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Vol. 53, No. 4, April 2007, pp.618 - 621 Copyright © 2007 by The College of Family Physicians of Canada
Les bêtabloquants ont-ils un rôle dans le traitement de lhypertension?OUINadia Khan, MD FRCPC MScProfesseure adjointe au Centre des sciences de lévaluation de la santé et des résultats de la Division de médecine interne générale à lUniversity of British Columbia à Vancouver
Finlay A. McAlister, MD FRCPC MSc
Correspondance à: Dre Nadia Khan, Centre for Health Evaluation and Outcomes Sciences, 620B—1081 Burrard St, St Pauls Hospital, Vancouver, BC V6Z 1Y6; téléphone 604 266-0961; télécopieur 604 266-0962; courriel nakhan{at}shaw.ca Les recommandations du Programme éducatif canadien sur lhypertension de 20061 continuent dinclure les bêtabloquants sur la liste des thérapies de première intention appropriées pour lhypertension sans complication chez les personnes de moins de 60 ans (mais pas pour celles de plus de 60). Par ailleurs, une récente méta-analyse, largement communiquée publiquement, signalait que lutilisation des bêtabloquants était associée à un risque accru dAVC2, semant la controverse entourant le rôle de ces agents dans le traitement de lhypertension. De nombreux médecins de famille sont maintenant aux prises avec les questions suivantes:
La pathophysiologie de lhypertension Lefficacité des bêtabloquants peut varier selon lâge, compte tenu des différences dans la pathophysiologie de lhypertension entre les patients plus jeunes et ceux plus âgés. Les patients plus jeunes ont tendance à développer une hypertension avec une impulsion sympathique et un débit cardiaques élevés, mais avec une élastance artérielle normale un état atténué par leffet bêtabloquant. Les patients plus âgés font généralement de lhypertension systolique avec une rigidité artérielle accrue. Par conséquent, on pourrait sattendre à ce que les agents qui ont peu deffet sur lélastance artérielle, comme les bêtabloquants, soient moins bénéfiques pour les patients plus âgés. Données probantes tirées des études cliniques Ces variations dans lefficacité selon lâge ont largement été démontrées dans les études cliniques. Messerli et ses collègues ont publié une méta-analyse des études sur lhypertension qui évaluaient les bêtabloquants chez les patients de plus de 60 ans3. Dans une analyse regroupant 10 études publiées avant 1999 (n=16 164), ils ont découvert quil ny avait pas de différence significative entre les bêtabloquants et le placebo dans la réduction de la mortalité cardiovasculaire, toutes causes confondues. En raison de ces données, les recommandations canadiennes sur le traitement de lhypertension1 préconisent de ne pas utiliser les bêtabloquants comme monothérapie initiale pour lhypertension sans complication chez les personnes âgées. Les recommandations continuent cependant à endosser lusage des bêtabloquants pour les patients âgés avec une insuffisance cardiaque congestive ou des antécédents dinfarctus du myocarde (IM) ou de langine symptomatique et comme agents de deuxième ou troisième intention pour les patients dont lhypertension nest pas contrôlée. Dans leur méta-analyse, Lindholm et ses collègues ont combiné 18 études (n= 106 460) évaluant lutilisation des bêtabloquants sans égard à lâge des patients2. Dans cette analyse, il ny avait pas de différence dans le risque dIM ou de décès. Par contre, si les bêtabloquants étaient associés avec un risque réduit dAVC (risque relatif réduit [RR] 19%, intervalle de confiance à 95% [IC] 7% à 29%) dans les études contrôlées contre placebo, ceci représentait une réduction moindre que celle de 32% observée avec dautres agents antihypertenseurs dans les études contrôlées contre placebo4. Dans les études comparant un agent antihypertenseur avec un autre, les patients qui ont reçu des bêtabloquants avaient un risque plus élevé de 16% davoir un AVC par rapport aux patients qui prenaient dautres antihypertenseurs. Compte tenu des différences plausibles dans lefficacité des bêtabloquants selon lâge, nous avons analysé à nouveau toutes les études sur les bêtabloquants pour lhypertension selon lâge des participants5. Dans les études où lâge moyen dépassait 60 ans, les bêtabloquants étaient associés à un risque accru dAVC, dIM ou de décès par rapport aux autres antihypertenseurs (RR 1,07, IC à 95% 1,00 à 1,14), principalement attribuable à une augmentation de 18% (IC à 95% 7% à 30%) du risque dAVC. Dans les études où lâge moyen des patients était de moins de 60 ans, il ny avait pas de différence dans les résultats composés au chapitre de lAVC, de lIM ou du décès entre les patients prenant des bêtabloquants et ceux qui prenaient dautres agents (RR 0,97, IC à 95% 0,88 à 1,07). Profil de la tolérabilité et des effets secondaires Comme tous les agents antihypertenseurs, les bêtabloquants peuvent avoir des effets secondaires. Cependant, contrairement à la croyance populaire, les bêtabloquants sont généralement bien tolérés et ne nuisent pas à la qualité de vie5. Ils sont contre-indiqués dans certains cas, comme lasthme modéré à grave, mais ils semblent sécuritaires chez les patients ayant une maladie pulmonaire chronique obstructive avec une réversibilité mineure des voies aériennes et ceux qui souffrent de la maladie du sinus ou un bloc auriculo-ventriculaire. Si certaines études démontrent des effets indésirables sur la résistance à linsuline et le profil lipidique, les plus récents bêtabloquants avec effets vasodilatateurs, comme le carvedilol, ont des effets neutres sur la sensibilité à linsuline et le profil lipidique7. Des méta-analyses ne signalent aucune augmentation importante des symptômes de la dépression8 ni dexacerbation de la claudication chez les patients atteints de maladies artérielles périphériques9. Les bêtabloquants sont associés à de la fatigue et à la dysfonction sexuelle, mais les risques absolus sont plutôt faibles (fatigue, 18 patients sur 1 000; dysfonction sexuelle, 5 sur 1000). Conclusion Les bêtabloquants ont-ils un rôle dans le traitement de lhypertension? Même si les bêtabloquants ne devraient pas être utilisés comme monothérapie de première intention chez les patients âgés souffrant dhypertension, ils demeurent un traitement de première intention raisonnable chez les patients de moins de 60 ans atteints dhypertension sans complication ou pour les patients de tous âges ayant une défaillance cardiaque, de langine symptomatique ou ayant eu un IM au cours des 2 dernières années, et ils demeurent des agents auxiliaires raisonnable pour lhypertension non contrôlée. Si létat du patient est stable et bien contrôlé avec la thérapie aux bêtabloquants, faut-il changer sa thérapie? Même si les données des études ne répondent pas directement à cette question, les études sur lhypertension démontrent collectivement que le facteur le plus important pour améliorer les résultats, cest un bon contrôle de la pression artérielle; le choix de lagent est moins important10.
Remerciements Dre Khan est une jeune investigatrice de GENESIS (Instituts canadiens de recherche en santé [ICRS] et Fondation des maladies du cœur du Canada), nouvelle investigatrice des ICRS et nouvelle investigatrice de la St Pauls Hospital Foundation. Dr McAlister est appuyé financièrement par lAlberta Heritage Foundation for Medical Research, les ICRS et la chaire de lUniversity of Alberta/Merck Frosst/Aventis en gestion de la santé des patients. Références
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