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Vol. 55, No. 1, January 2009, pp.19 - 21 Copyright © 2009 by The College of Family Physicians of Canada
Les antibiotiques pour les exacerbations aiguës des bronchopneumopathies chroniques obstructivesR. Andrew McIvor, MD MSc FRCPCProfesseur au Département de médecine de la McMaster University à Hamilton, en Ontario Correspondance: Dr R.A. McIvor, T2127 Firestone Institute for Respiratory Health, St Josephs Healthcare, 50 Charlton Ave E, Hamilton, ON L8N 4A6; téléphone 905 522-1155, poste 34330; télécopieur 905 521-6183; courrielamcivor{at}stjosham.on.ca Les médecins qui pratiquent en cabinet prescrivent plus dantibiotiques pour les infections des voies respiratoires que pour tout autre problème. Par ailleurs, étant donné la controverse entourant lefficacité de telles ordonnances, il est devenu difficile de se poser la question: «Mon patient a-t-il besoin dantibiotiques et, dans laffirmative, de quel antibiotique a-t-il besoin, à quelle dose et pendant combien de temps?» De plus, avant de rédiger lordonnance, il faut aussi tenir compte des effets secondaires ou des interactions médicamenteuses, des allergies du patient et de sa capacité de payer les médicaments. Dans ce numéro du Médecin de famille canadien, Korbila et ses collaborateurs1 nous amènent à réfléchir aux agents de première intention les plus efficaces pour les exacerbations bactériennes aiguës de la bronchite chronique (EBABC): pénicilline ou régimes à base de triméthoprime? Avant de répondre à la question, il est essentiel de nous assurer que nous parlons du même problème de santé. Quel sens donner à un nom? En tant que pneumologue, jai tendance à catégoriser en «blanc ou noir» les infections des voies respiratoires. Quelles sont exactement les différences cliniques entre la bronchite aiguë (BA), la pneumonie acquise dans la communauté (PAC) et lEBABC? Jajoute à cette liste les exacerbations aiguës de la bronchopneumopathie chronique obstructive (EABPCO), lexpression privilégiée au Canada, parce que, dans ce contexte, elle est interchangeable avec lexpression EBABC. Presque tout le monde a déjà eu un épisode de «bronchite aiguë». Cest une maladie résolutive chez des personnes ayant des poumons en santé, et ses symptômes les plus courants sont la toux, le sifflement et les expectorations pouvant être colorées. Par contre, les antibiotiques napportent pas de bienfaits aux patients souffrant de BA; une étude randomisée contrôlée importante na révélé aucune différence dans lamélioration des symptômes en prenant de lazithromycine par rapport à de la vitamine C2. Par conséquent, nous exerçons une «intendance appropriée des antibiotiques» quand nos patients ayant une BA quittent notre bureau sans ordonnance. Mais, au contraire, les médecins ne devraient jamais sciemment sabstenir de prescrire des antibiotiques à un patient souffrant de PAC. La pneumonie acquise dans la communauté présente une constellation de signes et de symptômes, incluant la toux, les expectorations, des signes physiques localisés à lauscultation du thorax et de la fièvre. Le diagnostic est confirmé par la présence dinfiltrats nouveaux ou progressifs sur la radiographie pulmonaire. Même si la plupart des patients peuvent être traités en toute sûreté à domicile, nous devons être vigilants et détecter ceux qui présentent une sepsie et une dysfonction de la plaque terminale, reconnues à lhypotension, à la confusion, à un rythme respiratoire de plus de 30 à la minute, qui pourraient nécessiter un triage durgence et une admission à lhôpital. Les cas dEBABC et dEABPCO requièrent presque toujours une antibiothérapie. Ces exacerbations se produisent principalement chez les fumeurs et les exfumeurs qui ont déjà eu un diagnostic de BPCO; les EBABC et les EABPCO sont environ 20 fois plus fréquents que la PAC. Exacerbation ou variation normale? Lévolution naturelle de la BPCO comporte des exacerbations aiguës répétées, dont la fréquence varie entre 1 et 4 épisodes par année dans les cas de BPCO grave. Entre 3% et 16% des cas de telles exacerbations nécessitent une hospitalisation et, dans les épisodes sévères, la mortalité peut atteindre jusquà 10%3. On peut généralement prendre en charge lEABPCO en soins primaires, mais les patients plus âgés ou ayant une comorbidité importante exigent plus de vigilance de notre part. Ces patients auront une bronchite chronique, cest-à-dire une toux quotidienne produisant des expectorations la plupart du temps cumulativement pendant 3 mois durant 2 années consécutives, plutôt que de lemphysème, qui cause un essoufflement chronique et nest habituellement pas compliqué par des exacerbations infectieuses. La plupart des patients atteints de bronchite chronique stable vont relativement bien malgré des limitations considérables et diverses comorbidités. Par ailleurs, une infection aiguë (habituellement virale et peut-être attrapée en visitant leurs petits-enfants) peut suffire à causer une importante détérioration dans les symptômes et à faire basculer les patients en insuffisance respiratoire. Comment pouvons-nous déterminer si un patient présente une exacerbation aiguë plutôt quune variation normale de jour en jour de la bronchite chronique ou des symptômes de la BPCO? Une étude randomisée très bien conçue, à double insu et croisée, effectuée au début des années 1980 à Winnipeg, au Manitoba, nous a aidés à trouver la réponse4. On a administré aux patients ayant une EABPCO de lamoxicilline, du triméthoprime-sulfaméthoxazole (TMP-SMX), de la tétracycline ou un placebo correspondant. Ceux qui prenaient des antibiotiques et revenaient avec dautres exacerbations recevaient par la suite un placebo et vice-versa. Létat des patients qui nont pas reçu dantibiotiques dans cette étude sest détérioré, et il a fallu les hospitaliser deux fois plus souvent que ceux prenant des antibiotiques. Les auteurs ont découvert que les patients présentant 2 ou plusieurs des symptômes suivants - connus sous le nom de critères dAnthonisen - bénéficiaient dun antibiotique à large spectre: dyspnée accrue, augmentation de la production dexpectorations et purulence plus grande des expectorations (p. ex. changement de couleur). Une synthèse critique détudes randomisées contrôlées contre placebo subséquentes faisait valoir un léger avantage pour les patients recevant des antibiotiques par rapport à ceux prenant un placebo (quoique chacun des groupes de létude originale ne compte quun petit nombre de patients)5. Lignes directrices sur la prise en charge Divers groupes responsables de produire des lignes directrices dans le monde ont intégré toutes les données probantes entourant la prise en charge de lEABPCO. Même si lapproche fondamentale de tous les guides de pratique se ressemble, le guide canadien est un chef de file sur le plan mondial parce quil encourage la stratification du risque pour guider le choix des antibiotiques3,6. Les lignes directrices intitulées Global Obstructive Lung Disease Guidelines7 et celles de lEuropean Respiratory Society8 comportent des différences mineures mais toutes deux indiquent que lantibiotique à privilégier devrait être laminopénicilline, un macrolide ou la tétracycline. Les quinolones ont obtenu un rendement aussi bon dans les études cliniques, mais ils nont pas encore été universellement acceptés comme cliniquement supérieurs par rapport aux autres antibiotiques. Le recours au TMP-SMX a perdu de sa popularité en raison surtout dune campagne très publicisée au Royaume-Uni concernant leffet secondaire rare mais potentiellement fatal du syndrome de Stevens-Johnson. On se demandait pourquoi des personnes âgées à Brighton, en Angleterre, mouraient des effets secondaires du TMP-SMX7. Lenquête a amené le Comité de la sécurité des médicaments à écrire à tous les praticiens au Royaume-Uni pour les aviser de limiter lutilisation du TMP-SMX à la prévention et au traitement du Pneumocystis carinii chez les personnes immunodéprimées. Cette démarche sest accompagnée dune frénésie médiatique à léchelle du pays. Même si le comité sest par la suite ravisé, principalement en raison de lutilisation fréquente du TMP-SMX pour les infections des voies urinaires, il a maintenu sa restriction pour les cas dEABPCO. Les patients hésitent maintenant beaucoup à accepter une ordonnance de TMP-SMX. Les données probantes appuient lutilisation des antibiotiques dans les cas dEABPCO, mais les pathogènes deviennent de plus en plus résistants. Cest particulièrement le cas des 2 principaux pathogènes dans les BPCO, les Moraxella catarrhalis et les Haemophilus influenzae. À lheure actuelle, ils produisent respectivement à 100% et à 36% des β-lactamases, ce qui limite considérablement l'efficacité de la pénicilline. Les lignes directrices canadiennes indiquent que la pénicilline ou le TMP-SMX ne devraient être administrés qu'aux patients ayant une BPCO légère qui n'ont pas connu d'exacerbations antérieures et qui n'ont pas de maladies concomitantes3. Pour les patients atteints de BPCO qui suivent de façon chronique une thérapie aux corticostéroïdes, ont de fréquentes exacerbations ou des problèmes de comorbidité, comme le diabète ou une maladie cardiovasculaire, les lignes directrices préconisent les fluoroquinolones par voie respiratoire ou lamoxicilline- clavulanate, en raison des forts taux de résistance et de léchec des agents de première intention. La ciprofloxacine convient le mieux à ceux à risque dune infection aux Pseudomonas aeruginosa ou effectivement atteints de cette infection. Il est aussi important de demander aux patients sils ont pris récemment des antibiotiques et dintégrer le concept de la rotation des antibiotiques dans notre pratique. Plutôt que de simplement augmenter la dose ou prolonger la durée du traitement, les médecins devraient changer de classe dantibiotiques si les patients ont pris des antibiotiques pour une raison ou une autre au cours des 3 derniers mois. Dexcellentes données probantes justifient lajout de prednisone par voie orale, à raison de 30 à 50 mg par jour, pour les personnes dont létat est plus grave, sans avoir besoin de baisser la dose9. Cette thérapie adjuvante réduit le séjour à lhôpital denviron 1 jour pour les patients admis et réduit le nombre de visites sans rendez-vous chez le médecin ou le retour aux soins durgence pour les personnes traitées à lurgence mais ayant obtenu leur congé. Même en labsence détudes convaincantes en cabinet, les lignes directrices canadiennes suggèrent un régime semblable de courte durée de stéroïdes par voie orale pour les patients qui ont des antécédents de BPCO grave ou sont à risque de détérioration. Modèle de prise en charge dune maladie chronique Il est essentiel dadopter un modèle de prise en charge des maladies chroniques pour les patients qui ont eu des exacerbations. Après le traitement réussi dune exacerbation aiguë, il faut prévoir un suivi. Ces visites devraient avoir pour but de sassurer que le patient prend bien en charge sa BPCO pour optimiser sa fonction actuelle et sa qualité de vie, et pour prévenir de futures exacerbations. Les autres professionnels de la santé peuvent aussi renseigner les patients sur la réduction des symptômes et encourager la cessation du tabagisme, la vaccination contre la grippe et les pneumocoques, des interventions pharmacologiques ou non pharmacologiques et demander des évaluations spécialisées au besoin10,11. Le fardeau des BPCO est grandissant. Les patients qui souffrent dexacerbations visitent fréquemment les urgences et comptent parmi ceux les plus souvent admis dans les services de médecine générale. Il est important de ne pas devenir blasés devant ce problème courant; nous devons intégrer les plus récentes lignes directrices dans notre pratique.
Footnotes Dr McIvor a reçu des honoraires pour la formation médicale continue et la participation à des réunions de comités consultatifs dAbbott, Bayer, Boehringer Ingelheim, GlaxoSmithKline et Pfizer. les opinions exprimées dans les commentaires sont celles des auteurs. Leur publication ne signifie pas quelles sont sanctionnées par le Collège des médecins de famille du Canada. This article is also in English on page 15. Références
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