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Vol. 53, No. 4, April 2007, pp.618 - 621 Copyright © 2007 by The College of Family Physicians of Canada
Les bêtabloquants ont-ils un rôle dans le traitement de lhypertension?NONJames P. McCormack, PharmDProfesseur à la Faculté des sciences pharmaceutiques à lUniversity of British Columbia, à Vancouver Correspondance à: Dr James P. McCormack, Faculty of Pharmaceutical Sciences, UBC, Vancouver, BC V6Z 1Y6; téléphone 604 603-7898; télécopieur 604 822-3035; courriel jmccorma{at}interchange.ubc.ca
When your hearts on fire, you must realize, smoke gets in your eyes. En 1996, un collègue et moi écrivions dans le chapitre sur lhypertension dun manuel que les bêtabloquants avaient une efficacité éprouvée pour réduire la morbidité et la mortalité (M&M)1. En rétrospective, la seule façon que nous ayons pu le croire, cétait que nous ignorions les résultats de la plupart des grandes études sur les bêtabloquants et lhypertension. Le tableau 1 résume les données scientifiques disponibles, tirées détudes contrôlées contre placebo étudiant les effets des bêtabloquants sur la M&M lorsquils sont utilisés pour lhypertension2. Cinq des 7 études nont pas pu démontrer que les bêtabloquants avaient un effet sur les critères dévaluation respectivement de lAVC, de linfarctus du myocarde (IM) ou de la mortalité globale par rapport au placebo. Dans les 2 études qui ont fait valoir des différences importantes, environ 60% des sujets prenaient des thiazidiques, ce qui pourrait avoir contribué aux bienfaits observés. Lindholm et ses collègues ont récemment publié ces résultats sous forme de méta-analyse2. En comparaison du placebo, les bêtabloquants nont produit aucun effet statistiquement significatifs sur les coronaropathies ou la mortalité, mais il y avait une réduction relative de 19% (réduction absolue <0,5%) dans lAVC. Cest la moitié de ce que lon observe habituellement avec les autres antihypertenseurs. En examinant seulement les études comparant laténolol à un placebo, aucune réduction statistiquement significative na été constatée selon lun ou lautre des critères dévaluation.
Ces constatations ne sont pas nouvelles. Des méta-analyses antérieures3,4 remettaient en question lutilisation des bêtabloquants pour lhypertension, surtout chez les personnes âgées. Compte tenu de cette incertitude, on se serait attendu à ce que lutilisation des bêtabloquants (spécialement laténolol) chez les aînés soit minimale. Rien ne séloigne plus de la réalité. Des données de lassurance-médicaments en Colombie-Britannique portant sur les patients de plus de 65 ans démontrent que le nombre dordonnances daténolol a augmenté chaque année de 2003 à 2005. Cétait le bêtabloquant le plus prescrit en 2004 et en 2005 et ce nombre sélève maintenant à de million de prescriptions par année. Dans une méta-analyse plus récente5, les auteurs ont fait la distinction entre les études sur les bêtabloquants portant sur les sujets plus jeunes (<60) et celles sur les plus âgés (=60). Chez les patients de moins de 60 ans, en utilisant les résultats moyens composés pour lIM, lAVC et la mortalité, les auteurs ont calculé un ratio de risque de 0,86, avec la limite supérieure de lintervalle de confiance à 95% se trouvant juste en-dessous (0,99) du magique 1. Selon leurs estimations, les bêtabloquants ont produit une réduction absolue de 0,5% (sur 5 ans) dans ce résultat combiné. Ces constatations ont incité les auteurs à déclarer que chez les patients plus jeunes, les bêtabloquants étaient associés à une réduction significative dans la morbidité et la mortalité cardiovasculaires5. Il est intéressant de souligner que la principale étude utilisée pour étayer cette affirmation était celle du Conseil médical de la recherche (CMR) sur lhypertension légère6. Cette étude signalait que les incidents cardiovasculaires nétaient pas diminués chez les fumeurs prenant du propranolol et que la mortalité toutes causes confondues était réduite chez les hommes suivant un traitement actif (thiazidiques ou bêtabloquants), mais augmentait chez les femmes. Lespace empêche une critique plus approfondie de cette méta-analyse, mais lun des problèmes dune analyse rétrospective des données se situe dans le fait que, si on examine assez de critèresdévaluation, un facteur dimportance statistique peut sen dégager, y compris ceux mentionnés par le CMR. Alors pourquoi, au milieu des années 1990, mon collègue et moi-même avons-nous déclaré quil avait été démontré que les bêtabloqueurs réduisaient la morbidité et la mortalité associées à lhypertension? En rétrospective, je crois que nous avons commis les erreurs
Nous nétions pas les seuls à faire ces déclarations. Par exemple, le rapport de la Société canadienne dhypertension artérielle en 1993 disait que, depuis 1988, 3 études avaient confirmé lefficacité des diurétiques et des bêtabloquants et avaient démontré une réduction marquée et considérable dans le risque daccident vasculaire cérébral7. Les 3 études citées nappuient pas cette conclusion en ce qui concerne les bêtabloquants. Les recommandations du Programme éducatif canadien sur lhypertension préconisaient les bêtabloquants comme lun de 5 médicaments de première intention pour une thérapie initiale. Les lignes directrices de 2005 et 2006 étaient semblables, mais elles précisaient que les bêtabloquants ne devraient être utilisés que chez les personnes de moins de 60 ans. Alors, après 42 ans dutilisation de ces agents, que savons-nous des effets des bêtabloquants sur la morbidité et la mortalité associées à lhypertension?
Selon moi, ces données ne justifient pas de recommander comme médicaments de première intention des bêtabloquants pour lhypertension. Mais, pour ne pas me faire vertement critiquer de jeter le bébé avec leau du bain, je crois fortement que les bêtabloquants (sauf laténolol, bien entendu) seraient clairement un solide choix de médicaments de première intention pour des hommes hypertendus plus jeunes, non fumeurs, qui souhaitent réduire leur risque cardiovasculaire de 0,5%, chez qui il a été démontré une intolérance à tous les autres antihypertenseurs de première intention (à dose appropriée).
References
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