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Vol. 53, No. 8, August 2007, pp.1294 - 1297 Copyright © 2007 by The College of Family Physicians of Canada
Faut-il éviter les β-agonistes dans les cas de bronchopneumopathies chroniques obstructives modérées et graves?OUIShelley R. Salpeter, MD FACPProfesseure clinique de médecine au Département de médecine de la Stanford University School of Medicine et directrice des services de consultations en médecine pour le Santa Clara Valley Medical Center à San Jose, Californie Correspondance à: Dre Shelley R. Salpeter, 751 S Bascom Ave, San Jose, CA 95128 USA; téléphone 408 885-3248; télécopieur 408 885-3625; courriel salpeter{at}stanford.edu On se préoccupe de linnocuité des β-agonistes pour les bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO). Les β-agonistes peuvent soulager les symptômes et améliorer le courant aérien dans les cas d'asthme et de BPCO, mais un usage régulier entraîne une tolérance considérable. Dans les études portant sur les BPCO, on a observé que l'utilisation régulière des β-agonistes fai-sait doubler le nombre de décès de causes respiratoires par rapport à un placebo, tandis que les agents anticho-linergiques réduisaient de 70% les décès de même cause. Il faudrait revoir les guides de pratique clinique et faire en sorte pour qu'ils recommandent d'utiliser les anti-cholinergiques comme bronchodilatateurs de première intention chez les patients atteints de BPCO et d'éviter le recours aux β-agonistes. Les β-agonistes pour les pneumopathies obstructives Les β-agonistes suscitent la controverse depuis leur apparition il y a plus de 50 ans1. Durant les années 1960, on a largement utilisé les β-agonistes à brève action pour la prise en charge de l'asthme et des BPCO, sans s'appuyer sur de solides données scientifiques sur leur efficacité et leur sécurité à long terme. On a introduit sur le marché, au cours des années 1990, le β-agoniste salmétérol à effet prolongé, malgré des données prou-vant qu'il pourrait être associé à un plus grand risque de décès de causes respiratoires que les agents à brève action2. Après que la Food and Drug Administration des États-Unis eut reçu des signalements, à la suite de la mise en marché du salmétérol, de plusieurs décès associés à cet agent, on a procédé à létude intitulée Salmeterol Multicenter Asthma Research Trial; selon les conclusions de létude, les exacerbations de lasthme dangereuses pour la vie augmentaient du double avec le salmétérol et les décès dus à lasthme étaient quatre fois plus nombreux par rapport au placebo3. Certains ont récemment questionné le bien-fondé de laisser sur le marché les β-agonistes à effet prolongé4. Les -βagonistes compliquent le contrôle des pneumopathies obstructives en raison d'un mécanisme de rétroaction négative, qui est une réaction d'adaptation du système β-adrénergique5. La stimulation se traduit par un découplement et une internalisation des récepteurs, suivis dune baisse de la densité du récepteur et de son expression génétique, quon désigne sous le nom daction de frénation5. Cette tolérance aux β-agonistes pourrait expliquer les résultats d'études, qui vont à l'encontre de l'intuition, démontrant des effets respiratoires indésirables. Les effets cardiovasculaires Les β-bloquants réduisent la morbidité et la mortalité chez les patients atteints de maladies cardiovasculaires et qui présentent d'autres facteurs de risque. Les β-agonistes produisent des effets physiologiques contraires à ceux des β-bloquants et on pourrait s'attendre à ce qu'ils aient des effets cardiovasculaires néfastes. Des études cas-témoins mettent en évidence un lien entre l'utilisation des β-agonistes et un risque accru d'infarctus du myocarde, de défaillance cardiaque, d'arrêt cardiaque et de mort cardiaque subite, avec des rapports de cotes variant de 1,3 à 3,46 . Une méta-analyse regroupait les résultats de 33 études contrôlées randomisées contre placebo auprès de patients atteints de pneumopathies obstructives et a révélé quune seule dose de β-agoniste augmentait le rythme cardiaque de 9 battements à la minute et réduisait la concentration de potassium de 0,4 mmol/l par rapport au placebo7. Dans des études dune durée variant de 3 jours à 1 an, le traitement aux β-agonistes augmentait le risque d'incidents cardiovasculaires de plus du double en comparaison du placebo. Au nombre des effets indésirables figuraient la tachycardie sinusale et ventriculaire, la syncope, la fibrillation auriculaire, la déficience cardiaque, l'infarctus du myocarde, l'arrêt cardiaque et la mort subite. Les effets respiratoires On considère généralement que les β-agonistes et les anticholinergiques sont des choix équivalents de traitement pour les BPCO. De nombreuses études sur ces agents se sont concentrées sur les résultats à court terme, comme le courant aérien ou les symptômes. Il a été démontré que les anti-cholinergiques ont une efficacité égale ou supérieure à celle des β-agonistes dans l'amélioration des paramètres de la fonction pulmonaire8. Par ailleurs, des enquêtes indiquent que les ordonnances de β-agonistes sont de 2 à 10 fois plus nombreuses que celles d'anticholinergiques9. Il a été démontré que les anticholinergiques réduisaient les exacerbations graves des BPCO de 40%(P < ,001), lhospitalisation de 30% (P = ,001) et les décès de causes respiratoires de 70% (P = ,02) en comparaison du placebo, sans augmenter la tolérance à leurs effets avec le temps10; le développement dune tolérance aux effets des β-agonistes est considérable dans les cas de BPCO11. Deux méta-analyses9,10 combinaient les résultats détudes contrôlées randomisées contre placebo sur les β-agonistes ou les anticholinergiques pour les BPCO publiés jusqu'en décembre 2005. Elles faisaient valoir que le recours aux β-agonistes augmentaient le risque de décès de causes respiratoires de plus du double en comparaison du placebo sans avoir d'effet considérable sur l'hospitalisation ou la mortalité totale. Environ 50% des participants prenaient aussi des corticostéroïdes par inhalation. Quand on les comparait directement à d'autres traitements, les β-agonistes causaient 2 fois plus d'hospitalisations dues à une BPCO et un taux de mortalité totale 5 fois plus grand en comparaison des anticholinergiques et un taux de mortalité totale deux fois plus élevé par rapport aux corticostéroïdes par inhalation9,10. Lajout de β-agonistes aux anticholinergiques ou aux corticostéroïdes inhalés n'avait d'effet favorable sur aucun des résultats cliniques à long terme9 . Conflits dintérêts Pourquoi na-t-il pas été plus évident aux yeux des cliniciens que les β-agonistes ont de tels effets indésirables sur les personnes atteintes de pneumopathies obstructives? Des conflits d'intérêts peuvent se produire lorsque des compagnies de produits pharmaceutiques commanditent des études, comme on l'a observé avec d'autres médicaments. Une synthèse critique des études sur les β-agonistes révèle que 75% des études financées par l'industrie mais seulement 10% de celles sans appui de l'industrie signalaient que les β-agonistes étaient bénéfiques12. La valeur P mesurant linteraction était <,00001, ce qui veut dire une très forte association entre le financement par les sociétés de produits pharmaceutiques et les rapports de résultats positifs. La plupart des études dune durée de plus de trois mois étaient parrainées par lindustrie. Il est essentiel dévaluer les résultats cliniques tangibles, comme les hospitalisations ou les décès. Conclusion Chez les patients atteints de BPCO, les β-agonistes sont associés à 2 fois plus de décès de causes respiratoires par rapport au placebo, à un taux 5 fois plus grand de mortalité totale en comparaison des bronchodilatateurs anticholinergiques et à plus du double d'événements cardiovasculaires indésirables par rapport au placebo. Compte tenu de données scientifiques recueillies sur les effets indésirables graves des β-agonistes pour l'asthme et les BPCO (Tableau 13,7,9,10), je nutilise aucun β-agoniste dans ma pratique clinique. Les β-agonistes devraient être évités chez les patients atteints de BPCO. Les agents anticholinergiques devraient être les bron-chodilatateurs de première intention.
Footnotes Dre Salpeter a été consultée dans des causes devant les tribunaux portant sur lutilisation des ß-agonistes et était rémunérée à lheure. References
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