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Vol. 54, No. 8, August 2008, pp.1096 - 1099 Copyright © 2008 by The College of Family Physicians of Canada
En labsence de panacée universelleRépertoire des relations médecin-patientMarie-Thérèse Lussier, MD MSc FCFPProfesseure agrégée au Département de médecine familiale de lUniversité de Montréal, au Québec
Claude Richard, PhD
Correspondance à: Dre Marie-Thérèse Lussier, 1755, boulevard René-Laennec, Local D-S145, Laval, QC H7M 3L9; téléphone 450 668-1010, poste 2742; courrielmtlussier{at}videotron.ca Limportance des aspects relationnels dans lexercice de la médecine est reconnue de tous depuis lantiquité1. Les relations médecin-patient sont au cœur de la pratique et ont fait lobjet de recherches scientifiques rigoureuses au cours des 40 dernières années. Plusieurs modèles de relations médecin-patient ont été décrits au cours de ces années: biomédical, biopsychosocial, centré sur le patient, centré sur la relation, négocié, consommateuriste et systémique2–10. Par ailleurs, depuis quelques années, le modèle centré sur le patient semble simposer dans les ouvrages portant sur la communication médecin-patient, dans les domaines de léducation et de la recherche. Il est maintenant reconnu par les ordres de médecins au Canada comme la norme acceptée11,12. Il semble y avoir eu un certain parallélisme entre lélaboration du concept centré sur le patient et de celui de la discipline de la médecine familiale contemporaine. Ce changement de paradigme a certainement joué un rôle dans la caractérisation de la médecine familiale par rapport aux autres spécialités médicales et chirurgicales13. Si le modèle centré sur le patient est maintenant accepté dans une large mesure, il reste nécessaire de spécifier comment le traduire en une communication réceptive dans les divers contextes de pratique des médecins de famille. Kiesler et Auerbach14 indiquent la nécessité dexaminer plus en profondeur linfluence sur la communication de différents facteurs contextuels, comme les caractéristiques démographiques du patient, la gravité de la maladie, la nature spécifique de la maladie et le genre de décision médicale prise. Nous sommes davis que les médecins devraient acquérir la maîtrise de nombreux styles de relations et apprendre à ajuster leurs styles de communication en fonction du contexte dans lequel les soins sont donnés. Définition Une relation désigne le modèle récurrent de communication qui existe entre 2 personnes. La communication et la relation sont réciproquement la source et le résultat de lautre. La relation médecin-patient constitue une forme particulière de relation interpersonnelle; cest une relation de «service» dans laquelle les deux interlocuteurs jouent des rôles prédéterminés et les normes de comportement sappliquant au médecin sont clairement définies par un code de déontologie1. La relation médecin-patient exige une confiance mutuelle, lacceptation de lautre et la reconnaissance de la capacité dinfluence liée à la compétence spécifique. Ajoutons que le médecin doit adopter en toutes circonstances une attitude respectueuse de la personne, de son autonomie et de son droit à la confidentialité, et que son comportement doit être guidé par une intention bienveillante à légard de son patient. La recherche contemporaine sest surtout penchée sur les caractéristiques personnelles du patient, comme ses préférences en matière dinformation ou sa participation aux décisions, sa capacité physique et mentale de poser les gestes nécessaires pour exécuter le traitement, sa connaissance de la maladie et de son traitement, et sa motivation à prendre en main le contrôle de son traitement. Or, la relation médecin-patient, tout comme les autres relations interpersonnelles, ne peut se soustraire au contexte spécifique de la rencontre et elle doit donc sadapter en conséquence. Le contexte est multidimensionnel15. La relation médecin-patient est déterminée par les caractéristiques du problème en cause, comme le genre de maladie et sa gravité. Elle est aussi définie par le contexte où se développe la relation (hospitalisation, rendez-vous en cabinet, salle durgence, domicile, etc.). Enfin, elle est aussi caractérisée par ses interlocuteurs. Nous croyons quil faut réintroduire le contexte pour compléter le tableau des relations possibles, et cest pourquoi nous préconisons un répertoire de relations médecin-patient. Lapproche dune «panacée universelle» ne permet pas doptimiser le jumelage entre médecins et patients14. En privilégiant un modèle unique, comme celui centré sur le patient, on risquerait de priver les médecins de la palette des outils relationnels et communicationnels requis pour sadapter aux différentes situations quils rencontrent. Nous reconnaissons quil existe un corpus significatif de recherches indiquant que la relation centrée sur le patient est associée à des meilleurs résultats de soins 16–21. Nous notons cependant que la majorité de ces études sont de nature associative (corrélationnelle) et quelles ont été menées, le plus souvent, dans un contexte de consultation en cabinet auprès de patients dont létat de santé était considéré généralement stable. Pour les autres situations cliniques, on ne peut rien affirmer avec certitude. Analyse du problème La Figure 1 représente graphiquement les transformations possibles des relations médecin-patient selon un axe de contrôle décisionnel (prise en charge/autonomie)». Cet axe est lui-même défini en fonction de 2 caractéristiques des problèmes de santé présentés: la nature du problème (aiguë par rapport à chronique) et son degré de gravité (grave par rapport à bénin). Cette figure permet de regrouper des catégories générales de problèmes et les contextes de soins dans lesquels ils sont les plus susceptibles dêtre abordés. Il faut cependant reconnaître que les caractéristiques du problème seules ne déterminent pas complètement la relation qui se développera entre médecin et patient. Elle dépendra aussi des caractéristiques de la personne qui consulte et du contexte de la consultation. Nous nincluons pas ces trois aspects dans la Figure 1, mais nous avons inséré un symbole de courbe normale à chaque relation dominante en guise de rappel de cette variation.
Nous suggérons, en fonction de la nature du problème et de son degré de gravité, 4 types de relations dans lesquelles le médecin et le patient peuvent sengager, et dans lesquelles le rôle du médecin varie: expert en charge, expert-guide, partenaire ou facilitateur. Expert en charge Lorsque la situation est aiguë et grave, on peut penser à une relation dans laquelle le médecin prendra unilatéralement des décisions et fera au nom du patient un certain nombre dactions dans le but explicite de le soigner. Le médecin joue alors le rôle d«expert en charge». Cette relation sengage généralement avec un patient dont la condition médicale est instable et exige des soins immédiats (infarctus aigu du myocarde, polytraumatisme en choc, angine instable, diabète décompensé, MPOC décompensée, sepsis, etc.). Dans ces situations critiques, les décisions sont prises par le médecin au meilleur de son expertise médicale. Les aspects psychosociaux et les croyances du patient passent souvent au second plan, si présents. Lexpression du «caring» se fait essentiellement par la mobilisation des ressources médicales pour traiter la personne22–24. Son expression verbale est succincte et peut être se limiter à des énoncés brefs tels que «On prend soin de vous». Expert-guide Par ailleurs, lorsquon se déplace sur les axes dans la Figure 1 vers les problèmes ou plus bénins ou chroniques, comme les situations subaiguës courantes qui ne sont pas trop graves (infections aiguës, lacérations, traumatismes mineurs, etc.), le médecin offre au patient son opinion professionnelle en rapport avec le diagnostic, le conseille et lui suggère des traitements. Le médecin adopte alors le rôle d«expert-guide». Le médecin a comme objectif dinformer le patient, de lui prescrire un traitement et de le convaincre de sa pertinence. Dans cette situation, il est possible dévaluer les aspects psychosociaux et les croyances du patient, et den tenir compte. Il y a définitivement plus de place pour la collaboration du patient. Lexpression du «caring» se fait par la recherche de renseignements sur la condition du patient et par la réponse à son besoin «dêtre écouté». Partenaires Dans les cas de maladies plus chroniques, quelles soient bénignes (colon irritable, arthrose, reflux gastroœsophagien, etc.) ou plus graves (diabète, maladie pulmonaire obstructive chronique, insuffisance rénale, maladie coronarienne, ostéoporose, etc.), le médecin peut chercher à établir une relation de partenariat22,23. Il adopte alors le rôle du médecin «partenaire». Dans ces circonstances, les connaissances du patient par rapport à son problème de santé se développent, et il devient ainsi un interlocuteur plus averti pour discuter de différentes options de traitement. Il peut alors sétablir un véritable partenariat. Le médecin a pour objectif de motiver le patient et de lui donner linformation dont il a besoin afin dactualiser le traitement convenu. Les aspects psychosociaux et les croyances du patient sont pris en compte dans lévaluation de la condition du patient, qui peut participer aux décisions concernant le traitement. Lexpression du «caring» se fait par lempathie et laccueil du point de vue du patient. Son expression verbale peut être élaborée, marquée par la présence de dialogues et par la coopération dans lélaboration de solutions mutuellement acceptables. Cette relation correspond de plus près à la définition quon donne à lapproche centrée sur le patient. Facilitateur Enfin, dans le cas dune maladie chronique bien contrôlée, le médecin se retrouve souvent en présence de patients ayant développé une bonne connaissance de la maladie, une capacité de se «surveiller» de façon autonome et de poser les gestes nécessaires afin dajuster leur traitement22,23. Dans ces situations, les patients peuvent se présenter avec des demandes précises. Laction est déjà engagée par le patient au moment de la consultation, et lobjectif du médecin est de compléter si nécessaire linformation du patient et de laider à actualiser le traitement. Le médecin et le patient peuvent alors sengager dans une relation dans laquelle le médecin agit comme facilitateur des soins et motivateur. Les aspects psychosociaux et les croyances du patient sont affirmés par ce dernier et ils jouent un rôle dans ses demandes au médecin. Lexpression du «caring» se fait par la sollicitation et lécoute du point de vue du patient. Lentrevue est marquée par la présence de dialogues, souvent initiés par le patient, par lévaluation attentive par le médecin des solutions proposées et de suggestions pour faciliter leur implantation. Conclusion Nous avons cerné un ensemble de conditions cliniques qui militent en faveur dune modulation de la relation médecin-patient plutôt que dune relation unique, théoriquement ou idéologiquement convenable à toutes les situations. Nous devons reconnaître lutilité pour les médecins de maîtriser un répertoire de relations. De notre point de vue, toutes les relations proposées doivent se fonder sur une attitude de respect de la personne, de son autonomie et de son droit à la confidentialité, et sur un comportement guidé par la bienveillance. Ces caractéristiques constituent la pierre angulaire de lapproche centrée sur le patient et en ce sens, nous devrions toujours être «centrés sur le patient». Par ailleurs, nous sommes convaincus quil est devenu nécessaire de préciser davantage ces caractéristiques fondamentales de la relation médecin-patient. Cette définition plus précise aiderait les médecins à sadapter aux exigences des divers contextes dans lesquels ils sont maintenant appelés à exercer leur profession. Pour poursuivre une discussion constructive sur les relations médecin-patient, nous proposons de discuter dun répertoire de relations plutôt que dinsister sur un seul type de relation dans toutes les situations cliniques. Il y a des risques associés à laffirmation quun seul type de relation médecin-patient est acceptable; lorsque les médecins trouveront que cette relation en particulier ne sapplique pas à leur pratique clinique au quotidien, ils la rejetteront pour revenir aux modèles plus paternalistes et dexperts en charge, même dans les situations où ces modèles ne conviennent clairement pas. Nous vous avons proposé ici un cadre général dinterprétation de la variation des relations entre médecin et patient à prendre en compte dans diverses circonstances. Il ressemble beaucoup au cadre de leadership situationnel présenté par Hersey et Blanchard27, décrivant les styles de leadership suivants: direction, encadrement, soutien, délégation. Aucun dentre eux nest considéré comme optimal ou souhaitable en soi. Il faut être flexible et sadapter à chaque situation particulière. Nous partageons ce point de vue. Nous avons essayé de délimiter les conditions dans lesquelles se développent les relations médecin-patient. Cest pourquoi nous avons traité la relation qui évolue non pas dun point de vue idéologique ou moral, mais plutôt selon une perspective fondée sur la pratique, selon laquelle aucun modèle unique ne pourrait convenir à toutes les circonstances. Cest un premier pas pour contrer la simplification excessive de la relation médecin-patient.
Footnotes Aucun déclaré Les opinions exprimées dans les commentaires sont celles des auteurs. Leur publication ne signifie pas quelles sont sanctionnées par le Collège des médecins de famille du Canada. This article is also in English on page 1089. Références
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