|
|
Vol. 54, No. 6, June 2008, pp.838 - 839 Copyright © 2008 by The College of Family Physicians of Canada
Trahir la confidentialité et détruire la confiancePréjudices aux adolescents inscrits sur les listes de médecinsDan R. Reilly, MD FRCSC MHScPratique lobstétrique et la gynécologie dans les collectivités rurales de Wellington Centre et Nord, en Ontario. Il est professeur clinicien adjoint au Département dobstétrique et gynécologie de la McMaster University à Hamilton Correspondance à: Dr Reilly, 205 Queen St E, Fergus, ON N1M 1L1; téléphone 519 787-7418; télécopieur 519 787-7420; courrieldreilly{at}mcmaster.ca
La peur et le malaise envahirent son visage. Comment pouvait-il savoir? Dr Jones lui avait dit que personne ne saurait. Pendant quelle cherchait un mensonge plausible pour répondre à la question accusatrice du Dr Smith, elle se jura de ne plus jamais se fier à la promesse dun médecin. Laura était allée voir Dr Jones à la clinique de lécole secondaire parce quelle voulait des contraceptifs. Parce que son médecin de famille, Dr Smith, était un bon ami de ses parents, elle ne voulait pas quil sache quelle était devenue active sexuellement. Dr Jones avait rassuré Laura, affirmant que ni Dr Smith ni ses parents napprendraient quelle lavait consulté; par contre, il ne savait pas que 5 ans plus tôt, Laura (avec le consentement de ses parents) et les membres de sa famille sétaient inscrits sur la «liste de patients» de Dr Smith. À partir du moment où Laura a fait partie de la liste de Dr Smith, le groupe de médecins de famille de ce dernier acceptait de lui fournir des soins 24 heures sur 24, et le régime de santé du gouvernement versait une rémunération mensuelle au Dr Smith pour compter Laura sur sa liste de patients. Si Laura visitait un médecin de première ligne qui ne faisait pas partie du groupe de Dr Smith, le régime de santé gouvernemental déduisait le montant de cette visite du paiement mensuel de Dr Smith. En lisant son rapport de paiement mensuel, Dr Smith sest rendu compte de la visite de Laura au Dr Jones; par contre, il ne savait pas le motif de cette visite. Quand Dr Smith a demandé à Laura pourquoi elle avait vu un autre médecin, sa confiance naissante envers les médecins sest effondrée. Elle a pris soin de dire à toutes ses amies de ne pas faire confiance au Dr Jones. Il aurait été possible déviter que Laura ait à mentir et quelle perde sa confiance envers les médecins si le régime de santé de sa province navait pas informé Dr Smith de sa visite à Dr Jones. Pour éviter le non-respect de la confidentialité des adolescents, tous les régimes de santé provinciaux doivent exempter les adolescents inscrits sur des listes de patients des dispositions de recouvrement des coûts dans leurs systèmes dinscription des patients. Inscription des patients En raison de la réforme des soins de santé, les systèmes dinscription des patients deviennent de plus en plus courants en soins primaires canadiens, et toutes les provinces envisagent ou mettent en œuvre une certaine forme dinscription des patients1. LOntario est un chef de file à cet égard. En 2006, la moitié de la population admissible à lassurance-santé publique en Ontario était inscrite sur les listes de médecins de première ligne2 et le nombre de patients inscrits avait doublé par rapport à 20053. Lorsquun patient sinscrit auprès dun médecin de première ligne, il ou elle se joint à la liste de ce médecin. En consentant à linscription sur la liste, les patients permettent aussi au ministère de la Santé de divulguer les visites à dautres médecins de première ligne. Les patients renoncent volontairement à une mesure de confidentialité pour avoir lavantage dêtre inscrits sur la liste dun médecin de famille. Questions de confidentialité Les règles de confidentialité font partie des codes déthique depuis lépoque du serment dHippocrate4. Le Code déthique de lAMC consacre 7 articles à la protection des renseignements personnels et à la confidentialité5. Sils navaient pas lassurance de la protection de leurs renseignements personnels, les patients seraient enclins à ne pas tout dire de leurs antécédents médicaux et à ne pas consentir à des investigations ou à des examens complets, limitant la capacité de leur médecin de poser un diagnostic exact et dadministrer le traitement approprié. Les patients pourraient aussi éviter de se faire soigner sils hésitaient à faire confiance à leur médecin. Certains prétendent que le respect de lautonomie du patient signifie quil devrait avoir la possibilité de déterminer qui a le droit daccéder à ses renseignements en matière de santé. Dautres maintiennent que la confidentialité signifie que si le médecin promet implicitement (p. ex. par un code déthique) ou explicitement de respecter la confidentialité, il est obligé de tenir cette promesse4. Menaces envers les adolescents Le problème avec les patients adolescents se situe dans le fait que leurs parents les ont peut-être inscrits sur la liste dun médecin quand ils étaient trop jeunes pour donner leur consentement. Les adolescents demeurent sur la liste du médecin longtemps après avoir atteint la maturité voulue pour refuser la divulgation de leurs renseignements médicaux et, aussi longtemps quils demeurent sur la liste, on ne leur donne pas le choix de refuser. Certains estiment que les parents devraient être au courant des soins de santé que reçoivent leurs adolescents6. Si on accepte cet argument, la divulgation devrait se faire en fonction de lâge, de limmaturité ou de la relation avec le fournisseur de soins. Mais si on décide de la divulgation en fonction de la rémunération du médecin de famille, cela veut dire que les droits à la confidentialité de certains adolescents sont lésés par rapport à dautres. Ce nest acceptable que sils y consentent. Diverses raisons poussent les patients adolescents à chercher des soins temporaires auprès dun médecin autre que leur médecin de famille. Ils peuvent se sentir mal à laise si le médecin de première ligne de la famille connaît leurs problèmes de santé reliés à la puberté et à la sexualité7,8. Ils peuvent trouver plus pratique daller dans une clinique médicale dans leur école ou les environs. Ils peuvent aussi éviter daller chez leur médecin de famille de peur que leurs parents apprennent les raisons de leur consultation9. Les adolescents consultent aussi dautres médecins parce quils ne veulent spécifiquement pas que leur médecin de famille connaisse leurs préoccupations en matière de santé. Quand un médecin de famille apprend que ladolescent a consulté un autre médecin, en dépit de la promesse de confidentialité, la confiance de cet adolescent à lendroit de la confidentialité du système médical est ébranlée. La méfiance envers les médecins peut empêcher les adolescents de se faire soigner ou de divulguer tous les renseignements concernant leur santé. Discussions franches Jusquà ce que les ministères provinciaux de la santé exemptent les adolescents inscrits des mécanismes de recouvrement des coûts de leurs systèmes de listes, les médecins de famille devront gérer le non-respect possible de la confidentialité de leurs patients adolescents. Si vous êtes un médecin de famille qui participe à un système de listes de patients, discutez avec vos patients adolescents de ce que leur inscription signifie lorsquils ont atteint la maturité voulue pour donner leur consentement éclairé. Les adolescents qui refusent de consentir à la divulgation de leurs consultations auprès dautres médecins doivent être enlevés de votre liste. Lorsque vous apprenez, par lintermédiaire du mécanisme de recouvrement des coûts, quun adolescent inscrit sur votre liste sans y avoir consenti a consulté un autre médecin, vous devez gérer la situation avec beaucoup de tact. Lapproche la plus prudente est de passer cette visite sous silence et, ainsi, de ne pas ébranler la confiance de ladolescent dans la confidentialité du système de santé. Si vous devez dire à ladolescent que vous êtes au courant de sa visite chez un autre médecin, vous devriez minimiser les conséquences négatives de cette divulgation. Discutez-en seul avec ladolescent. Pour protéger la confiance de ladolescent envers lautre médecin, expliquez-lui que cet autre médecin nest pas responsable de la divulgation de cette consultation. Parlez-lui ensuite du consentement éclairé ou du refus dêtre inscrit sur votre liste.
Footnotes This article is also in English on page 834. Aucun déclaré Les opinions exprimées dans les commentaires sont celles des auteurs. Leur publication ne signifie pas quelles sont sanctionnées par le Collège des médecins de famille du Canada. Références
Related articles in CFP:
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||