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Vol. 54, No. 5, May 2008, p.667 Copyright © 2008 by The College of Family Physicians of Canada
Former des médecins plus résilientsNicholas Pimlott, MD CCFP, RÉDACTEUR ADJOINT
En cette époque de changements rapides et souvent irréfléchis dans nos soins de santé, les médecins de famille canadiens se retrouvent à vivre «en des temps intéressants», comme le disait une ancienne malédiction chinoise. Même dans les meilleures circonstances, il nest pas facile dêtre médecin de famille. Se tenir au fait des plus récentes connaissances dans lensemble de la pratique et maintenir un certain équilibre entre les exigences de la vie professionnelle, familiale et personnelle comportent leur lot de difficultés. Mais, au pays, les médecins de famille se font rares et des milliers de nos concitoyens nont pas accès à un médecin de famille. Les gouvernements provinciaux mettent en œuvre des réformes des soins primaires qui visent, au moins, à améliorer laccès aux médecins de famille et, au mieux, à régler la pénurie. Ces problèmes se compliquent à mesure que nos patients vieillissent et ont de plus en plus de problèmes de santé chroniques. Comme nous lobservons dans notre pratique au quotidien, il y a une épidémie dobésité et de diabète de type 2. Au fil des ans, Le Médecin de famille canadien a mis en évidence et documenté le fait que les médecins de famille sont à risque élevé de souffrir de stress, dépuisement professionnel et de dépression. En 2001, Harvey Thommas et ses collègues publiaient une étude sur lépuisement et la dépression chez les médecins en milieu rural de la Colombie-Britannique, que javais trouvée choquante à lépoque1. Parmi leurs constatations: environ le tiers des médecins se disaient eux-mêmes déprimés; 31% répondaient aux critères de dépression légère à grave en fonction du Beck Depression Inventory; 13% des médecins signalaient avoir pris des antidépresseurs au cours des 5 années précédentes; et, selon le Maslach Burnout Inventory, 80% des médecins souffraient dépuisement professionnel de modéré à grave1. Plus récemment, en 2008, une étude par Joseph Lee et ses collègues à lUniversity of Western Ontario2 révélait que lépuisement professionnel des médecins de famille ne se limitait pas au milieu rural et ne sétait pas amélioré au cours de la dernière décennie. Aux termes de la méthode du Maslach Burnout Inventory, près de la moitié dun échantillon de médecins de famille urbains dans la région de Kitchener-Waterloo, au sud de lOntario, souffraient de taux élevés dépuisement émotionnel (47,9%) et de dépersonnalisation (46,3%). Lee et ses collègues ont conclu que lépuisement professionnel classique était associé au stress causé par des facteurs tels que labondance de paperasserie, les longues attentes pour obtenir les services et les tests spécialisés, le sentiment dêtre sous-estimé et sans appui, et la nécessité de se conformer à des règles et des règlements2. Ces facteurs de stress ne sont pas prêts de disparaître. Alors, comment les médecins de famille développent-ils et maintiennent-ils la force et la flexibilité pour faire face aux changements et apprécier la richesse de la médecine familiale durant leur carrière? Ce numéro du Médecin de famille canadien présente 2 articles importants et très différents qui portent sur la résilience des médecins de famille dans des moments difficiles. Dans «Endroit et rythme différents. Les médecins de famille hospitaliers au Canada» (page 672), Dre Jean Maskey décrit sa transition entre 2 décennies de pratique complète dans la vallée de lOkanagan et une pratique hospitalière à Victoria, C.-B. Elle affirme de manière convaincante que la pratique hospitalière peut et devrait être ancrée dans les principes de lamédecine familiale. Dans une étude qualitative bien conçue auprès de médecins de famille à Hamilton, en Ontario, intitulée «Building physician resilience», Dre Phyllis Jensen et ses collègues (page 722) nous proposent un véritable guide sur les façons de développer la résilience. Il est évident, selon les expériences de Dre Maskey, et les recherches de Lee et collègues et de Jensen et collègues, que le fait de se connaître soi-même davoir des valeurs fondamentales dont laltruisme, lacceptation de soi, la capacitéde pardonner à soi-mêmeet aux autres,et de faire une différence dans sa profession sont tous dimportants éléments de la résilience. En réfléchissant à ce numéro du Médecin de famille canadien, larchétype du guérisseur blessé que lon retrouve dans de nombreuses cultures et tout au long de lhistoire me revient à lesprit. Il est incarné par John Sassall, le héros de mon livre favori sur la pratique générale, A Fortunate Man, par John Berger3. Gene Feder la qualifié douvrage le plus important écrit sur les omnipraticiens et jen conviens. Comme le dit Feder, lhistoire de John Sassall nous rappelle à tous quune part de ce nous avons à donner à nos patients est le reflet de nos propres faiblesses et échecs4. Acceptons donc nos stress et nos vulnérabilités, mais ny succombons pas. Soyons-en conscients et permettons-leur de nous rendreplus forts.
This article is also in English on page 665.
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