux médecins, seule cette profession a été représentée parmi les experts. Les indicateurs avaient lavantage de couvrir toutes les étapes du processus de soins, depuis le dépistage dune atteinte des fonctions cognitives jusquà lorganisation dun suivi à domicile après le congé de lhôpital, domaine, en général, peu considéré dans les lignes directrices. Ils mettaient donc laccent sur des aspects moins explorés par les médecins lors de lévaluation de troubles cognitifs, comme limportance de documenter la capacité à comprendre les risques des traitements proposés ou didentifier une personne capable dassurer le suivi médical dès le congé au domicile. Les indicateurs soulignaient aussi des aspects reliés à lentourage et aux proches aidants. Ils évaluaient laspect des directives anticipées ou la possibilité de se référer à une personne significative identifiée par le patient lui-même en cas de nécessité. Il faut mentionner que la prise en charge de personnes âgées, souvent très malades, requiert une adaptation en fonction de lindividu et du contexte clinique. Il est parfois difficile deffectuer une évaluation complète des fonctions cognitives, lors dune hospitalisation en unité dévaluation gériatrique malgré le temps et les professionnels disponibles, en raison du nombre élevé de co-morbidités, parfois décompensées, et de la présence souvent associée dun delirium. Un certain nombre dinterventions doivent être différées après stabilisation de létat du patient et faites en ambulatoire ou après le transfert dans une unité de réadaptation. Le fait de demander aux experts de coter les indicateurs non seulement en fonction des évidences de la littérature mais aussi de leur propre expérience clinique a permis dobtenir des précisions sur des points litigieux que lon retrouvait dans les recommandations internationales, ainsi que sur les habitudes de pratique, notamment en ce qui concerne lusage des inhibiteurs de lacétylcholinestérase, dans les cas de démence à contribution vasculaire. Il faut noter toutefois que les lignes directrices auxquelles nous avons fait référence datent de 1999, 2001 et 2003 et que de nouvelles recommandations, dont des recommandations canadiennes, vont paraître prochainement. Il est probable que les pratiques concernant cette médication dans les démences avec une contribution vasculaire seront révisées en fonction de données plus récentes35–37. Associés à dautres approches, les indicateurs serviront à lévaluation de la qualité des processus de soins dans une étude ayant cours dans lensemble des unités dévaluation gériatrique de courte durée des hôpitaux de soins généraux du Québec13.
Contributions des auteurs Drs Payot, Latour, Massoud et Kergoat ont contribué à lélaboration du protocole de recherche, au traitement et à lanalyse des données et à la rédaction du présent article. Rien déclaré Cet article a fait lobjet dune révision par des pairs.
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