|
|
Vol. 55, No. 6, June 2009, pp.585 - 588 Copyright © 2009 by The College of Family Physicians of Canada
Vaut-il vraiment la peine dexercer un strict contrôle glycémique pour le diabète de type 2?NONGalt Wilson, MD MSc FCFPProfesseur clinicien au Département de pratique familiale de lUniversity of British Columbia à Vancouver et directeur des stages cliniques au Programme de médecine du Nord à Prince George, en Colombie-Britannique.
Thomas Perry, MD CM FRCP(C)
Correspondance: Dr G. Wilson, 1230 Alward St, Prince George, C.-B. V2M 7B1; téléphone 250 563-3024; télécopieur 250 562-4575; courrielgalt.wilson{at}northernhealth.ca
Un patient de 78 ans hospitalisé au service de réadaptation vient de subir une amputation sous le genou en raison dun pied gangreneux, une complication du diabète de type 2. Son taux dhémoglobine A1c (HbA1c) na jamais excédé 7,5 % et se situait habituellement à moins de 7 %. Un accident vasculaire cérébral (AVC) lan dernier la laissé dysphasique. Il na jamais eu dincident coronarien. Un visiteur la amené à son grand plaisir prendre une bouffée dair frais et un peu de soleil. À son retour à létage, une infirmière les gronde tous les 2 davoir été absents au moment de la mesure prévue de la glycémie capillaire (4 fois par jour). « Voulez-vous que votre état saméliore? ». Le résultat du test est de 5,6 mmol/l—euglycémique comme toujours. Lexpérience transforme un rare moment de joie en tristesse et en inquiétude. La plus récente version du guide de pratique clinique de lAssociation canadienne du diabète fait valoir que la plupart des patients ayant un diabète de type 2 devraient maintenir leur taux de HbA1c à 7 % ou moins1. Selon ces directives, il faudrait enseigner à « tous ceux qui sont capables » comment mesurer eux-mêmes leur glycémie. Pour ceux qui ne prennent pas dinsuline, la fréquence de cette mesure peut être individualisée, mais il faudrait au moins mesurer la glycémie avant et après les repas1. À quelques exceptions près, le diabète de type 2 cause ses dommages sur une période de plusieurs années. Son évolution naturelle varie grandement chez ceux qui en sont atteints. Seules des études prospectives denvergure réalisées sur de longues périodes peuvent faire la lumière sur cette question controversée. Étant donné les coûts prohibitifs et les difficultés logistiques, très peu détudes de ce genre ont été entreprises. Inévitablement, la majorité des recommandations du guide de pratique clinique de lAssociation canadienne du diabète se fondent sur un consensus dexperts. Manque de données probantes Toute science est expérimentale. Quatre études fournissent en grande partie ce que nous savons à propos des seuils de glycémie visés dans le diabète de type 2. Dans létude UKPDS (United Kingdom Prospective Diabetes Study)2 de 1998, de nouveaux patients diabétiques, relativement jeunes (entre 25 et 64 ans), ont été choisis au hasard pour recevoir un traitement « conventionnel » (par régime alimentaire seulement et médicament ajouté si la glycémie à jeun excédait 15 mmol/l ou sil apparaissait des symptômes) ou un traitement « intensif » (traitement visant leuglycémie dès le départ). Le contrôle glycémique sur une période de 10 ans était meilleur dans le groupe traité intensivement par rapport au groupe ayant reçu le traitement conventionnel: les taux médians de HbA1c se situaient à 7 % par rapport à 7,9 %, respectivement. (Il sagissait de nouveaux patients diabétiques - à la fin de létude, les niveaux médians de HbA1c étaient de 8,1 % par rapport à 8,7 %, respectivement). Résultat: une baisse en fin détude des effets microvasculaires, presque tous entièrement attribuables à la réduction de la photocoagulation rétinienne. Il ny avait pas de différence au chapitre de la mortalité, des incidents macrovasculaires, de linsuffisance rénale, ni de la cécité. En 2008, le groupe responsable de létude ACCORD (Action to Control Cardiovascular Risk in Diabetes)3 a choisi au hasard 10 251 patients (dont le taux médian de HbA1c au départ était de 8,1 %) pour leur administrer leur version de la thérapie intensive (taux visé de HbA1c de 6 %, avec 6,4 % atteint) ou une thérapie « standard » (taux médian de HbA1c de 7,5 %). On a mis un terme à létude après 3,5 ans parce que le taux de mortalité dans le groupe à thérapie « intensive » était plus élevé: 5 % par rapport à 4 % (P = ,04).3 Presque en même temps, le groupe chargé de létude ADVANCE (Action in Diabetes and Vascular Disease: Preterax and Diamicron MR Controlled Evaluation)4 choisissait de manière aléatoire 11 140 sujets, et on a constaté des taux de HbA1c de 6,5 % chez le groupe « intensif » par rapport à 7,3 % chez le groupe « standard ». Après 5 ans, il ny avait pas de différence dans la mortalité toutes causes confondues, les incidents macrovasculaires majeurs ou la rétinopathie. Dans le groupe traité intensivement, il y avait moins de cas nouveaux ou aggravés de protéinurie par rapport au groupe traité conventionnellement (2,9 % par rapport à 4,1 %). Léquipe a constaté une « tendance » vers une réduction des greffes de rein ou des décès de causes rénales (0,4 % par rapport à 0,6 %, P = ,09), mais il sagissait de cas isolés. Il ny avait pas de différence dans le taux de doublement de la créatinine sérique. Plus récemment, en 2008, létude UKPDS a entrepris un suivi non randomisé après 10 ans auprès des participants survivants de létude de 19985. Les différences dans le contrôle glycémique avaient rapidement disparu avec la fin de létude - dans lensemble, les taux médians de HbA1c se situaient à environ 8 %. Toutefois, on a observé des différences dans les groupes traités plus tôt. Dans le cadre dune surveillance allant jusquà 10 ans après létude, les patients traités « intensivement » dès le diagnostic avaient moins de risques de décès, dinfarctus du myocarde ou (dans le groupe avec insuline sulfolynurée) de maladies microvasculaires, définies comme une hémorragie à lhumeur vitrée, la photocoagulation de la rétine ou linsuffisance rénale. La réduction du risque absolu se situait dans une marge de 3 à 4 occurrences par 1 000 années-patients (nombre annuel de patients à traiter = 285). Il ny avait pas de différence dans le taux dAVC ou dangiopathies périphériques. Lutilisation de la metformine était associée à un ratio de risque moins élevé de décès et dinfarctus du myocarde, mais à aucune réduction des complications microvasculaires. Un « contrôle strict » dans la prise en charge du diabète aide-t-il vraiment nos patients? Chez les sujets étudiés dans le groupe à traitement « intensif », la probabilité davoir des réactions hypoglycémiques, dêtre hospitalisés et de prendre du poids était constamment plus grande. Les coûts initiaux pour les patients et la société sont inévitablement plus élevés, et les études révèlent que lautosurveillance nest généralement pas bénéfique pour les patients atteints de diabète de type 2 qui ne prennent pas dinsuline5 et quelle a un effet négatif sur la qualité de vie7. Bilan Le bilan: nous avons des données probantes limitées démontrant les avantages modestes quapporte un contrôle moins « strict » (et, dans létude ACCORD, la possibilité quun contrôle « très strict » puisse être dangereux3.) Cela vaut-il la peine? Cette décision devrait revenir aux patients. Cette culture du « contrôle strict » imposée par les médecins dans les scénarios présentés plus haut nest pas étayée par des données empiriques8. Pour des raisons déthique, nous devrions essayer de trouver des moyens de communiquer nos connaissances actuelles aux patients avec plus dhonnêteté et déquilibre.
Footnotes Aucun déclaré This article is also in English on page 581. Les parties à ce débat contestent les arguments de leur opposant dans des réfutations accessibles à www.cfp.ca. Rendez-vous au texte intégral en ligne, puis cliquez sur CFPlus dans le menu à droite en haut de la page. Participez à la discussion en cliquant sur Rapid Responses. Références
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||