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Vol. 55, No. 12, December 2009, pp.e100 - e102 Copyright © 2009 by The College of Family Physicians of Canada
Feuilles de routeSoutenir laccomplissement et documenter la compétenceMichel G. Donoff, MD CCFP FCFPEst professeur au Département de médecine familiale de lUniversity of Alberta à Edmonton Correspondance: Dr Michel Donoff, 15160-49 Ave, Edmonton, AB T6H 5M8; téléphone 780 492-0780; télécopieur 780 735-4978; courriel mike.donoff{at}ualberta.ca Les précepteurs cliniques demeurent essentiels lorsquil sagit de former avec succès les apprenants dans les domaines du professionnalisme et de la compétence clinique. Limportance du rôle du précepteur est davantage mise en évidence quand il sagit de chercher des approches fondées sur les compétences pour lapprentissage et lévaluation. Les approches fondées sur les compétences doivent porter sur les habiletés nécessaires et les tâches spécifiques à une discipline ou spécialité1, y compris celles quon ne peut apprendre ou évaluer ailleurs que dans lenvironnement réel où elles sont mises en pratique. Léducation médicale exige un apprentissage expérientiel2 et cest pourquoi il faut des précepteurs pour servir de modèles à imiter, prodiguer des conseils et évaluer les compétences. Lorsquon tente daméliorer la formation clinique devraient surtout être dirigées vers les cliniciens enseignants et les apprenants pendant quils travaillent ensemble dans des milieux cliniques. Cest expressément à cette fin quon a élaboré les feuilles de route. Contexte Les feuilles de route sont de brefs documents qui rappellent aux apprenants et aux précepteurs que des observations ont été faites et que de la rétroaction a été fournie. Elles sont conçues de manière générique, pour être pratiques et versatiles. On peut observer divers éléments, comme des interactions avec les patients et les membres de léquipe, des discussions à propos de réflexions cliniques ou professionnelles, des communications écrites, des présentations de lapprenant et dautres habiletés psychomotrices ou cliniques. Ces feuilles prennent moins dune minute à remplir, mais elles servent dindicateurs que les compétences cliniques ont été évaluées. À la fin des années 1980, le Département de médecine familiale de lUniversity of Alberta, à Edmonton, a imprimé des blocs-notes de la taille dune ordonnance, spécialement structurés pour encourager les précepteurs à documenter brièvement un acte ou un événement observé et à résumer les commentaires exprimés. Même sil y a eu plusieurs variations de cette note imprimée au cours des années suivantes, leur but premier reste le même. Lexpression feuille de route reflète très clairement lintention que ces notes servent et fassent référence à une méthodologie qualitative. Les méthodes qualitatives, particulièrement les méthodes de recherche par action participative, semblent offrir une analogie utile pour les processus en cause lorsquun professeur et un apprenant travaillent ensemble pour comprendre de manière significative et fiable les compétences en développement de lapprenant3. Comme dans la recherche qualitative, lenseignement clinique est imprégné de valeurs, favorisant le changement par lacte du questionnement, encourageant les participants à interpréter réciproquement tous les actes et les comportements, créant un sentiment de coappartenance de la nouvelle compréhension émergente. Lévaluation formative est faite «avec» lapprenant, plutôt que transmise «à» lapprenant. Au lieu de sintéresser à la détermination dun résultat binaire, compétent ou incompétent, elle cherche à comprendre les «habitudes de compétence» de lapprenant4. Essentiellement, on sintéresse moins aux habiletés spécifiques démontrées par lapprenant à un certain moment donné et plus à sa capacité de démontrer une amélioration progressive et continue en se servant efficacement de la rétroaction et de lautoévaluation dirigée. Des précepteurs ont indiqué quils pouvaient juger assez aisément si les apprenants manifestaient ou non lhabitude rassurante de devenir compétents. Les précepteurs ont ces impressions, non pas à partir dune mesure objective des connaissances ou des habiletés des apprenants, mais plutôt en se basant sur lobservation répétée de la façon dont ils répondent aux problèmes et aux besoins des patients et des membres de léquipe. Les apprenants démontrent souvent des lacunes dans leurs connaissances et leurs habiletés ou, parfois, posent des gestes qui laissent deviner une attitude dimpuissance. Les précepteurs demandent un perfectionnement professoral approprié ainsi que des outils et processus utiles pour que soient comblées les lacunes dans les compétences des apprenants. Ils reconnaissent quune avec justesse rétroaction efficace et fréquente est essentielle. Fait assez inquiétant, de nombreux précepteurs indiquent quils font passer ou avancer des apprenants qui nont pas encore acquis les gestes répétés, uniformes et habituels qui assurent des approches constantes et efficaces au développement de la compétence clinique et du professionnalisme. Souvent, quand les précepteurs ne voient pas les habitudes rassurantes de lapprentissage, ils continuent à donner de la rétroaction sur des observations très spécifiques et aléatoires, mais ne disposent pas dune approche structurée qui amènera la rétroaction et la discussion aux niveaux plus élevés nécessaires à latteinte de la compétence. Il est donc essentiel davoir des outils pour aider les précepteurs et les apprenants à aborder ces niveaux dordre supérieur dans lacquisition des compétences. Cest pourquoi nous donnons ici certains conseils et suggestions sur lutilisation des feuilles de route dans 2 phases de la rétroaction: la rétroaction au quotidien avec les apprenants et la rétroaction documentée pour lexamen continu de la compétence. Des feuilles de route pour de la rétroaction au quotidien Selon des preuves empiriques recueillies auprès de précepteurs et de conseillers, les résidents ne se rendent souvent pas compte quand on leur donne verbalement de la rétroaction. Il est conseillé aux enseignants davertir quils vont donner de la rétroaction quand ils veulent attirer lattention des résidents. Pour ce faire, une note par écrit fonctionne très bien. Les feuilles de route devraient donner une rétroaction positive - les apprenants ont besoin autant de renforcement positif que de critique constructive - et porter sur toutes les dimensions et les étapes de la compétence clinique et professionnelle. La rétroaction à propos des contacts cliniques avec les patients est importante, mais celle concernant lidentification dhypothèses et de diagnostics différentiels, linterprétation des données et les plans de prise en charge lest tout autant. De plus, les feuilles devraient porter sur les habiletés en communication (verbale et écrite), les approches à lapprentissage, les habiletés en gestion et, bien sûr, le comportement professionnel. Lutilité dune feuille de route repose moins sur les détails de lobservation et plus sur les détails de la rétroaction. Il importe dêtre très précis quant aux suggestions daméliorations à faire et dhabiletés à renforcer. On peut sauver du temps et des efforts en évitant de longues descriptions des événements. Quelques mots pour stimuler le souvenir dun événement suffisent; la rétroaction est encore meilleure si elle est donnée peu après lévénement, ce qui dailleurs devrait être la norme. Les feuilles de route reportent la discussion à plus tard durant la journée ou quelques jours après, quand on est moins occupé. Il faut utiliser le format de notes le plus simple qui soit - laide-mémoire dun précepteur peut être la distraction de lautre. Envisagez de permettre à lapprenant décrire certaines notes; lidentification de lobservateur et la consignation de la rétroaction reçue distinguent clairement ce processus du journal de bord. Des feuilles de route pour un examen régulier des compétences De nombreux programmes veulent une méthode organisée et structurée pour examiner et suivre les progrès dun apprenant vers lacquisition des compétences. La multitude de projets sur les portfolios, les articles et les conférences attestent de ce désir généralisé de répondre à ce besoin. Les feuilles de route peuvent se révéler de précieux auxiliaires ou même les principales contributrices aux documents dexamen de la compétence, comme les fiches dévaluation en cours de formation (FEEF). Même si nous utilisons des barèmes de notation, comme le font la plupart des FEEF, nous résumons habituellement les progrès à des fins formatives, plutôt que pour prendre des décisions sommatives décisives. Lutilité des cotes dévaluation pour guider les plans dapprentissage et les décisions relatives au curriculum repose largement sur les commentaires à propos des interactions au quotidien entre lapprenant et son entourage dans le milieu clinique. Bon nombre des problèmes associés aux FEEF viennent du fait quelles sont utilisées comme première et seule communication sur les progrès de lapprenant. Les apprenants ou les précepteurs peuvent «regrouper» les feuilles de route pour centrer lattention sur des compétences ou des problèmes donnés. Ce regroupement de feuilles de route identifie un sujet, une compétence ou une question professionnelle qui bénéficierait dune rétroaction continue. Le regroupement de feuilles de route peut transformer la rétroaction dun outil aléatoire et isolé en un outil significatif sur une base continue. Les utilisateurs devraient examiner si des progrès suffisants ont été faits sur un sujet ou un problème donné, ou sil faut poursuivre encore un apprentissage actif; on peut aussi identifier quand les sujets de ces regroupements ont tous été «réglés». Les discussions entre lapprenant et le précepteur ou conseiller à propos des progrès à laide des feuilles regroupées sont une excellente occasion pour une autoévaluation dirigée. On devrait utiliser les problèmes particuliers à lapprenant pour donner un nom aux regroupements et solliciter dautre rétroaction à lavenir. En utilisant les objectifs dapprentissage ou dévaluation du programme comme points de référence, on peut mieux cibler les collections (regroupements) de feuilles et mieux se concentrer sur eux dans la rétroaction documentée. La documentation à inscription simple est valorisée dans tous les types de tenue de livres; en éducation fondée sur les compétences, il est efficace dutiliser la même documentation pour consigner la rétroaction et examiner les progrès. On peut utiliser des feuilles de route sous forme électronique ou sur papier avec des dossiers dexamen correspondants. Comme dans le cas des dossiers médicaux électroniques, il y a des coûts initiaux associés à la production de versions électroniques, mais les précepteurs et les apprenants sont aisément motivés à se servir des outils électroniques quand ils sont disponibles. Conclusion Les feuilles de route sont des outils de documentation génériques et conviviaux qui étaient initialement conçus pour faciliter la rétroaction au quotidien. Au cours des dernières années, le regroupement des feuilles a favorisé une rétroaction ciblée et continue. Encore plus récemment, des objectifs exprimés en attitudes observables et en principales caractéristiques ont permis une insistance plus efficace sur lapprentissage. On fait présentement des recherches sur la collecte et lorganisation systématiques des feuilles de route pour permettre un examen opportun et formatif des progrès dans lacquisition des compétences pendant toute la durée dun programme. Les principes qualitatifs du questionnement en collaboration demeurent au cœur dune approche fiable fondée sur les compétences en éducation médicale. Les résultats de ces processus pourraient être résumés comme étant une autoévaluation dirigée.
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