|
|
Vol. 54, No. 1, January 2008, pp.74 - 75 Copyright © 2008 by The College of Family Physicians of Canada
Chronic musculoskeletal conditions and comorbidities in primary care settingsCatherine Hudon, MD MSc CMFC, Martin Fortin, MD MSc CMFC and Hassan Soubhi, MD PhDProfesseurs et cher-cheurs au département de médecine de famille de lUniversité de Sherbrooke au Québéc. Ils travaillent à lUnité de médecine de famille de Chicoutimi Correspondance à: Dre C. Hudon, Université de Sherbrooke, 305 St-Vallier, Chicoutimi QC G7H 5H6; téléphone 418 541–1234; télécopieur 418 541–1129; courriel catherine.hudon{at}usherbrooke.ca Les conditions musculo-squelettiques chroniques sont fréquentes en première ligne1–3. Une étude canadienne a estimé à 15,5 millions le nombre de visites pour des problèmes musculo-squelettiques sur une période dun an (1998–99)1. Environ 24% des canadiens avaient consulté au moins 1 fois pour ce type de problèmes et 88% avaient vu un médecin de première ligne. La douleur qui en découle entraîne un grand nombre de prescriptions danti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) qui sont parmi les médicaments les plus prescrits. Pendant lannée 1999–2000, 111 400 000 prescriptions ont été faites aux Etats-Unis4. La prévalence de lusage hebdomadaire dAINS parmi les personnes de 65 ans et plus a été évaluée à 70%5. Lusage dAINS augmente le risque dévénements gastro-intestinaux6,7. Lors de la prise dAINS, 35% des patients développent de la dyspepsie requérant un traitement8. Les AINS traditionnels et les inhibiteurs sélectifs de la cyclooxygénase-2 doivent également être utilisés avec prudence chez les patients atteints de maladie cardio-vasculaire ou cardio-rénale incluant lhypertension en raison du risque de détérioration de ces conditions chroniques9. Alors quil existe une controverse concernant limpact des comorbidités sur le risque dun événement gastrointestinal lié aux AINS, la présence dune condition comorbide significative accroît le risque de mortalité chez les patients qui développent des complications gastro-intestinales10,11. Or, selon plusieurs études, une forte proportion de patients qui consultent en première ligne présentent plusieurs problèmes de santé chroniques simultanément12–14. Dans une étude italienne, des comorbidités étaient présentes chez 80% des patients hospitalisés atteints darthrite rhumatoïde15. Les problèmes cardiovasculaires (34,6%) incluant lhypertension (14,5%) et langine (3,5%) ainsi que les maladies gastro-intestinales (24,5%) étaient les comorbidités les plus fréquentes. Nous navons recensé aucune étude portant sur les comorbidités associées aux conditions musculo-squelettiques chroniques parmi les patients qui consultent en première ligne. La prévalence des conditions musculo-squelettiques chroniques et des comorbidités qui y sont associées se doit dêtre évaluée parmi les patients qui consultent en première ligne afin de mieux objectiver lampleur de cette problématique et de sensibiliser les médecins de famille à son importance. Les objectifs de la présente étude étaient destimer la prévalence des conditions musculo-squelettiques chroniques en première ligne et, parmi les patients atteints de ces conditions, destimer le nombre moyen de comorbidités et la prévalence des maladies chroniques pouvant se détériorer avec la prise dAINS (maladies cardio-vasculaires, hypertension, insuffisance rénale et problèmes digestifs hauts).
Devis et contexte La présente étude consistait en une analyse secondaire de données collectées dans le cadre dune étude sur la prévalence de la multimorbidité chez les adultes suivis en médecine de famille dans la région du Saguenay, Qué, de décembre 2002 à juillet 200312. Cette région compte une population de 150 000 personnes approximativement, vivant dans une ville principale et plusieurs petites villes satellites. Lâge, le niveau déducation, le revenu médian par ménage et le statut socio-économique des résidents sont comparables à ceux des autres canadiens à lexception du taux de chômage (8,5% comparativement à 6,2%)16,17. La région du Saguenay dénombre environ 130 médecins de famille, parmi lesquels 80% ont une pratique de médecine générale et travaillent en cabinet privé ou en institution. La proportion de médecins de famille par rapport aux patients (8,7 pour 10 000) est comparable à celle des régions où vivent 47% des canadiens18.
Modalités déchantillonnage et sélection des participants
Collecte de données Une infirmière de recherche révisait le dossier médical des participants afin dextraire une liste des conditions chroniques diagnostiquées par le médecin de famille en se servant de la définition de lOrganisation mondiale de la santé soit «des problèmes de santé requérant une prise en charge sur une période dannées ou de décennies»19. Les conditions musculo-squelettiques chroniques comprenaient larthrite, le rhumatisme, larthrose, la lombalgie ou la cervicalgie chronique, lostéoporose, la fibromyalgie, la capsulite ou tout autre problème chronique significatif des os, des articulations, des muscles ou des tendons. Le tableau 2 détaille les comorbidités extraites du dossier médical. Le processus dextraction de données avait déjà été validé dans dautres études12,20.
Analyses statistiques Toutes les analyses statistiques ont été faites avec SPSS version 13.0. Le niveau de signification a été fixé à 0,05. Les caractéristiques des médecins participants et non participants ont été comparées en utilisant le test exact de Fisher ou le test t de Student. Le coefficient de corrélation intra-classe calculé étant très bas (0,03) au niveau des médecins, lanalyse de prévalence a donc été faite au niveau des patients seulement. Les intervalles de confiance à 95% ont été calculés.
Le recrutement et la collecte de données se sont échelonnés de décembre 2002 à juillet 2003. Parmi les patients des médecins participants, 1 085 ont été approchés et 980 (90,3%) ont accepté de participer. Le profil des patients ayant refusé de participer à létude ne pouvait être déterminé. Le nombre de patients par médecin variait de 17 à 111 avec une moyenne de 46,7. La moyenne dâge des patients était de 58,2 ans pour les hommes et de 54,9 ans pour les femmes12. La prévalence des conditions musculo-squelettiques chroniques sélevait à 58% pour lensemble de léchantillon (78% chez les femmes de 65 ans et plus). La figure 1 indique la prévalence selon lâge et le sexe.
Parmi les patients atteints de conditions musculo-squelettiques, le nombre de toutes les comorbidités confondues variait de 0 à 11 pour une moyenne de 4. Le nombre moyen de comorbidités était de 3 chez les hommes et les femmes de 18 à 64 ans et de 6 et 5 respectivement chez les hommes et les femmes de 65 ans et plus. Dans cet échantillon de patients atteints de conditions musculo-squelettiques chroniques, 49% présentaient de lhypertension, 31% des maladies cardiaques, 31% des troubles urinaires ou maladies du rein et 17% des ulcères destomac ou du reflux (tableau 3). La figure 2 présente ces prévalences en fonction de lâge et du sexe. Plus de 90% des patients de 65 ans et plus présentaient au moins une de ces 4 comorbidités et 89% des hommes ainsi que 56% des femmes en avaient 2 ou plus.
Cette étude rapporte les premières données canadiennes de prévalence et de comorbidité des conditions musculo-squelettiques chroniques en première ligne à partir dune revue exhaustive de dossiers. Plus de la moitié des patients qui consultent en première ligne présentent des conditions musculo-squelettiques chroniques. Ce chiffre sélève à plus de 75% chez les femmes de 65 ans et plus. Parmi les patients atteints de conditions musculo-squelettiques, le nombre moyen de toutes les comorbidités est élevé. Plusieurs présentent une ou des maladies chroniques qui peuvent se détériorer avec lusage dAINS, particulièrement dans le groupe plus âgé. La prévalence des problèmes musculo-squelettiques est supérieure à celle relevée dans dautres études utilisant le motif de la consultation21,22 comme source de données. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer cet écart. Une revue de dossiers permet de dresser un tableau très exhaustif de la réalité. De plus, nous avons interprété le terme «conditions musculo-squelettiques» pour inclure tous les diagnostics pertinents incluant des douleurs chroniques (cervicalgie ou lombalgie chronique) car ces problèmes entraînent souvent la prescription dAINS. Ensuite, un échantillonnage lors de visites consécutives peut sélectionner davantage de patients qui consultent fréquemment donc plus susceptibles davoirdifférents problèmes de santé23. Finalement, la pénurie de médecins spécialistes particulièrement en rhumatologie et en orthopédie peut expliquer une partie de cette prévalence élevée de conditions musculo-squelettiques en première ligne. Cette problématique est probablement commune à dautres régions semiurbaines ou rurales canadiennes dans un contexte de pénurie des effectifs médicaux18. Ces résultats interpellent le médecin de famille dans sa prise en charge des patients atteints de conditions musculo-squelettiques. Il doit avoir la formation requise pour assurer une prise en charge adéquate de cette clientèle. Une étude américaine en milieu rural démontrait un écart entre le degré de confort du médecin et la prévalence de ces maladies21. La présence de plusieurs comorbidités peut complexifier lévaluation, le traitement et les répercussions des problèmes musculo-squelettiques en augmentant la détresse psychologique24 et en interférant davantage sur le niveau fonctionnel, la douleur et la qualité de vie25. La proportion élevée de patients atteints de problèmes musculo-squelettiques et dau moins une comorbidité pouvant se détériorer avec lusage dAINS vient appuyer les recommandations pour le traitement de la douleur musculo-squelettique modérée à sévère. Ces recommandations privilégient lusage dacétaminophène comme traitement de base de la douleur. Lorsquune analgésie supplémentaire est requise, lajout dopioïdes faibles est suggérée en raison de leurs profils gastro-intestinal et cardiovasculaire plus favorables que celui des AINS9. Le médecin de famille doit garder en tête que la présence dune condition comorbide significative accroît le risque de mortalité chez les patients qui développent des complications gastro-intestinales10,11. Ces précautions deviennent dautant plus importantes pour les patients plus âgés.Dautres études sont requisespour préciser le degré de confort des médecins et leurs besoins de formation dans la prise en charge des patients atteints de problèmes musculo-squelettiques, en particulier ceux qui présentent des comorbidités. Il serait également pertinent dévaluer le degré de diffusion et dapplication des recommandations concernant la prise en charge de la douleur musculo-squelettique en présence de comorbidités.
Limitations Étant donné quil sagissait dune analyse secondaire de banque de données, la prévalence de chacune des conditions musculo-squelettiques chroniques ne pouvait être précisée. De plus, la définition de certaines comorbidités était limitée. Par exemple, les problèmes rénaux incluaient également des troubles urinaires qui nont pas ou peu dimpact lors de lusage dAINS. La mesure de la comorbidité était limitée à un nombre de problèmes de santé chroniques et ne tenait pas compte de la sévérité de ces conditions. Les données disponibles ne permettaient pas de se prononcer de façon fiable sur la prise dAINS ou dopioïdes dans cette population. Cependant, en dépit de ces quelques limitations, cette étude donne tout de même un bon aperçu de la prévalence des conditions musculo-squelettiques et de leur comorbidité en première ligne.
Conclusion
Collaborateurs Drs Hudon, Fortin et Soubhi ont collaboré à la conception et au design de cette étude, à la collecte, lanalyse et linterprétation des données, ainsi quà la préparation de cet article aux fins de publication. Aucun déclaré *Full text is available in French at www.cfp.ca. This article has been peer reviewed.
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||