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Vol. 55, No. 4, April 2009, pp.337 - 339 Copyright © 2009 by The College of Family Physicians of Canada
Améliorer la santé des AutochtonesQuelle contribution les professionnels de la santé peuvent-ils apporter?Ann C. Macaulay, CM MD FCFPProfesseure au Département de médecine familiale de lUniversité McGill à Montréal, au Québec. Elle est médecin de famille dans la collectivité de Kanienkehá:ka (Mohawk) de Kahnawake, au Québec depuis 1970 Correspondance: Dre Ann C. Macaulay, Département de médecine familiale, Université McGill, 515, avenue des Pins, Montréal, QC H2W 1S4; courrielann.macaulay{at}mcgill.ca
La santé est un état de bien-être physique, mental et social complet, ne se limitant pas à labsence de maladie ou dinfirmité1. La santé et le bien-être ne sont pas distincts, mais bien inexorablement reliés à tous les aspects de la vie. Dans cette vaste dimension, quelles contributions les professionnels de la santé peuvent-ils apporter à la santé des Autochtones? Tous les professionnels de la santé peuvent favoriser une meilleure santé chez les Autochtones au Canada. Cest possible au quotidien pour ceux qui soignent des patients de tous âges, dans divers milieux, y compris les collectivités rurales, les milieux urbains ou les centres de soins tertiaires. Nous devons aussi défendre leur cause dans des secteurs clés pour promouvoir la santé des Autochtones. Il faut aider tous les Canadiens à comprendre lhistoire des Autochtones, les influences négatives de la colonisation et des régimes de pensionnats, le rôle des déterminants sociaux de la santé et lurgente nécessité daccroître léducation et lemploi. Nous devons aussi préconiser la formation dun plus grand nombre de professionnels de la santé autochtones, la mise sur pied déquipes multidisciplinaires, une plus grande autonomie gouvernementale par les Autochtones, assortie du contrôle des programmes de santé et déducation. Il faut de meilleurs soins pour les patients, les familles et les collectivités, grâce à des fonds suffisants et à des programmes appropriés, élaborés avec la contribution des Autochtones et évalués adéquatement. Il faut faire de la recherche dirigée par des Autochtones ou en partenariat avec eux. Cest une longue liste dexigences, mais ce sont des enjeux importants, intimement reliés et quil faut défendre. On compte actuellement environ 3,3 millions dAutochtones au Canada, dont 61 % sont membres des Premières nations, 34 % sont des Métis et 5 % des Inuits. Ils forment 3 groupes distincts, ayant chacun leur patrimoine géographique et linguistique, leurs pratiques culturelles et leurs croyances spirituelles distincts, et il est important déviter toute généralisation. Actuellement, 55 % des Autochtones habitent en milieu urbain, certains entretenant des liens étroits avec leur collectivité dorigine et dautres sidentifiant au milieu urbain3. Les écarts sont frappants au chapitre de la santé entre les Autochtones et le reste de la population, y compris en ce qui a trait à lespérance de vie chez les hommes et les femmes, qui se situe de 5 à 10 ans de moins que la moyenne générale3. Cest attribuable aux conséquences du passé, conjuguées aux déterminants sociaux de la santé. Lhistoire des Autochtones est marquée par la colonisation et la Loi sur les Indiens de 1876, qui les privaient de leurs terres, et de leurs modes de vie traditionnels, et les colonisaient en les étiquetant dun stéréotype négatif. Vint ensuite le régime des pensionnats, établi en 1892, pour «civiliser» les Autochtones: les enfants étaient retirés de leurs foyers et placés dans des pensionnats financés par le gouvernement fédéral et administrés par lÉglise. On défendait aux enfants de parler leur propre langue, et la plupart ont fait lobjet de sévices émotionnels, physiques et sexuels. Ces pratiques ont entraîné la perte de langues et de traditions, la destruction de lestime de soi et lébranlement des compétences parentales. À lâge adulte, beaucoup se sont tournés vers lalcool et les drogues pour soulager la douleur mentale, ce qui a causé la fragmentation des collectivités et un traumatisme multigénérationnel. Le dernier pensionnat a fermé ses portes en 1996, mais ce nest quà lété 2008 que le gouvernement canadien a finalement offert ses excuses. La pauvreté, le surpeuplement et le chômage comptent parmi les déterminants sociaux de la santé. En 2001, 41% des enfants autochtones de moins de 14 ans vivaient dans la pauvreté, soit 3 fois plus que le taux national; 35% des enfants étaient élevés dans une famille monoparentale et 1 mère célibataire sur 4 signalait un revenu annuel de moins de 10 000 $. En 2006, 11 % des Autochtones vivaient dans des conditions de surpeuplement (défini comme plus dune personne par pièce), ce qui est 4 fois plus que dans lensemble de la population4. Au moment de rédiger cet article, 100 collectivités autochtones devaient faire bouillir leur eau en raison de la contamination de leur approvisionnement3. Reconnaissant ces problèmes, le gouvernement fédéral a créé en 1996 la Commission royale sur les peuples autochtones (CRPA). Dans ce volumineux rapport, on disait ce qui suit: Santé déficiente, conditions dhabitation lamentables, eau malsaine, scolarité insuffisante, pauvreté, familles éclatées: voilà qui caractérise habituellement les pays du tiers monde. Mais cest aussi le lot des autochtones du Canada.2. Le document présente de nombreuses recommandations pour régler les problèmes entourant la santé, le développement économique, les ressources humaines et lédification des institutions2. Dix ans plus tard, lAssemblée des Premières nations a évalué le gouvernement fédéral en lui accordant des notes de A à F en fonction des actions prises pour donner suite à chaque recommandation de la CRPA. Selon ce bulletin, aucun investissement soutenu na été versé pour répondre aux besoins essentiels des collectivités des Premières nations ni pour régler les principaux déterminants de la santé et du bien-être5. Cest une décennie perdue pendant laquelle le gouvernement fédéral aurait pu apporter les changements fondamentaux recommandés par sa propre commission. On na pas reconnu les importants travaux de Chandler et Lalonde, qui ont documenté des taux de suicide plus faibles ou absents dans les collectivités autochtones en Colombie-Britannique, où les taux de «continuité culturelle» sont élevés. On désigne comme facteurs de continuité culturelle lautonomie gouvernementale, le règlement des revendications territoriales, la présence de femmes dans les gouvernements communautaires, et le contrôle de léducation, de la santé, de la police, du bien-être des enfants et des services dincendie par la collectivité6, tous des facteurs recommandés par la CRPA. Dautres ont soulevé lhypothèse que la continuité culturelle pourrait aussi expliquer les taux variables de maladies chroniques dune collectivité à lautre7. Dans ce contexte plutôt sombre, les professionnels de la santé - y compris, bien sûr, les médecins de famille - peuvent jouer un rôle positif dans les soins aux patients, la recherche, léducation en matière de santé, et aussi souvent que possible, user de leur influence pour promouvoir des changements plus étendus. Les professionnels de la santé non autochtones réussissent mieux sils adoptent une approche holistique dans leurs conseils et leurs soins aux patients. Ils devraient pratiquer lhumilité culturelle en respectant les traditions locales et en prenant garde de ne pas imposer leurs propres valeurs. Ils doivent comprendre que la santé englobe le bien-être physique, émotionnel, intellectuel et spirituel, comme lillustrent les 4 quadrants de la roue de la médecine8; reconnaître les séquelles mutigénérationnelles de la colonisation et des pensionnats indiens, et limportance de lhistoire locale; respecter les croyances et les pratiques de guérison traditionnelles; et tenir compte du rôle des déterminants sociaux de la santé et, dans bien des collectivités, du coût élevé des aliments et de linsuffisance des ressources. Ils devraient travailler en équipes multidisciplinaires et inclure des représentants de la santé venant de la collectivité. Ils doivent être réceptifs aux soins transculturels. Par exemple, ne pas beaucoup regarder lautre dans les yeux peut être normal et les patients peuvent être très à laise avec de longs silences et ne pas répondre à des questions directes. Dans les collectivités en vase clos, ce qui arrive à une personne naffecte pas seulement sa famille entière mais aussi toute la collectivité. Les patients fonctionnent peut-être dans une langue seconde, et peuvent avoir besoin dun interprète ou encore être mal à laise de questionner une personne perçue comme ayant plus de pouvoirs et de connaissances. Il existe maintenant dexcellentes publications, rédigées par des professionnels de la santé et des scientifiques autochtones. Ces personnes sont bien placées pour comprendre les grands enjeux en santé des Autochtones et ont de meilleures connaissances pour donner des explications approfondies et des recommandations pratiques9. Les professionnels de la santé non autochtones doivent comprendre comment les Autochtones interprètent leur vécu de la maladie et répondent aux régimes de traitement, et respecter la logique et la raison dêtre dun autre système de pensée. Ils doivent adapter leur plan de traitement et leurs programmes déducation aux contextes culturel, social et économique de leurs patients autochtones, et reconnaître que beaucoup de communautés sont géographiquement éloignées et ont peu accès aux services spécialisés10. Certains de ces points sont clairement expliqués dans larticle dElliott et de Leeuw11 du présent numéro du Médecin de famille canadien (CFPlus), qui raconte lhistoire dun résident qui nétait pas au courant que, par le passé, les Autochtones atteints de tuberculose étaient envoyés ailleurs pour être traités et que beaucoup dentre eux mourraient sans revoir leur famille. Les auteurs soulèvent aussi des préoccupations valides à leffet que les professionnels de la santé pourraient inconsciemment internaliser des perceptions négatives généralisées à propos des peuples autochtones. Peut-être que la population en général comprendra mieux si les principaux auteurs continuent à décrire les nombreux attributs positifs des Autochtones, leurs nombreuses contributions à la société canadienne et la nécessité de régler les revendications territoriales12. Tous ceux qui font de la recherche - ou recueillent des données pour les chercheurs - devraient sassurer que leurs travaux se conforment à des normes élevées, utilisent une approche de participation dans laquelle les Autochtones et leurs organisations sont partenaires à part entière13 et suivent les lignes directrices sur léthique des Instituts de recherche en santé du Canada14 et de lOrganisation nationale de la santé autochtone15. Il faut communiquer tous les résultats aux collectivités et aux organisations de manière à en faire profiter les peuples autochtones. Par le passé, trop de projets de recherche se penchaient sur les maladies et la dysfonction, ce qui ne servait quà insister sur le côté négatif, sans produire de renseignements additionnels pour trouver des solutions pratiques. Aujourdhui, la recherche se concentre plus sur la résilience et cherche des réponses pour améliorer la santé. Les 2 articles de recherche dans ce numéro du Médecin de famille canadien sont dexcellents exemples de recherche positive pour investiguer les problèmes et utiliser les résultats afin daméliorer les futurs programmes. Létude par Kelly et collègues16 (page 395) se sert de méthodes qualitatives pour mieux comprendre les besoins des patients autochtones qui reçoivent des soins palliatifs dans un hôpital du Nord; les résultats sont utilisés pour améliorer les soins en fin de vie dans ce milieu. Les autres professionnels de la santé peuvent demander à leurs patients autochtones si les résultats sont pertinents dans dautres localités. Létude SLICK17 (page 387), à laide dune approche quantitative, évalue les nombreux niveaux de soins aux diabétiques en Alberta et documente clairement que les patients autochtones ne reçoivent pas les soins recommandés par lAssociation canadienne du diabète. Les résultats démontrent un niveau de soins moins élevé, un dépistage inadéquat des complications et un manque de formation de la part des équipes qui comptent des nutritionnistes et des infirmières éducatrices sur le diabète. Cest exactement le genre dévaluation nécessaire dans tous les programmes. Les résultats mettent une fois de plus en évidence le manque flagrant de programmes appropriés pour les patients autochtones, dans ce cas, ceux ayant un diabète de type 2. Jespère que ces conclusions influenceront véritablement les soins. Elles devraient convaincre le gouvernement fédéral daugmenter immédiatement le financement pour améliorer les programmes pour personnes diabétiques. Ces résultats devraient aussi inciter à financer lélaboration de programmes de recherche et de promotion de la santé nécessaires pour réduire cette épidémie de diabète de type 2 chez les peuples autochtones. Pour élucider les mystères du diabète et en comprendre la très grande prévalence chez les Autochtones du Canada et du monde, il faut explorer de nouveau les modes de connaissance autochtones et intégrer des idées novatrices dérivées de pratiques traditionnelles anciennes des guérisseurs autochtones aux méthodes scientifiques modernes de recherche pratiquées par une nouvelle génération de chercheurs10. En 2002, les étudiants autochtones représentaient 0,9 % de tous les étudiants en médecine de première année au Canada (18 étudiants autochtones sur un total de 2 020). Étant donné que les Autochtones (Inuits, Métis, Premières nations) forment 3,3 % de la population canadienne, le nombre détudiants autochtones dans les facultés de médecine ne constitue que le quart du total nécessaire pour refléter lensemble de la population3. La situation est la même dans les autres professions de la santé, y compris les infirmières, les dentistes, les physiothérapeutes, les ergothérapeutes, les nutritionnistes et les pharmaciens. Dans la mesure du possible, les professionnels de la santé peuvent encourager les jeunes autochtones à compléter leurs études et à envisager une carrière en soins de santé. De plus, tous les professionnels de la santé devraient recevoir une formation en santé des Autochtones pour mieux les préparer pour lavenir. À cette fin, lAssociation des Médecins Indigènes du Canada et lAssociation des facultés de médecine du Canada collaborent actuellement pour que cette formation soit donnée à tous les étudiants en médecine. En 2008, elles ont procédé au lancement du document intitulé Les compétences essentielles en matière de santé des Inuit, des Métis et des Premières nations: Un cadre de programme denseignement produit par lAMIC et lAFMC pour la formation médicale prédoctorale18. Certaines facultés de médecine offrent déjà un programme denseignement exhaustif. Le défi se situe maintenant dans la mise en œuvre par toutes les écoles (médecine, soins infirmiers, etc.) de leurs propres programmes. LAssociation des Médecins Indigènes du Canada a pour vision des nations, des collectivités, des familles et des personnes indigènes en santé et prospères, appuyées par une multitude de médecins indigènes compétents, bien formés et bien soutenus, qui travaillent ensemble avec dautres qui partagent cette vision19. Il faudra un effort concerté de la part de tous les ordres de gouvernement, travaillant en partenariat avec les peuples autochtones et le soutien du grand public. Les professionnels de la santé, autochtones ou non, seront fiers de contribuer à la réalisation de cette vision.
Remerciements Je remercie Dr Kent Saylor de mavoir fourni des sources dinformation. Footnotes Les opinions exprimées dans les commentaires sont celles des auteurs. Leur publication ne signifie pas quelles sont sanctionnées par le Collège des médecins de famille du Canada. This article is also in English on page 334. Références
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