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Vol. 54, No. 8, August 2008, pp.1129 - 1129.e4 Copyright © 2008 by The College of Family Physicians of Canada
Internet: un moyen alternatif au présentiel pour la formation pédagogique de médecins isolés?Suzanne Gagnon, MD CCMF FCMF MAProfesseure au Département de médecine familiale de lUniversité Laval au Québec
Cassian Minguet, MD
Correspondance à: Dre Suzanne Gagnon, Département de médecine familiale, Faculté de médecine, Université Laval, Québec, QC G1K 7P4; téléphone 418 666-7000, poste 286; télécopieur 418-666-2776; courrielsuzanne.gagnon{at}ssss.gouv.qc.ca En quelques années, lInternet a complètement changé la façon dont les médecins recherchent de linformation1–2. Selon la littérature, la plupart dentre eux y ont accès facilement et cest également devenu un moyen facile de communication et déchange. Comme enseignants de formateurs en médecine familiale, nous nous sommes demandés sil pouvait y avoir un intérêt à leur proposer une formation par Internet. Lobjectif était de vérifier la faisabilité dune telle formation et de tester un contenu qui pourrait être transmis en ligne. Pour répondre à ces questions, nous avons proposé un programme en ligne à une cohorte de médecins qui nous semblait pouvoir bénéficier en premier lieu de cette nouvelle technologie. Ainsi, notre formation sest adressée à des médecins ruraux ou éloignés de luniversité. Le programme portait sur lacquisition dhabiletés nécessaires à lencadrement de résidents en stage dans leur pratique. Nous avions décidé délaborer cette formation en collaboration internationale (Canada, Belgique, Grand Duché de Luxembourg) pour permettre léchange dexpertises universitaires mais également pour tester les possibilités déchange et de réseautage de participants très éloignés les uns des autres. Des questionnaires dinventaire de besoins réalisés parmi les superviseurs de résidents, tant au Canada quen Belgique ont permis de constater un intérêt très marqué pour lenseignement à distance (EAD). Cette enquête a permis également de faire un inventaire des accès à Internet et de connaître la préférence sur le contenu dune telle formation. Il est à remarquer quune partie non négligeable mentionnait avoir peu de connaissances et dhabiletés en matière de technologie de linformation et de la communication. Dans la littérature, plusieurs articles parlent de lEAD. Karsenti3 mentionne que plusieurs études montrent «quil nexiste aucune différence, sur le plan des apprentissages réalisés par les apprenants, entre un enseignement en formation ouverte et à distance et un enseignement en présentiel». Il mentionne que lefficacité, lefficience et les impacts réels de ces nouveaux modes de formation devront être évalués dans le cadre de programmes de recherche. Marchand4 mentionne aussi un changement de paradigme avec un nouveau rôle pour le professeur: celui-ci devient un facilitateur du savoir et nest plus le réseau principal dinformation. Elle mentionne aussi que lautonomie de lapprenant est primordiale à sa réussite et que la formation à distance convient très bien à la formation aux adultes et en formation continue. Peu darticles sintéressent spécifiquement à la formation par EAD dans le domaine de la supervision en médecine familiale en région rurale. Filion-Carrière et Harvey5 disent que la formation à distance est destinée à surmonter les barrières limitant laccès aux activités de formation et quelle offre laccessibilité et la flexibilité, permet lautoapprentissage, favorise un rythme personnalisé qui sadapte aux besoins de chacun, élimine les coûts de transport, a moins de répercussions sur les obligations professionnelles et offre des réductions appréciables sur les frais associés aux cours. Lauteur mentionne également que la formation à distance a le potentiel de distribuer linformation à un nombre illimité de praticiens dans un nombre illimité dendroits. Enfin, lauteur indique que lInternet est la technologie la plus simple, la plus disponible et la moins dispendieuse pour les professionnels de la santé. Kiprilani et al6, dans une étude, mentionnent que la formation assistée par lordinateur a lavantage dêtre rapide dexécution, peu coûteuse et pratique. Les médecins peuvent étudier dans le confort de leur propre bureau ou à la maison sans les inconvénients de la distance et du temps passé loin de leur pratique. Himpens7, dans le projet Pentalfa, a trouvé que 90% des participants des sites périphériques disaient avoir sauvé du temps en assistant à des sessions en visioconférences et que le temps sauvé était étroitement lié à la localisation du participant. Il disait dailleurs que 85% des participants des sites périphériques ne voulaient plus voyager pour ces sessions de formation surtout à cause du temps perdu dans les transports. Eon et AuYeung8 pour leur part, signalent que les téléconférences permettent les discussions entre professionnels, ce qui est essentiel aux changements de pratique. Objectif du programme Les contextes se révélant semblables dans les 3 pays, il nous a semblé intéressant de réaliser un projet-pilote international francophone. Lobjectif principal était dévaluer la faisabilité dune formation spécifique destinée aux médecins ruraux et de régions éloignées. La formation elle-même portait sur lacquisition dhabiletés pédagogiques et lutilisation des technologies de linformation et de la communication et comportait des échanges sur des thèmes reliés à la pratique et lenseignement en milieu rural. Composantes du programme Le projet-pilote a été mené en janvier et février 2006, sur une période de 5 semaines. Les participants (n = 20) étaient des volontaires recrutés parmi des cliniciens-enseignants en médecine familiale travaillant en régions rurales ou éloignées des centres de formation de 3 pays. Deux supports furent choisis pour la formation: dune part une plate-forme de cours sur un site Internet («iCampus9», développé au départ du gratuiciel «Claroline10» mis à disposition des enseignants de lUniversité catholique de Louvain); dautre part un outil collaboratif de visioconférence («Breeze11», mis à la disposition des enseignants de lUniversité Laval). Ces outils étaient accessibles en ligne au moyen de léquipement informatique personnel des participants. Comme montré dans le tableau 1, ces 2 outils pré-sentent des fonctionnalités complémentaires: iCampus dispose de classes virtuelles. Plusieurs outils sont disponibles permettant soit des échanges synchrones comme le clavardage ou asynchrones comme léchange de courriels, les forums de discussion, les WIKI (documents rédigés et modifiés par les participants). Breeze permet un échange instantané; les participants (jusquà 9 en même temps) se voient tous en direct sur lécran de chaque ordinateur9–11.
Lencadrement par les gestionnaires consistait en 2 séances de tutoriel par clavardage, par semaine. Les gestionnaires étaient accessibles par téléphone en tout temps pendant la formation. Le travail des participants était estimé par les auteurs à 2 heures par semaine. Le contenu de la formation est résumé dans le tableau 2. Un pré-test, un post-test immédiat et un post-test différé furent proposés aux participants. Ces tests portaient sur les connaissances pédagogiques et sur leur perception de leur aisance avec les technologies de linformation et de la communication. Le post-test différé fût fait 2 mois après la fin de la formation. Par ailleurs, une enquête de satisfaction et un entretien de groupe en ligne sur Breeze ont clôturé ce projet-pilote. Les tests ont montré une tendance à lacquisition de connaissances pédagogiques et au maintien de celles-ci dans le temps, mais peu de changement dans la perception de leur aisance avec les les technologies de linformation et de la communication.
Points positifs du programme Peu de problèmes techniques sont survenus. Le cours était aisément accessible en ligne. Limage et le son lors des visioconférences se sont révélés particulièrement claires malgré les différentes modalités de branchement suivant les pays notamment un participant connecté à lInternet via satellite. Nous avons constaté que chacun des 2 outils avaient des spécificités complémentaires. Le tableau 3 reprend les points forts de chaque outil. Les médecins inscrits se sont, eux, connectés de nombreuses fois (1068, comprenant les connexions des gestionnaires) et ont eu une production abondante via les outils proposés. Les répondants au questionnaire de satisfaction et les participants à lentretien de groupe se sont dits très satisfaits. Ils ont mentionné que cette expérience les avait sortis de leur isolement et avait permis des échanges très fructueux avec des pairs, ceci sans quitter leur lieu de pratique. En terme de coût du projet, il se limita, pour les institutions, à linvestissement en temps de leurs professionnels impliqués dans la conception, le développement, lencadrement et lanalyse du projet. Le coût pour les participants fût minime, consistant uniquement en lacquisition dune webcam et dun micro.
Limites du programme Le nombre de participants avait été préalablement limité en raison de la volonté dencadrement étroit par les gestionnaires de ce projet. Bien que les participants se soient portés au départ volontaires, ce nombre na pas été atteint malgré des relances par courriel ou par téléphone. Les raisons mentionnées sont: des problèmes informatiques notamment la difficulté pour certains médecins québécois de se connecter à lordinateur de létablissement lors des déplacements dans les régions isolées en raison des pare-feux ou de labsence daccès Internet dans un des sites. Le travail sur le site de cours nécessitait également un ordinateur performant. Un participant a mentionné avoir eu de la difficulté à sy retrouver sur le site de la formation. La navigation dans le programme a nécessité des explications sur le plan du site. La visioconférence nécessitait une connexion à haut débit. Nous avions dû exclure les participants munis dun ordinateur MAC, non compatibles avec la visioconférence. Certains participants ont éprouvé des difficultés à accéder à loutil collaboratif Breeze. Les raisons étaient labsence de connaissances minimales informatiques: paramétrer des périphériques (micro et webcam), accéder à un mot de passe préalablement expédié par courriel. Quelques abandons sont survenus avant et en cours de formation, principalement par manque de temps. Ceux qui ont terminé la formation ont mentionné que le temps de travail estimé par les gestionnaires avait été dépassé. Pour les gestionnaires, le temps investi a été considérable, autant en temps de conception quen temps dencadrement. Étant donné la petite cohorte, les résultats aux tests quoique valides étaient non significatifs. Conclusion Lanalyse qualitative des points forts et des points faibles de cette formationà distance montre quune telle formation est faisable même pour des médecins éloignés de 6000 km les uns des autres. Cest une alternative intéressante aux formations classiques, permettant de diminuer lisolement de médecins éloignés et de réaliser des économies de temps et de déplacement. Ceci est important dans le contexte du manque dattractivité des régions éloignées, tant au Canada quen Belgique et au Grand Duché de Luxembourg, où une pénurie de médecins existe dans certaines régions. Les principales difficultés dans ce type de formation se situent dans le recrutement et le maintien des participants. Les raisons dabandon et les obstacles à la participation à une formation en ligne mériteraient dêtre mieux compris car la satisfaction des participants persévérants est grande. Les contenus du programme de formation restent également à être améliorés. Enfin, la place de lEAD par rapport aux autres types de formation reste à définir.
Footnotes Aucun déclaré *Le texte intégral est accessible en français à www.cfp.ca. Cet article a fait lobjet dune révision par des pairs. This article has been peer reviewed. Références
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