|
|
Vol. 53, No. 6, June 2007, pp.994 - 997 Copyright © 2007 by The College of Family Physicians of Canada
Devrait-on offrir aux Canadiens le dépistage systématique du cancer de la prostate?OUIYves Fradet, MD FRCSCProfesseur et Chef de la chirurgie et lurologie à lUniversité Laval au Québec Correspondance à: Dr Yves Fradet, Centre de recherche, LHôtel-Dieu-de-Québec, 11 côte du Palais, Québec, QC G1R 2J6; téléphone 418 525-4444, poste 15561; télé-copieur 418 691-5562; courriel yves.fradet{at}crhdq. ulaval.ca L a justification dun dépistage systématique pour des personnes asymptomatiques repose sur limportance de la maladie, lexistence dune méthode efficace de détection, lefficacité du traitement et la démonstration dun impact significatif sur la mortalité dans la population.1 À mon avis, toutes ces conditions sont réunies pour le dépistage du cancer de la prostate et les hommes sont en droit dêtre informés de ces bénéfices possibles pour leur santé. Limportance de la maladie Limportance du cancer de la prostate est indéniable. Chaque année, au Canada, quelque 20 000 nouveaux cas sont diagnostiqués et 20% en mourront. Ces chiffres sont comparables à ceux observés pour le cancer du sein. Et la mortalité et les coûts de santé augmenteront proportionnellement à laccroissement rapide de lespérance de vie. Existence et efficacité du dépistage Le dépistage du cancer de la prostate est maintenant possible grâce à la convergence du dosage sérique de lantigène prostatique spécifique (APS), qui permet lidentification des individus à plus haut risque de cancer, et le développement dun fusil biopsique guidé par échographie transrectale. Approximativement 6% des hommes de 50 ans et plus auront un APS supérieur à 4 µg/mL et 16% entre 2.5 et 4 µg/mL. Bien tolérée sous anesthésie locale, la biopsie échoguidée a une spécificité de près de 100% et une sensibilité de lordre de 85%, 15% de cancers étant détectés sur une seconde biopsie.2 Efficacité du traitement Lefficacité du traitement de cette maladie est bien démontrée. Une étude suédoise3 a révélé que le traitement chirurgical du cancer prostatique localisé permettait de réduire de plus de 50% la mortalité par cancer à 10 ans et ce sans impact négatif sur la qualité de vie. Aucun autre cancer ne peut se vanter de tels résultats. Plusieurs autres études et observations démontrent que le dépistage réduit significativement la mortalité par cancer de la prostate. Une étude4 réalisée dans le Tyrol rapporte une réduction statistiquement significative de la mortalité chez les hommes ayant accepté au moins un dépistage systématique comparativement à ceux des autres régions dAutriche. À Québec, une réduction de 67% de la mortalité a été observée chez les 7155 hommes (23% des 30 958 invités) dépistés systématiquement par rapport à ceux qui ont refusé le dépistage.5 Une autre étude pilote randomisée européenne chez 2367 hommes a également démontré une réduction de 75% de la mortalité par cancer à 10 ans.6 Parallèlement, on a observé une réduction de près de 25% de la mortalité par cancer de la prostate tant au Canada et aux États-Unis quen Angleterre, en Autriche et dans plusieurs pays européens depuis lutilisation du test APS, et ce malgré un accroissement de la longévité.7 A lopposé, des régions comme les pays scandinaves ou lAustralie ayant peu recours à lAPS ont connu une hausse continue de la mortalité par cancer de la prostate. Situation et comparaison avec dautres cancers Pendant ce temps, le dépistage de plusieurs autres cancers a été instauré sur la base de données semblables voire même inférieures. Ainsi, le dépistage systématique du cancer du col a été implanté sur la foi dobservations similaires et na jamais été soumis à des études contrôlées.1 Parmi les nombreuses études évaluant lefficacité du dépistage du cancer du sein, une seule étude suédoise a réussi à démontrer une réduction significative de la mortalité et ce uniquement chez les femmes ayant plus de 50 ans; pourtant le dépistage systématique du cancer du sein est largement pratiqué. De même en est-il pour le cancer du colon, où une seule étude américaine a démontré lefficacité du dépistage par détection du sang occulte dans les selles. Même si des études tentent actuellement dévaluer lefficacité de la colonoscopie, son utilisation à des fins de dépistage est largement répandue. Pourquoi le dépistage du cancer de la prostate nest-il pas préconisé par les médecins de famille au même titre que les cancers précités? De toute évidence, le lobby pour les cancers spécifiques aux hommes a été nettement moins efficace que celui pour les cancers spécifiques aux femmes ou affectant femmes et hommes. Par ailleurs, lobjection la plus importante au dépistagedu cancer de la prostate est que la détection possible de foyers de cancer cliniquement non significatifs qui ne causeraient pas de mortalité. Il devient de plus en plus évident que des cancers de bas grade cellulaire (Gleason =6) avec un taux de APS <10 comportent un faible risque de mortalité et ce, même sans traitement.8 Au Canada, la surveillance attentive est de plus en plus recommandée pour ce type de cancer de bas risque.9 De plus, ce type de cancer semble sensible à des manipulations hormonales ou à des modifications alimentaires ou des habitudes de vie pour lesquelles les médecins de famille devraient jouer un rôle prédominant. À mon avis, il est préférable de minimiser limpact psychologique et médical dun diagnostic de cancer prostatique de bas risque que de priver les hommes de moyens efficaces de détection et de traitement pour un cancer de haut risque, et ce de peur de nuire à un grand nombre.
Références
Related articles in CFP:
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||