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Vol. 54, No. 12, December 2008, pp.1673 - 1675 Copyright © 2008 by The College of Family Physicians of Canada
Infirmières praticiennes: menace à notre profession?NONGisèle Bourgeois-Law, MD FRCSC MEdvice-doyenne de la Formation médicale continue et directrice des Programmes dévaluation des cliniciens à lUniversity of Manitoba à Winnipeg Correspondance: Dre Bourgeois-Law, University of Manitoba, Continuing Medical Education, S203-750 Bannatyne Ave, Winnipeg, MB R3E 0W3; courrielbourgeoi{at}cc.umanitoba.ca Avant de répondre à la question, il faudrait se demander pourquoi elle est soulevée à ce moment précis. Après tout, le concept des infirmières praticiennes (IP) nest pas nouveau. Les IP et les auxiliaires médicaux (AM) ont été initialement instaurés aux États-Unis il y a plus de 40 ans, en réponse à une pénurie de médecins1. Le nombre des IP et des AM a augmenté progressivement, et ils exercent maintenant un rôle important et accepté dans les soins de santé états-uniens. La qualité des soins quils dispensent est bien documentée2. Récemment, la controverse à propos des IP a resurgi aux États-Unis à la suite de la création de cliniques dirigées par des IP dans des magasins à grande surface, notamment chez Wal-Mart3,4. Le nombre des infirmières praticiennes est loin dêtre suffisant pour prendre le contrôle du monde des soins de santé aux États-Unis; en fait, le nombre dIP diplômées aux États-Unis a fléchi de 20% entre 1998 et 20051, une baisse attribuable à une pénurie générale dinfirmières et à un intérêt moins prononcé pour les soins infirmiers comme choix de carrière. Au Canada, les IP sont appelées à élargir les services fournis par les médecins, spécialisés ou de première ligne. La première clinique régie par des IP a ouvert ses portes à Sudbury, en Ontario, lan dernier5. Parmi les obstacles à la multiplication des IP au Canada figurent labsence dun modèle de financement et de possibilités de formation clinique et de stages pratiques, à une époque où les facultés de médecine font face à une augmentation des inscriptions. À cela sajoutent la nécessité doffrir des possibilités aux médecins diplômés à létranger de parfaire leurs compétences et, dans une certaine mesure, la résistance de la part des médecins. Comme cest le cas aux États-Unis, cette résistance sexerce plutôt envers les IP en tant que fournisseurs indépendants de soins de santé quenvers les IP en tant que telles. Trier les préoccupations Le danger réside dans le fait que les préoccupations entourant lélargissement du rôle des IP, ou des AM dans ce cas, puissent faire oublier la menace réelle qui pèse sur les médecins de famille. Après tout, très peu de médecins pratiquent encore véritablement de manière indépendante. Ils travaillent de plus en plus en groupes multidisciplinaires, comme les équipes de santé familiale en Ontario, non seulement dans lintérêt de leurs patients, mais aussi pour eux mêmes et leur famille. Moins de résidents choisissent la médecine familiale complète comme carrière. Les médecins de famille ne peuvent pas, et veulent de moins en moins tout faire. Ils sont aussi moins enclins à sinstaller dans des régions mal desservies que ne le sont les IP et les AM6. À cet égard, les médecins diplômés à létranger ne diffèrent pas des diplômés au Canada. Si bon nombre dentre eux commencent leur carrière en milieu rural comme voie daccès au système, la plupart dentre eux retournent en milieu urbain aussitôt que les circonstances le leur permettent. Les véritables menaces pour les médecins de famille ne sont pas les IP. Il y a sans doute des IP qui voudraient remplacer les médecins de famille, mais la plupart de celles-là ont été frustrées de ne pas pouvoir utiliser toutes leurs compétences. Les infirmières ne sont pas nécessairement partisanes dun mouvement en faveur des IP qui serait motivé par un plan daction politique visant à résoudre la pénurie de médecins, mais qui ne tiendrait pas compte de la pénurie dinfirmières ni ne valoriserait les infirmières en raison de leurs compétences et contributions uniques7. Il est dans lintérêt des responsables du financement des soins de santé dencourager la concurrence entre les divers fournisseurs de soins primaires indépendants. Alors que dans les systèmes financés par le secteur privé, les coûts moindres, donc les profits supérieurs, alimentent la motivation, dans un système public, en plus des coûts, il faut aussi se préoccuper dassurer un nombre suffisant de «corps chauds» (une expression que jai entendue dun recruteur qui disait: «Jai besoin dun corps chaud pour cette ville») là où lon en a besoin. Établir de nouveaux partenariats Nous ne devrions pas nier ni minimiser les problèmes entre les IP et les médecins de famille. Ces questions font lobjet de débats aux États-Unis8 et au Royaume-Uni. Un éditorial publié dans le British Medical Journal9 et le Nursing Times parlait franchement des problèmes hommes-femmes et socioculturels sous-jacents dans la famille dysfonctionnelle des soins de santé. Comme les auteurs lexpliquaient si bien: «Depuis des décennies, nous envisagions les professions comme une famille nucléaire conventionnelle avec un médecin-père, une infirmière-mère et un patient-enfant. Mais notre espoir de sagesse et de protection totale du père est abandonné, notre souhait de protection et de confort total de la mère est irréalisable, et le patient a grandi. Un nouveau partenariat à 3 devrait remplacer cette famille en voie de disparition»9. Il faudra du temps pour établir ce partenariat à 3. Oui, la politique peut être féroce. Dans certaines provinces, des infirmières et des bureaucrates du gouvernement ayant des antécédents en soins infirmiers ont essayé darrêter larrivée des AM pour les même raisons que certains médecins ont tenté darrêter lexpansion des IP. En tant que coordonnatrice en 2004 pour les premiers étudiants auxiliaires médicaux dans larmée canadienne à Winnipeg, jai observé les mêmes préoccupations de la part des infirmières à propos des AM que celles exprimées par les médecins concernant les IP. Mais les AM ne posent pas de menace sérieuse aux IP, et les IP ne menacent pas sérieusement les médecins de famille. Le temps est venu pour les médecins de famille et les IP de se concentrer sur ce quils ont en commun: le souci du bien-être des patients, et le désir quon respecte et reconnaisse leurs rôles uniques et souvent difficiles. Ces 2 groupes doivent sunir pour faire face à une menace réelle: un système qui manifeste souvent peu de respect pour les dispensateurs de première ligne, quils soient médecins ou infirmières. Ensemble, les médecins et les IP doivent exiger un système de santé qui est véritablement centré sur le patient, qui écoute les opinions et les inquiétudes de ses dispensateurs de première ligne, parce que ce sont eux qui connaissent le mieux le système, et qui ne traite pas ses praticiens comme des biens de consommation.
Footnotes This article is also in English on page 1669. Les auteurs pourront réfuter les arguments de leur opposant dans Réfutation, dans un prochain numéro. Aucun déclaré Références
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