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Vol. 53, No. 9, September 2007, pp.1423 - 1425 Copyright © 2007 by The College of Family Physicians of Canada
Prescrire des antidépresseurs aux femmes enceintesQue doivent faire les médecins de famille?Adrienne Einarson, RN and Gideon Koren, MD FRCPCMme Einarsonest directrice adjointe et Dr Koren est directeur du Programme Motherisk du Hospital for Sick Children à Toronto, en Ontario Correspondance à: Mme Adrienne Einarson, Motherisk Program, Hospital for Sick Children, 555 University Ave, Toronto, ON M5G 1X8; téléphone 416 813-4927; télécopieur 416 813-7562; courriel einarson{at}sickkids.ca A u cours de la dernière année, le temps que nous avons consacré au Programme Motherisk à con-seiller les femmes enceintes et leurs dispensa-teurs de soins de santé sur la sécurité et les risques des antidépresseurs durant la grossesse sest accru considérablement. Des médecins et des femmes enceintes de toutes les régions du Canada ont communiqué en nombre grandissant avec nous par téléphone, télécopieur et courriel pour poser des questions sur linnocuité des antidépresseurs pendant la grossesse. Cest probablement attribuable à la publication dun certain nombre détudes récentes sur le sujet. Les résultats de ces études sont conflictuels, ce qui ajoute à la complexité des messages déjà équivoques concernant la question de linnocuité de cette classe de médicaments durant la grossesse. Lexpérience dune femme enceinte de la Nouvelle-Écosse nous a motivés à rédiger les présents commentaires. Son médecin de famille lui a conseillé darrêter abruptement ses antidépresseurs. À sa 12e semaine de grossesse, cette femme est déménagée dans une petite ville située à 3 heures dHalifax. Elle prenait alors du citalopram que lui avait prescrit son médecin de famille à Halifax pour une dépression et ce, avant de devenir enceinte. Lorsquelle a eu besoin de renouveler son ordonnance, elle est allée consulter le seul médecin de famille de cette très petite collectivité où elle habitait maintenant. Lorsquil a su quelle était enceinte, ce médecin lui a dit quil ne renouvellerait pas son ordonnance parce que les antidépresseurs ne sont pas sécuritaires durant la grossesse. Elle lui a offert dappeler son médecin à Halifax pour obtenir sa confirmation, mais son nouveau médecin a quand même refusé et, par la suite, elle a dû se rendre à Halifax pour voir son ancien médecin de famille pour avoir ses médicaments. Nous nous demandions pourquoi ce médecin était si déterminé à refuser le renouvellement dune ordonnance dantidépresseurs pour une femme enceinte. La réponse se situe peut-être dans limprécision des données scientifiques concernant linnocuité des antidépresseurs durant la grossesse et dans le fait quil pensait être «du côté de la prudence». Cest une ren-gaine fréquente que nous entendons de la part des médecins et des autres professionnels de la santé quand il sagit de prescrire des médicaments durant la grossesse, en particulier des psychotropes. Par ailleurs, jusquà récemment, selon les données scientifiques dans les ouvrages spécialisés, les antidépresseurs étaient considérés relativement sans danger durant la grossesse et nétaient pas associés à un risque accru danomalies congénitales ou à dautres effets indésirables1. Au cours de la dernière année, quelques études publiées contredisent ces données. Les études qui documentent des risques accrus Lan dernier, la société de produits pharmaceutiques GalxoSmithKline a publié sur son site Web (non pas dans une revue révisée par des pairs) quil y avait un risque accru danomalies cardiovasculaires chez les nouveau-nés dont la mère avait pris de la paroxétine au début de la grossesse. Il sagissait, par contre, dun très léger risque accru, 1,5% par rapport à 1% dans le reste de la population, et les auteurs nont pas indi-qué si lanomalie se réglait spontanément, ce qui arrive assez fréquemment2. Deux autres études ont corroboré ce même risque accru avec lutilisation de la paroxétine (entre 1% et 2%)3, 4. Une autre étude documentait un risque accru dhypertension pulmonaire persistante du nouveau-né, mais cest un problème rare qui ne se produit pas dans 99% des cas5. Dans une autre étude sur les antidépresseurs en général, les auteurs font valoir quune différence statis-tiquement significative de 28 g dans le poids à la nais-sance justifiait de dire quil y avait un risque accru de faible poids à la naissance6. Dans une autre étude récente sur les antidépresseurs en tant que groupe, on constatait un risque accru de malformations congénitales, mais on ne faisait pas de distinction à savoir sil sagissait danomalies majeures ou mineures, et, par définition, les anomalies mineures ne causent pas de déficience fonctionnelle7. Certaines études de cas ont documenté un sevrage néonatal chez les nouveau-nés dont la mère prenait des antidépresseurs en fin de grossesse. Ce sevrage était principalement résolutif et sans danger pour la vie et environ 30% de tous les nouveau-nés exposés in utero aux antidépresseurs peuvent avoir certains symptômes de sevrage8, 9. Les études qui documentent peu ou pas de risque Durant la même période, une méta-analyse et 2 études sur les antidépresseurs en tant que groupe ont examiné un total combiné de 4 500 issues de grossesse et nont pas décelé de risque accru de malformations majeures10–12. Dans une récente étude de Motherisk, effectuée en réponse aux signalements danomalies cardiovasculaires associées à lutilisation de la paroxétine durant la grossesse2–4, nous avons recensé 1 170 issues déterminées prospectivement chez des nouveau-nés exposés à la paroxétine durant le premier trimestre de la grossesse en nous adressant à 8 services de renseignements tératogènes de différents pays. Nous les avons comparées aux issues dans un groupe de nouveau-nés non exposés. Nous avons constaté que le taux danomalies cardiovasculaires était semblable dans les 2 groupes (0,7%)13, ce qui est le taux normalement attendu dans la population en général14. De plus, le New England Journal of Medicine publiait récemment 2 articles sur ce sujet. Malgré lexécution de nombreux tests statistiques entre les groupes, ce qui augmente la probabilité de trouver des résultats significatifs sans importance clinique, les auteurs ont trouvé très peu ou pas deffets tératogènes de ces médicaments. À juste titre, les auteurs ont insisté sur limportance de traiter la dépression sous-jacente de la mère15, 16. Enfin, un résumé présenté au congrès de lAmerican Psychiatric Association cette année sign-alait les résultats dune autre étude sur lutilisation des inhibiteurs spécifiques du recaptage de la sérotonine (ISRS) durant la grossesse. Ces auteurs nont trouvé aucune association entre les ISRS (en tant que groupe) et un risque accru de malformations majeures, y com-pris lhypertension pulmonaire persistante et les anomalies cardiovasculaires congénitales17. Prise en compte de la maladie maternelle En prescrivant des antidépresseurs à des femmes enceintes, nous devons garder à lesprit les effets indésirables possibles de la maladie maternelle sur les fœtus et les nouveau-nés. Il est important que les femmes enceintes soient en meilleure santé mentale que possible pour assurer quelles deviennent des mères impli-quées et soucieuses du bien-être de leur nouveau-né. Dans une récente étude, 86 femmes sur 201 (43%) ont fait une rechute de dépression majeure durant la grossesse. Parmi les 82 femmes qui ont continué leur médi-cation durant la grossesse, 21 (26%) ont fait une rechute, mais parmi les 65 femmes qui ont arrêté la médication, 44 (68%) ont connu une rechute. Les auteurs ont con-clu que les femmes ayant des antécédents de dépression devraient continuer à prendre des antidépresseurs durant la grossesse18. Limites des études Les études prospectives de cohortes, les études cas-témoins, les registres de grossesse, les études sur les bases de données concernant les ordonnances et sur les bases de données de lassurance-santé ainsi que les méta-analyses sont les genres détudes dont on se sert habituel-lement pour déterminer les issues chez les nouveau-nés de mères qui ont pris un médicament en particulier durant la grossesse. Toutes ces études comportent des limites; par ailleurs, parce que lexécution détudes contrôlées ran-domisées auprès de femmes enceintes serait contraire à léthique nous avons utilisé linformation des études que nous sommes en mesure de faire. Par exemple, Motherisk a publié une étude dans laquelle nous avons documenté que les femmes qui prenaient des antidépresseurs durant la grossesse avaient un taux de 30% plus élevé dutilisation des échographies. De plus, nous avons constaté que les nourrissons des femmes qui avaient pris des ISRS pas-saient 2 fois plus déchocardiogrammes durant leur pre-mière année de vie19. Conclusion En dépit de tous ces nouveaux renseignements, il nexiste actuellement pas de guide de pratique clinique sur le traitement de la dépression durant la grossesse. Dans le site Web de Santé Canada, on discute du traitement de la dépression durant la grossesse mais, en ce qui a trait à lutilisation des antidépresseurs, on y conseille seulement den discuter avec son médecin (www.gfmer.ch/Guidelines/Pregnancy_newborn/Pregnancy_newborn_mt.htm). On estime quenviron 20% de toutes les femmes enceintes souffrent dans une certaine mesure de dépression20. Il est donc important de les traiter de manière appropriée et, si nécessaire, au moyen de la pharma-cothérapie. La décision de prendre des antidépresseurs devrait être prise conjointement par le médecin et la patiente à laide de renseignements fondés sur des données scientifiques. Même si les ouvrages scientifiques présentent de linformation, il peut être difficile pour les médecins de comprendre les limites des divers types détudes. Un guide de pratique clinique serait très utile aux médecins pour aider leur patientes à décider de prendre ou non des médicaments durant la grossesse. Nous avons reçu de nombreux rapports sur des médecins qui conseillent à leurs patientes de discontinuer abruptement leurs antidépresseurs lorsque leur grossesse est confirmée. Ce nest définitivement pas une bonne pratique, car larrêt brusque peut avoir des con-séquences graves pour les mères21. Si, à la suite de discussions avec son médecin, une femme décide de ne plus prendre dantidépresseurs durant sa grossesse, la médication devrait être cessée progressivement sur une période échelonnée sur un certain nombre de semaines. . Nouvelle source dinformation à lintention des professionnels de la santé Même si les renseignements sur les effets des médicaments psychotropes et dautres drogues sur les personnes se font de plus en plus nombreux avec les années, les données concernant leurs effets sur les femmes enceintes et celles qui allaitent, leurs fœtus, leurs nourrissons et leurs enfants tirent malheureusement de larrière. LAssociation canadienne pour la santé mentale et le Programme Motherisk du Sick Childrens Hospital à Toronto, en Ontario, ont collaboré à la production dune nouvelle source dinformation intitulée Exposure to psychotropic medications and other substances during pregnancy and breastfeeding: A handbook for health care providers. Cest peut-être le premier guide du genre à fournir aux professionnels de la santé affairés des renseignements facilement accessibles sur ce sujet, notamment les recherches et les recommandations médicales actuelles. Rédigé à lintention de divers professionnels de la santé, y com-pris les médecins, il renferme de linformation concernant les stigmas, le counseling et le dépistage, ainsi que des renseignements fondés sur des données scientifiques sur linnocuité ou les risques des psychotropes et dautres substances comme lalcool et les drogues psychotropes durant la grossesse et lallaitement. Ce projet a été financé grâce à une subvention de Santé Canada et le document est accessible gratuitement à tous les professionnels de la santé au Canada. On peut se le procurer auprès de lAssociation canadienne pour la santé mentale à Toronto (www.cmha.ca).
Footnotes Aucun déclaré les opinions exprimées dans les commentaires sont celles des auteurs. Leur publication ne signifie pas quelles sont sanctionnées par le Collège des médecins de famille du Canada. Références
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