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Vol. 53, No. 4, April 2007, pp.605 - 607 Copyright © 2007 by The College of Family Physicians of Canada
Une once de préventionPrescription pour un système de santé en dif_cultéStephen J. Genuis, MD FRCSC DABOGProfesseur agrégé à lUniversity of Alberta, à Edmonton Correspondance à: Dr Stephen Genuis, 2935—66 St, Edmonton, AB T6K 4C1; téléphone 780 450–3504; téléco-pieur 780 490–1803; courriel sgenius{at}ualberta.ca
Mieux vaut prévenir que guérir. Dans les pays industrialisés où règne labondance, tout comme dans les pays en développement qui luttent pour progresser, la création et le maintien de services de santé acceptables comptent parmi les priorités des autorités publiques, des travailleurs médicaux et des citoyens. Quand les tendances épidémiologiques, notamment lescalade des taux de maladies chroniques1,2, les populations rapidement vieillissantes et lutilisation plus grande que jamais des services de santé se juxtaposent à un financement et à des ressources limités, la viabilité des systèmes de santé publics devient une préoccupation. Les effectifs médicaux en nombre insuffisant pour soi-gner des nombres à la hausse de patients ont donné lieu à lavènement de «consultations-minutes», dans lesquelles la prestation des soins vise parfois plus à régler les signes et les symptômes plutôt quà découvrir et à prendre en charge les causes de laffection. Compte tenu des coûts grandissants des services de santé, du désarroi relatif de certains systèmes de santé publics et des recherches qui délimitent sans équivoque les déterminants spécifiques des afflictions contemporaines, il est temps que le milieu médical réexamine le concept de la pratique clinique actuelle, dans lequel il y aurait lieu dinclure la médecine préventive. Soulagement des symptômes Avec la prolifération des cliniques sans rendez-vous et le recours accru aux départements durgence pour des problèmes non urgents, beaucoup sattendent à consommer les services médicaux comme ils consomment les repas-minutes: service rapide, brèves rencontres, bonne valeur et satisfaction immédiate. En cette époque de publicité pharmaceutique directe aux consommateurs, beaucoup de patients pensent à la gratification instantanée et au soulagement immédiat plutôt quà la santé et au bien-être à long terme. Ils sont très satisfaits daller voir le médecin et de ressortir du cabinet avec un morceau de papier, de prendre un médicament et de se sentir mieux. Les médicaments efficaces procurent un soulagement rapide des symptômes, ce qui contente le patient et donne une rétroaction positive aux médecins. Les ordonnances sont rapides et faciles à rédiger et nexigent pas dinvestigations prolongées des causes de laffection. Par contre, une étude des données épidémiologiques récentes fait ressortir des renseignements plutôt inquiétants. Autant chez les adultes que chez les enfants, les taux à la hausse des maladies iatrogènes deviennent de plus en plus évidents3,4; des taux alarmants de morbidité et de mortalité5,6 sont actuellement attribuables aux erreurs médicales et aux réactions médicamenteuses indésirables. Limpression des gens que certains traitements médicaux contribuent au fardeau de la maladie a donné lieu à une recrudescence sans précédent de lattention portée aux thérapies complémentaires et alternatives. Lescalade vertigineuse de la consommation de produits homéopathiques, dherbes médicinales, de naturothérapies et dautres traitements non pharmaceutiques témoigne de linsatisfaction grandissante à pro-pos du résultat de certaines interventions médicales. Les données épidémiologiques confirment aussi que la médecine de soulagement des symptômes pourrait faciliter les réponses camouflages. Le mot symptôme peut être défini comme un «signe davertissement». En soulageant rapidement les symptômes avec des thérapies puissantes, les origines sous-jacentes peuvent demeurer ignorées, permettant aux processus pathologiques de persister insidieusement, entraînant des résultats potentiellement désastreux à long terme. Les séquelles latentes de lomission de trouver létiologie de divers problèmes de santé deviennent de plus en plus évidentes. La médecine contemporaine est témoin de la juxtaposition dune espérance de vie accrue, dune baisse de la mortalité due à des maladies aiguës et, simultanément, de taux galopants de maladies dégénératives chroniques et dincapacité, tant chez les jeunes que chez les plus âgés1,2. LOrganisation mondiale de la santé (OMS) a publié un important document intitulé Prévention des maladies chroniques: un investissement vital,1 qui porte sur la pandémie globale daffections chroniques. Selon les estimations, on attribue présentement aux maladies chroniques 72% du fardeau mondial de la maladie chez les adultes de 30 ans et plus7. De récentes statistiques américaines font valoir que, dans le domaine pédiatrique, environ 3% des enfants sont nés avec des anomalies congénitales8, environ 17% des enfants ont eu des problèmes de développement9, lincidence du cancer durant lenfance sest accrue de 27,1% entre 1975 et 200210 et un chiffre record de 1 enfant sur 12 vit avec une incapacité intellectuelle ou physique11. Chez les adultes, les maladies chroniques, dont les maladies cardiovasculaires, le diabète, les pro-blèmesdarthrite et desanté mentale, ainsi que les taux rapidement croissants de cancer12, dominent la pratique médicale. Compte tenu de lescalade des coûts, du nombre à la hausse de personnes malades, de la pandémie de maladies reliées aux ordonnances13 et des ressources limitées, il faudrait envisager lintégration de programmes de santé préventifs. Médecine préventive Léducation médicale et la pratique clinique contemporaines accordent une attention constante au soulagement de la souffrance, aux soins continus à la personne handicapée, au maintien des fonctions vitales et à la réponse aux besoins de la personne en fin de vie. Les professions de la santé se préparent à la maladie avec ressources, diligence et créativité. La prévention de la maladie et le maintien de la santé, par ailleurs, ne sont souvent pas des priorités de premier plan. De nombreuses maladies sont causées par des modes de vie quil est possible de modifier; la façon dont les personnes choisissent de vivre détermine souvent la façon dont elles mourront, leur santé et leur bien-être durant leur vie. Lescalade du cancer chez lenfant et des maladies neurologiques dues à lexposition prénatale à des substances toxiques14,15, les omniprésentes maladies cardiovasculaires et respiratoires reliées aux habitudes choisies16, lexplosion des taux de diabète attribuable aux modes de vie sédentaires et à la mauvaise alimentation et les graves anomalies congénitales subséquentes à des carences alimentaires maternelles17 et à des expositions néfastes18 démontrent que la santé est souvent une question de décisions et non pas le fait du hasard ou dun destin génomique prédéterminé. Compte tenu des forts taux de maladies possibles à prévenir, de nom-breux promoteurs de la santé exigent des interventions axées sur la prévention et la promotion de la santé dans des domaines comme le mode de vie, lenvironnement et lalimentation, de sorte que, face à la maladie, les médecins devront acquérir des compétences pour favoriser une santé optimale. Par ailleurs, une insistance accrue sur des soins de santé préventifs pose des défis de taille, parce quil nest pas certain que dans notre culture contemporaine, les personnes puissent être influencées à adopter des modes de vie sains. Si les patients qui souffrent sont peut-être motivés à agir pour se sentir mieux, les personnes qui ne souffrent pas ne le seront peut-être pas. Beaucoup croient que la santé et la maladie sont complètement indépendantes du comportement et, sans égard aux habitudes mal-saines, ils pensent que la santé sachète en bouteille de médicaments. Les bienfaits à long terme de léducation en santé ne sont habituellement pas une priorité dans une culture où les recommandations sur lalimentation et le mode de vie sont considérées comme des thérapies primitives et où la réussite est célébrée par un non-événement. Même aux patients affligés, la promotion de la santé par des interventions liées au mode de vie peut être difficile à vendre. Parce que les récompenses des bonnes habitudes sont souvent intangibles à court terme et parce que les effets dun comportement nuisible pour la santé ne se font pas sentir dans limmédiat, il ny a habituellement pas de soulagement instantané. Il peut sembler étrange aux médecins de remettre en question des personnes apparemment en bonne santé avec des intrusions non souhaitées dans leur vie, surtout si on ne leur a pas demandé daide. Les patients ne sont généralement pas enclins à révolutionner leur mode de vie sils nen voient pas la nécessité. Les dispensateurs de soins de santé sont frustrés parce que les patients ne se conforment pas aux interventions reliées au mode de vie. De plus, léducation en profondeur demande du travail et du temps et les patients qui sattendent à des pilules magiques remettent en question la compétence des médecins qui prescrivent avec prudence les produits pharmaceutiques. Laction thérapeutique sous ordonnance procure lespoir dun règlement rapide du problème et elle est récompensée par de la gratitude; labsence dintercession pharmaceutique peut être accueillie avec déception et insatisfaction à lendroit du dispensateur de soins. Par ailleurs, la reconnaissance de la nécessité urgente de la promotion de la santé et de la médecine préventive comme éléments essentiels à la viabilité du système de santé ne représente pas une épiphanie; de telles admonitions ont déjà été exprimées auparavant. Si le bon sens et des recherches exhaustives enjoignent létablissement médical et les gouvernements à pro-mouvoir les interventions et les politiques en santé conçues pour substituer des circonstances injurieuses par de saines pratiques, les politiques actuelles sur le plan de léducation et de léconomie ne créent pas le milieu propice à limplantation de telles initiatives. La majorité de la recherche clinique (principalement financée par lindustrie) se concentre sur des thérapies de maintien lucratives plutôt que sur la prévention et la guérison19. Léducation médicale est surtout centrée sur la maladie plutôt que sur la santé et la plupart des revues médicales publient des articles sur la prise en charge de la maladie plutôt que sur des stratégies pour promouvoir la santé et le bienêtre20. La plupart des systèmes de santé financés par les fonds publics remboursent les médecins pour traiter les maladies et non pas pour les prévenir. En réalité, bon nombre de régimes de rémunération ne considèrent pas la médecine préventive comme étant nécessaire sur le plan médical et, par conséquent, en excluent tout financement, pénalisant ainsi les médecins qui prennent le temps et déploient leffort voulu pour éduquer les patients au sujet de stratégies visant à éviter la maladie. Soins de première ligne et prévention de la maladie: quo vadis? En réponse à lincapacité de lapproche de consultation-minute, divers organismes nationaux et internationaux revendiquent des programmes déducation et des interventions stratégiques visant la promotion de la santé et la prévention de la maladie21. Le programme international sur lalimentation et le mode de vie récemment approuvé par lOMS22 et la myriade de campagnes portant sur la prévention des blessures sont des pas dans cette direction. Plusieurs autres initiatives sont susceptibles daider les praticiens à intégrer la prévention dans la prestation des soins de santé individuels et publics. Lexamen médical annuel donne la possibilité déduquer les parents à propos des questions de santé propres aux enfants. Certains praticiens font de léducation proactive en rédigeant des articles sur le maintien de la santé pour des publications communautaires, tandis que dautres donnent des cours dans des écoles, lors de conférences ou sur des tribunes publiques. Un programme novateur, intitulé en anglais «Do Bugs Need Drugs?» a été instauré par une province canadienne pour prévenir lusage abusif des antibiotiques. Après avoir renseigné des enfants du niveau primaire, la consommation dantibiotiques a fléchi presque immédiatement. Certains médecins se servent doutils dévaluation de lexposition aux substances toxiques du Collège des médecins de famille de lOntario23 ou de modules sur la santé environnementale de lOMS pour diminuer les risques posés aux patients par les substances toxiques pathogènes. Les soins avant la conception peuvent prévenir les problèmes congénitaux et de nombreux médecins ont commencé à avoir recours à dautres professionnels de la santé, comme des nutritionnistes, pour éduquer les patientes à propos de diverses préoccupations à cet égard. Il a été éprouvé quen assurant un apport suffisant de substances nutritives de base, comme la vitamine D et les acides gras oméga-3, on peut prévenir une multitude de problèmes de santé. Les politiques publiques peuvent aussi contribuer à éviter les maladies, en atténuant des facteurs de risque et en favorisant des conditions propices à la santé par l'adoption de lois comme le port obligatoire de la ceinture de sécurité, les restrictions imposées à l'amiante ou l'élimination des gras trans. Dans les nombreuses facettes de la prestation des soins de santé et de l'éducation publique, des efforts concertés en promotion de la santé sont nécessaires de toute urgence. Pour sortir la médecine préventive du discours purement académique et l'intégrer à la pratique médicale systématique, il faudra cependant des efforts soutenus en matière d'éducation médicale, de rémunération des médecins et de politiques publiques.
Footnotes Les opinions exprimées dans les commentaires sont celles des auteurs. Leur publication ne signifie pas quelles sont sanctionnées par le Collège des médecins de famille du Canada. Références
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