|
|
Vol. 55, No. 4, April 2009, pp.346 - 348 Copyright © 2009 by The College of Family Physicians of Canada
La formation en médecine familiale devrait-elle durer 3 ans?OUIFrançois Lehmann, MD FCMFEn pratique depuis 39 ans. Il est actuellement directeur du Département de médecine familiale à lUniversité de Montréal Correspondance: Dr Francois Lehmann, Département de médecine familiale, Faculté de médecine, Université de Montréal, C.P. 6128, succursale Centre-ville Montréal, QC H3C 3J7; téléphone 514 343-6497; télécopieur 514 343-2258; courrielfrancois.lehmann{at}umontreal.ca Jai complété ma formation postdoctorale en une seule année et je suis convaincu que je suis un bon médecin.» On entend régulièrement cet argument. Lauteur de cet article est dailleurs un produit de cet internat rotatoire dun an quétait jadis notre formation pour la pratique générale. Mais qui peut nier que la médecine familiale a changé de façon importante? Une de mes patientes de 82 ans, insuffisante cardiaque sévère avec décompensations fréquentes, fait un ACV, et ensuite une gastrite avec anémie ferriprive sévère. Une semaine plus tard, sur pied mais dysphasique, elle est de retour à domicile, sous mes soins. Pendant sa courte hospitalisation, cest un de mes collègues, médecin de famille, qui était son médecin traitant. Dès son retour à domicile, cest moi qui prends la relève. Il y a 25 ans, cette dame serait peut-être décédée. Si elle avait survécu, elle serait demeurée à lhôpital pendant plusieurs mois sous les soins dun neurologue et dun cardiologue. La médecine en évolution constante Les gens vivent plus longtemps et plusieurs deviennent porteurs de multiples pathologies qui interagissent les unes avec les autres. Les possibilités diagnostiques et thérapeutiques se sont multipliées. Les médecins des autres spécialités se concentrant sur leur champ de pratique pointue, le médecin de famille assume la responsabilité première du traitement dun nombre croissant de pathologies. La formation des médecins de famille doit rester à la hauteur de ces changements. Un ex-doyen de Lyon (France) me disait récemment que plusieurs premiers de classe choisissent la médecine familiale. En France, la formation est de 3 ans, ce qui est le minimum dans tous les pays industrialisés sauf le Canada1. Même au Canada, alors quon créa la première résidence en médecine familiale en 1964, plusieurs des pionniers auraient opté pour une formation de 3 ans. Lan dernier, 24% des finissants au Canada ont opté pour une formation complémentaire dun an. Il est souhaitable doffrir à tous les résidents un programme de résidence de 3 ans car on doit viser quà la fin de leur formation, les résidents aient acquis une maîtrise de haut niveau de toutes les compétences liées aux 4 principes de la médecine familiale, tel que stipulé par le Collège des médecins de famille du Canada qui incluent les compétences CANMEDs. Non seulement les pathologies sont-elles plus nombreuses et complexes, non seulement les options thérapeutiques sont-elles plus vastes, mais le médecin de famille de demain devra maîtriser de nouvelles compétences transversales telles que la gestion et la collaboration en plus des compétences plus traditionnelles telles que lérudition, la promotion de la santé et la communication. Dorénavant, le médecin de famille travaillera en équipe et devra développer de nouvelles habitudes relationnelles pour réussir ce changement. Il devra devenir un expert des relations déquipe et savoir comment exercer un leadership même sil nest pas lintervenant principal de chaque patient. De plus, il sera appelé à voir de façon préférentielle les gens avec des problèmes complexes, les gens avec des problèmes indifférenciés et les gens qui nont pas répondu à un premier traitement. Il lui faudra maintenir ses connaissances à la fine pointe de la médecine moderne. Ce nest pas tout : il devra non seulement maintenir son expertise en cabinet, mais aussi dans des soins de 2e ligne auprès de patients hospitalisés et dans les salles durgence2. Les besoins de notre société changent et se multiplient. En voici un exemple évident : alors que dans le passé on ne parlait pas beaucoup de soins palliatifs, maintenant on veut que le médecin de famille soit un expert dans ce domaine. Une résidence de 3 ans favorise lacquisition de compétences polyvalentes ainsi que la maturation professionnelle à travers la responsabilité dun groupe de patients. Une résidence de 3 ans néliminera pas la nécessité de formation continue, qui doit se continuer pendant toute la vie professionnelle du médecin. Elle sert à peaufiner ses connaissances et à les remettre à jour. Le mentorat pendant les premières années de pratique pourra être une aide précieuse, mais nélimine pas les avantages davoir acquis des compétences pendant la résidence. Le nouveau médecin de famille doit pouvoir sengager dans une pratique polyvalente avec le minimum de stress et le maximum de confiance. En Arizona, on a créé une résidence de 4 ans et le nombre dapplications a augmenté3. Certains diront quil faut absolument des données probantes prouvant que la prolongation (ou le raccourcissement) dune résidence produira de meilleurs médecins et diminuera le taux de morbidité. A-t-on exigé des données probantes il y a 3 ans lorsque le Collège des Médecins du Québec prolongea la formation en médecine interne et en pédiatrie dun an? Dans son éditorial dans lAmerican Board of Family Practice, Winter4 nous rappelle que les données probantes sont très rares. Deux universités (Marshall et Tennessee) ont instauré et évalué un programme pilote dune résidence de 2 ans5,6. Les résultats des résidents aux examens étaient meilleurs. Par contre, leurs programmes nadmettaient quun petit nombre de résidents, plus âgés et avec un dossier académique supérieur à la moyenne. Il est temps que le Canada comprenne ce défi Il est erroné daffirmer que la résidence actuelle est dune durée de 2 ans : les conventions collectives des résidents au Québec se sont améliorées et permettent maintenant, chaque année, des congés divers de plus 50 jours ouvrables, excluant les congés de maladie7. La durée de la résidence dépasse à peine 19 mois. Et si un résident est de garde (aux 4 jours au Québec), le lendemain il est en congé. Il peut donc être absent de ses milieux de stage 15 semaines par année. Le résultat est une résidence de 1 an et 7 mois pendant laquelle le résident nest présent dans son milieu de stage que pour 13 mois! Treize mois pour former un médecin dans une spécialité qui, selon moi, est parmi les plus complexes et les plus exigeantes. Dautres pays industrialisés lont compris; la médecine familiale canadienne mérite, elle aussi, une formation minimale de 3 ans.
Footnotes Aucun déclaré This article is also in English on page 342. Références
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||