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Vol. 53, No. 12, December 2007, pp.2093 - 2095 Copyright © 2007 by The College of Family Physicians of Canada
Préserver les relations avec les parents anti-vaccinsCinq suggestions tirées de la psychologie socialeJennifer Fortune, MA and Kumanan Wilson, MD MSc FRCPCCorrespondance à: Dr Kumanan Wilson, 14EN Room 220, Toronto General Hospital, 200 Elizabeth St, Toronto, ON M5G 2C4; courriel kumanan.wilson{at}uhn.on.ca L'inquiétude persiste face à la vaccination des enfants dans certains segments de la population. Les médecins sont de plus en plus confrontés à des parents qui ne veulent pas faire immuniser leurs enfants. La situation peut créer des tensions entre médecins et parents, et nuire à lintégrité des relations thérapeutiques à long terme1,2. Dans certains cas, la relation a été rompue par le médecin qui ne voulait pas voir les enfants dont les parents refusaient les vaccins ou par les parents qui ne voulaient pas transiger avec un médecin qui insistait pour les faire vacciner3. On peut comprendre le point de vue des médecins dans de telles interactions. Les médecins ont la responsabilité de donner des soins et ils peuvent juger inacceptable la décision des parents de ne pas laisser leurs enfants se faire vacciner, et même la considérer comme un comportement abusif. Par contre, les médecins doivent sefforcer de ne pas laisser cette perception se conclure par un scénario où ils ne dispensent plus de soins à ces enfants. Or, cest difficile à faire à plusieurs égards. Dabord, la décision de ne pas recevoir les vaccins nest pas prise par lenfant; dautre part, la rupture de la relation thérapeutique punit en réalité lenfant pour la décision de ses parents. En deuxième lieu, ce serait présumer que la vaccination est la seule intervention importante des médecins auprès des enfants et sousestimer les autres soins de santé fournis. Troisièmement, ces enfants courent le plus de risques de contracter des maladies quil est possible de prévenir par la vaccination; par conséquent, les médecins veulent sassurer quils les voient sur une base régulière, tant dans lintérêt des enfants que de la santé publique. Enfin, la meilleure façon dassurer que ces enfants seront éven-tuellement vaccinés, cest de pouvoir soulever la question de la vaccination à lavenir en gardant les parents et les enfants dans leur pratique. Les médecins sont cependant aux prises avec les nombreuses difficultés qui sont propres au dialogue avec des parents à propos de leurs enfants4,5. Pour aider les médecins à gérer ce problème épineux, nous proposons 5 suggestions adaptées de la recherche en psychologie sociale (Tableau 1). Elles ont pour but de les aider à maintenir des relations harmonieuses avec les parents anti-vaccins pour assurer que ces enfants continuent de recevoir des soins médicaux réguliers - que les parents décident ou non de les faire vacciner. Ces suggestions se fondent sur létablissement de la confiance, qui a souvent été identifiée comme une composante importante pour influencer les décisions parentales à propos des vaccins1,2.
Réalisme naïf Lorsque des parents soulèvent la question de linnocuité des vaccins ou disent quils ne sont pas certains de vouloir faire vacciner leurs enfants, les médecins doivent sassurer de bien comprendre la nature de leurs inquié-tudes. Par exemple, une question comme «Ce vaccin estil dangereux?» peut être interprétée de différentes façons. Elle peut vouloir dire «Je suis certain que cest dangereux et jai pris une décision» ou encore «Estce dangereux ou pas? Jai besoin de votre avis.» Les parents du premier exemple ne pourront probablement pas être convaincus de faire vacciner; les personnes qui ont des convictions si fortes deviennent encore plus convain-cues quelles ont raison si on tente de les persuader du contraire6. Les parents du deuxième exemple pourraient, par contre, être réceptifs aux renseignements en faveur de la vaccination donnés par le médecin. En déterminant à quelle catégorie appartiennent les parents, les médecins pourront plus facilement adapter leur approche subséquente. Ce processus de remise en question de sa première impression nest pas une réaction naturelle chez la plupart des gens, puisque les personnes ont tendance à croire que leur vision du monde est la bonne, une réaction connue sous le nom de réalisme naïf7. Réactance Devant des parents qui éprouvent de lincertitude face aux vaccins ou ceux qui sont déterminés à les éviter, les médecins ne doivent pas réagir avec agressivité. Une attaque directe contre les convictions profondes ne fera souvent que les renforcer, une réaction connue sous le nom de réactance8. Une critique vigoureuse pourrait donc faire plus de tort que de bien, en polarisant encore plus lopinion des parents9. Cest particulièrement le cas chez les parents qui ont déjà envisagé la vaccination à un moment donné10. Les professionnels de la santé doivent faire particulièrement attention parce que, selon les données scientifiques, les tentatives manifestes de persuasion de la part de personnes de classe sociale plus élevée peuvent encore plus susciter la réactance que la persuasion venant de pairs ou de ceux ayant un statut moins élevé7. Par conséquent, en face de parents qui sopposent de manière véhémente à la vaccination, les médecins devraient exprimer calmement leurs préoccupations sans faire de déclarations incendiaires ou remettre en question le souci des parents pour leurs enfants. Préséance de linformation négative Des recherches antérieures indiquent que la vaccination peut se révéler un sujet «brûlant» qui divise les parents et les professionnels de la santé. Les discussions à ce propos peuvent devenir plutôt enflammées1–3,11. Une dispute avec un médecin est le genre dexpérience intensément négative qui peut nuire aux rapports subséquents entre les parents et le médecin. Des recherches en psychologie font valoir que les événements négatifs ont souvent des effets plus forts et plus durables sur les impressions des gens que les événements positfs12. Ainsi, un seul différend avec un médecin peut influencer défavorablement lopinion que se font les parents du médecin. Le médecin est donc responsable de veiller à ce que la discussion ne dégénère pas en dispute. On conseille plutôt aux médecins de dire leur point de vue et, si la discussion prend la tournure dune confrontation, de changer de sujet. Cest particulièrement important avec les parents qui sont déterminés à ne pas faire vacciner, parce que les chances de les persuader du contraire sont minces. Pour éviter la confrontation sans fermer complètement la porte à la vaccination, le médecin peut conclure la discussion en promettant de soulever à nouveau la question après un certain temps - par exemple, dans un an. Un récent sondage auprès des pédiatres et des médecins de famille indique que cette approche est déjà utilisée11. Attributions Même si les médecins et les patients ne sentendent pas du tout sur la question de la vaccination, il est important de faire des efforts pour maintenir une relation positive. Il nest pas surprenant de constater que la meilleure façon dy arriver, cest détablir une relation cordiale et empreinte de confiance avec toutes les familles dès le début, avant même que la question de la vaccination soit abordée. Le maintien de relations positives importe à divers égards. Les gens se laissent influencer plus facilement par les personnes quils aiment que par celles quils naiment pas13. De plus, les relations de confiance se bâtissent souvent avec le temps14. Dans le cas des parents incertains à propos de la vaccination, ils seront plus susceptibles daccepter de faire vacciner sils ont une bonne impression de leur médecin. Les parents fortement opposés à la vaccination écouteront peutêtre plus patiemment un médecin leur parler de vaccination sils ont confiance en lui et laiment bien que sil leur est antipathique. Le maintien dune relation positive revêt une importance particulière; lexpérience vécue avec le médecin déterminera la façon dont les parents interpréteront son comportement concernant une question controversée comme la vaccination. On appelle ces interprétations les attributions. Lorsquune personne est témoin du comportement dune autre, elle fait souvent des attributions au sujet des traits de personnalité ou des influences situationnelles qui causent le comportement15. Si les relations des parents avec le médecin se sont déroulées sans incident auparavant mais que, soudain, ils ne sentendent pas sur une question comme la vaccination, les parents auront tendance à interpréter linsistance du médecin en faveur de la vaccination en fonction de lopinion quils se sont faite du médecin. Si cette opinion était favorable, les parents expliqueront sans doute le comportement dans un sens positif (p. ex. «Mon médecin essaie seulement de faire son travail et se préoccupe de mon enfant»). Si les rapports nétaient pas aussi harmonieux, ils penseront différemment (p. ex. «Mon médecin ne respecte pas mes opinions»). Objectifs prépondérants Les objectifs prépondérants désignent les motifs et les idéaux que les 2 groupes ou personnes ont en commun. Dans le cas du conflit sur la vaccination, les parents et les médecins peuvent convenir que lintérêt supérieur de lenfant constitue leur terrain dentente. Croire aux objectifs prépondérants est une composante importante de la confiance: sattendre à ce que lautre personne à qui on fait confiance agira en fonction dune motivation altruiste (plutôt que par intérêt personnel)14. Dans le cas présent, cela voudrait dire que les parents croient que le médecin se préoccupe sincèrement de leurs enfants. Linsistance sur le terrain dentente est aussi une technique éprouvée de règlement de conflit, en ce sens quelle aide à éviter une attitude de confrontation en mettant les deux opposants sur le même côté16. Dans cette optique, le refus dun médecin de traiter les enfants dont les parents refusent la vaccination est particulièrement dévastateur. Il confirme aux parents quils avaient raison de ne pas faire confiance au médecin, parce quil ne se soucie évidemment pas de la santé de leurs enfants. Les objectifs prépondérants doivent donc être établis dès le début de la relation, parce que limpression première des parents doit être que le médecin se soucie véritablement de la santé de leurs enfants. Conclusion Malgré la controverse, les différends entourant la vaccination des enfants ne doivent pas envenimer de façon permanente la relation entre parents et médecins. Les médecins peuvent prendre des mesures pour assurer que les discussions entourant la vaccination demeurent empreintes de respect même si les parents sont déterminés à ne pas faire vacciner leurs enfants. Nous espérons que ces 5 suggestions tirées de la psychologie sociale fourniront aux médecins des outils pour garder lharmonie dans ces interactions.
Acknowledgments Remerciements Les auteurs remercient Donald Redelmeier et Ian Newby-Clark de leurs précieux commentaires sur ce manuscrit. Dr Wilson est appuyé par une bourse de nouveau chercheur des Instituts de recherche en santé du Canada. Footnotes Aucun déclaré Les opinions exprimées dans les commentaires sont celles des auteurs. Leur publication ne signifie pas quelles sont sanctionnées par le Collège des médecins de famille du Canada. Références
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