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Vol. 54, No. 2, February 2008, pp.179 - 181 Copyright © 2008 by The College of Family Physicians of Canada
Approuvez-vous les 300 M $ pour la vaccination contre le VPH?NONAbby Lippman, PhDProfesseure au Département dépidémiologie, de biostatistique et de santé au travail de lUniversité McGill à Montréal au Québec et présidente du Comité des politiques du Réseau canadien pour la santé des femmes
Madeline Boscoe, RN DU
Carol Scurfield, MD FRCPC MCHS
Correspondance à: Abby Lippman, Université McGill, 1020, avenue des Pins O, Montréal, QC H3A 1A2; téléphone 514 398-6266; télécopieur 514 398-4503; courrielabby.lippman{at}mcgill.ca Les femmes les plus à risque en Amérique du Nord davoir un cancer envahissant du col de lutérus et den mourir sont celles chez qui le test de Papanicolaou a «échoué»1, soit parce quelles nont pas passé léxamen ou quelles nont pas eu de suivi ou dinterventions appropriées. Si la pauvreté explique souvent cette situation, pourquoi alors un si grand nombre dautres femmes ne subissent-elles pas le test2? La vaccination fera-t-elle une grande différence dans la vie des femmes à risque au Canada. Les données probantes actuelles laissent planer de sérieux doutes. Valeur ajoutée? Tout nouveau vaccin doit être évalué pour déterminer si son utilisation améliorera ce qui est déjà accessible et, dans laffirmative, à quel prix3. Bon nombre de provinces nont pas de registre ou de programme structuré de dépistage du cancer; le suivi des résultats anormaux du test de Pap nest pas uniforme; et les programmes de sensibilisation se battent pour obtenir du financement. Il est donc légitime de remettre en question linstauration précipitée de programmes de vaccination dans les écoles avant davoir évalué en profondeur la contribution quapporterait la vaccination aux programmes existants déjà en quête de ressources et dappui. Il est aussi déplorable quon ait instauré les programmes dans la confusion à la suite de vastes campagnes de marketing des compagnies pharmaceutiques, créant «la peur du cancer et lovation du vaccin»4. Ces prétentions erronées de «mettre fin au cancer du col» ont éclipsé léducation du public sur la faible prévalence des souches oncogènes du virus du papillome humain (VPH), du taux très élevé de disparition spontanée et de la lente progression des infections. Les données à lappui de décisions éclairées à propos de limmunisation sont limitées. Létude publiée sur le Gardasil, qui ciblait des jeunes filles de 9 à 15 ans, soit le groupe visé par les programmes de vaccination dans les écoles au Canada, ne présentait de linformation que sur limmunogénicité et linnocuité et ne parlait pas defficacité5. Contexte plus large Limmunisation nest pas la seule approche à la prévention du cancer du col au Canada; la prévention secondaire au moyen des tests de Pap a déjà réduit la mortalité6. De plus, une visite médicale pour un test de Pap donne loccasion de recevoir du counseling sur la contraception, la préconception, le tabagisme et lalimentation, de subir un test de dépistage dinfections transmises sexuellement et davoir un bilan de santé. Évidemment, il importe de se préoccuper des coûts (financiers et autres, publics et privés) du test de Pap, des interventions subséquentes pour les résultats de tests vrais et faux positifs et des répercussions dun cancer du col envahissant sur le plan personnel. Mais il ne faut pas oublier non plus comment le dépistage du cancer du col - et la vaccination- se produisent dans un large contexte de soins de santé générale et de la reproduction qui ne sert pas toujours très bien les intérêts des femmes. Par conséquent, toute attention renouvelée pour la prévention du cancer du col demeurera problématique tant et aussi longtemps que la prévention se limitera à un débat artificiel entre ceux «en faveur» et ceux accusés dêtre «contre» un vaccin. Il faut envisager la vaccination dans le contexte dune stratégie bien plus globale de santé sexuelle et de la reproduction, où la réduction de la fréquence déjà relativement faible dune morbidité et dune mortalité du cancer du col (par rapport à dautres cancers qui touchent les femmes) nest quun objectif parmi dautres. Le simple ajout de la vaccination aux pratiques actuelles pour réduire le cancer du col peut se traduire par des coûts nets de millions $ pendant plusieurs années à venir7. Pourtant, il ny a pas eu de débats publics à savoir si la vaccination constitue la meilleure utilisation des ressources à la lumière dautres options qui ont aussi besoin de financement (p. ex., lélargissement et lamélioration du dépistage par le test de Pap; lélaboration dautres approches, comme le dépistage direct du VPH8 et la cytologie liquide; la mise en place de registres pour surveiller les programmes du test de Pap et pour consigner au dossier les rares effets secondaires du vaccin; et le repérage de celles qui, si elles sont vaccinées, pourraient avoir besoin dun rappel). Les coûts élevés prévus des programmes de vaccination portent à croire que leurs bienfaits— et leur rentabilité—ne se matérialiseront fort probablement pas dans des pays comme le Canada à moins quon apporte des changements substantiels aux programmes de dépistage et de traitement existants7,9. Cependant, il ne faudrait pas simplement remplacer les activités actuelles pour compenser le coût de la vaccination. Il faut dabord obtenir toutes les données nécessaires à la prise de décisions stratégiques, y compris les données sur les coûts potentiels des occasions manquées; ce qui fonctionne maintenant, même sil faut laméliorer, ne doit pas être indûment sacrifié. De plus, nous devons éviter que la vaccination en masse instaurée à la hâte entraîne des effets iatrogènes qui pourraient survenir si, par exemple, celles qui sont vaccinées avaient un faux sentiment de sécurité et devenaient moins vigilantes à lendroit du test de Pap et des moyens de réduire leur risque dinfections transmises sexuellement10. La prudence Étant donné les multiples inconnus que dautres ont déjà mis en évidence11,12, nous continuons de préconiser la prudence dans lapproche de la vaccination en masse en santé publique. Nous favorisons une approche qui évite une vaccination précipitée des jeunes filles. La stratégie doit être fondée sur de solides données scientifiques prouvant que limmunisation peut atteindre les objectifs décrits par ses promoteurs. Elle doit aussi répondre aux besoins globaux des filles et des femmes en matière de santé sexuelle et de la reproduction. Il faut aussi prendre en compte les services de santé disponibles, les besoins dinformation de la population ciblée, les données sur la rentabilité et les coûts des occasions manquées dans létablissement de la politique en santé publique pour un problème non épidémique pour lequel il existe déja des mesures de prévention secondaire (en évolution). Nous ne sommes pas contre le vaccin. Nous sommes pour la promotion de la santé des femmes. Nous sommes fermement convaincues que mieux vaut prévenir que guérir. Mais la prévention doit être faite en pleine connaissance de toutes ses composantes. À lheure actuelle, il reste difficile à justifier une dépense de 300 millions $ pour un programme précipité comportant seulement la vaccination, alors même que les fonds pour établir linfrastructure nécessaire en santé publique nont toujours pas été versés et que de nombreuses questions pertinentes restent encore sans réponse. Nous avons le temps de procéder avec prudence et nous devr-ions le prendre.
Footnotes Aucun déclaré Références
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