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Vol. 55, No. 8, August 2009, pp.799 - 802 Copyright © 2009 by The College of Family Physicians of Canada
« Battlefield blues »Ambivalence face au traitement chez les vétérans souffrant de dépressionNorman Shields, PhD and Michel White, MD FRCPCM. Shields est psychologue et Dr White est psychiatre, au Centre national pour trau-matismes liés au stress opérationnel à lHôpital Sainte-Anne (Anciens Combattants Canada)
Michael Egan, MSW
Une ex-militaire de 45 ans* se présente à une première visite chez un médecin de famille. Elle manque dénergie, elle dort mal, elle se sent lasse et les activités sociales lintéressent peu. Cest son mari, préoccupé de son manque dintérêt pour sa famille, qui la incitée à consulter. Ses symptômes ont débuté il y a plusieurs années, durant son déploiement en Asie avec les Forces canadiennes. Lorsque déployée, elle sennuyait de sa famille et a commencé à consommer de lalcool pour mieux dormir. Après son retour, elle se sentait déconnectée. Sept ans plus tard, alors quelle était caporale, elle a fait une demande de libération, sans consulter un médecin, pour des raisons de fatigue et de manque dengagement à légard de son unité. Depuis sa libération, elle a abandonné de nombreux emplois de bureau parce quelle se sentait facilement dépassée. Son emploi actuel soutient sa famille, mais elle craint de le perdre. Le médecin quelle a consulté il y a un an a diagnostiqué une dépression, mais elle na pas suivi le traitement antidépresseur proposé. Aujourdhui, le médecin utilise des tests de dépistage par autoévaluation et décèle des symptômes de dépression moyens et un abus probable dalcool. Elle nie avoir des pensées suicidaires. Avec son consentement, il demande ses dossiers médicaux antérieurs, ordonne les tests de laboratoire qui simposent et fixe un rendez-vous de suivi dans quelques jours pour compléter son examen physique et réviser les résultats. Ses dossiers révèlent quune investigation exhaustive avait été effectuée pour écarter les diagnostics différentiels de ses symptômes. Grâce à une entrevue motivationnelle, il aborde son ambivalence à changer sa consommation dalcool et au traitement de sa dépression. Elle accepte une prescription dantidépresseurs et des visites de suivi. Le médecin laide à communiquer avec Anciens Combattants Canada (ACC) et envoie une lettre de référence à ACC. Le conseiller de secteur du bureau de district dACC local fixe un rendez-vous avec lex-militaire afin denclencher les demandes dindemnisation pour invalidité et le programme de réadaptation dACC, y compris les références vers des professionnels de santé mentale. Pour bien des personnes, le service militaire procure une occasion dépanouissement, une récompense personnelle, une raison dêtre et un sentiment dappartenance. Les tâches militaires sont exigeantes sur les plans physique, psychologique et social, parfois au point de dépasser la capacité dadaptation de la personne, avec des conséquences sur la santé mentale après la fin du service militaire1. Le présent article propose des stratégies quun médecin de famille peut utiliser pour susciter lengagement des vétérans militaires qui hésitent à poursuivre linvestigation et le traitement dune dépression. Dépression LOrganisation mondiale de la Santé estime que la dépression deviendra dici 20 ans le deuxième problème de santé publique le plus courant au monde, après le VIH/sida2. La dépression est un trouble multidimensionnel comportant des symptômes émotionnels, physiques et associés (encadré 13). Au Canada, la prévalence à vie de la dépression est de 12,2%4. La dépression est plus fréquente chez les femmes et le cours de la dépression est souvent chronique et récurrent. LOrganisation mondiale de la Santé dit: «Les soins de santé mentale prodigués dans le cadre de services de soins primaires généraux constituent le premier niveau de soins du système de santé officiel. Parmi les services essentiels à ce niveau, notons le dépistage précoce des troubles mentaux....» [traduction]2. Comme cest le cas dans la population canadienne générale, les troubles mentaux ne sont pas rares chez les membres des Forces canadiennes; la dépression majeure et la dépendance à lalcool sont les plus prévalents5. Le dépistage des troubles mentaux au Canada et aux États-Unis ayant révélé une incidence accrue de dépression, dabus dalcool et dautres symptômes de troubles mentaux après déploiement, il est alors important de questionner sur lhistorique des déploiements lorsquon sentretient avec les patients6,7. Cependant, daprès notre expérience, il est judicieux, au début, de procéder avec prudence concernant lobtention de détails à propos dexpositions stressantes durant le déploiement, car cela pourrait nuire à lengagement initial des vétérans. Ambivalence des vétérans à chercher de laide La résistance à chercher de laide pour un trouble mental nest pas rare chez les civils8. Dans le cadre dune étude réalisée auprès de soldats canadiens en mission de la paix en 2001, Fikretoglu et coll.5 ont trouvé que plus de la moitié des répondants qui ont dit avoir un diagnostic de trouble mental durant les 12 mois antérieurs navaient pas demandé de laide au courant de lannée précédente, et seulement un petit pourcentage ont reconnu avoir besoin de services en percevant divers obstacles. Depuis cette étude, les programmes créés par les Forces canadiennes ont permis daméliorer laccès aux soins de santé mentale et de réduire le délai moyen lié à leur obtention. Après avoir réintégré à la vie civile, les vétérans peuvent ne pas reconnaître ou répondre au besoin de soins de santé mentale après leur libération. Vraisemblablement, ces attitudes influencent non seulement la tendance dun vétéran à demander de laide, mais aussi son engagement et le maintien de cet engagement à légard du traitement. Lambivalence risque de réduire lobservance du traitement, et aboutir à son abandon. Il est important daborder lambivalence par rapport à lobtention daide tôt dans le processus afin doptimiser lengagement et la motivation du vétéran. Dépistage et feedback Le médecin de famille soccupe du monitoring de la santé mentale dun militaire qui fait la transition de la vie militaire à la vie civile. Lévidence de la valeur diagnostique additionnelle des instruments brefs de dépistage en santé mentale nest pas concluante9. Toutefois, les instruments de dépistage peuvent aider à déceler des troubles mentaux, à susciter lengagement des clients grâce à un feedback personnalisé, et permettre au médecin de famille de faire un suivi continu, surtout dans le contexte dune pratique achalandée. Il existe des instruments brefs et efficaces de dépistage de la dépression10, mais les médecins de famille pourraient songer à utiliser des outils de dépistage qui permettent également de déceler dautres affections11. Entrevue motivationnelle Lentrevue motivationnelle avec feed-back personnalisé est une intervention brève quil convient le mieux dutiliser lors de sentiments ambivalents par rapport au changement (www.motivationalinterview.org). Lentrevue motivationnelle permet daméliorer la motivation intrinsèque du patient à légard du changement avec lexploration et la résolution de son ambivalence. Aborder la résistance au moyen de lentrevue motivationnelle permet daccroître lengagement du patient et son observance du traitement12,13. Lentrevue motivationnelle est devenue un outil pertinent dans des contextes à délais serrés, tels que les cliniques de médecine familiale occupées, et les principes de base (p. ex., faire preuve dempathie, appuyer lauto-efficacité, etc) et les techniques seront familiers à la plupart des médecins de famille. Diagnostic Le diagnostic débute avec la reconnaissance, puisque les patients dépressifs peuvent présenter des symptômes somatiques. Lencadré 13 énumère les critères diagnostiques de lépisode dépressif majeur. Une variété daffections physiques traitables peuvent entraîner un état dépressif. Le bilan, lexamen physique et des investigations en laboratoire sont requis pour écarter les diagnostics différentiels. La dépression peut influer sur la mention de symptômes lorsquun patient a de la difficulté à se concentrer ou présente une ambivalence importante, doù limportance dinformation collatérale. Chez les militaires, létat de stress post-traumatique (ESPT) figure parmi les diagnostics différentiels14. Des troubles psychiatriques comorbides sont fréquemment associés à la dépression; lanxiété est présente chez environ la moitié des personnes souffrant dune dépression majeure15. Labus de substances, associé à la dépression, nest pas rare chez les vétérans souffrant dun trouble mental. Le risque de suicide est la complication la plus grave dun épisode dépressif majeur3. Prise en charge Les traitements de première intention de la dépression incluent à la fois la psychothérapie et la pharmacothérapie (encadré 215). La thérapie cognitivo-comportementale et la thérapie interpersonnelle sont les plus efficaces dans le traitement de la dépression dintensité légère à modérée15. Les inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine et les médicaments de nouvelle génération, comme la venlafaxine, sont recommandés en tant quapproche de première intention pour la dépression. Les patients cessent leur médication pour plusieurs raisons, le plus souvent en raison dun mieux–être ou de la présence deffets secondaires intolérables16. Plus de la moitié des patients cessent de prendre leurs médicaments moins de 3 mois après le début dun traitement, et le tiers dentre eux nen informent pas leur médecin. Léducation et la surveillance continue de lobservance sont donc importantes. Une consultation en psychiatrie devrait être demandée sil y a incertitude quant au diagnostic ou lorsquil y a suicidalité, symptomatologie sévère, comorbidité significative ou échec du traitement initial (encadré 3). Une approche interdisciplinaire est recommandée, particulièrement dans le cas de troubles liés à lutilisation dune substance, afin dencourager la continuité des soins et de minimiser le risque de rechute17. Il faut dabord prendre en charge le sevrage et ensuite réévaluer les symptômes dépressifs et les stratégies de traitement intégrées. Traumatisme lié au stress opérationnel Le concept de «traumatisme lié au stress opérationnel» est un concept nouveau issu des Forces canadiennes pour permettre aux militaires et à leurs familles de normaliser les effets dun service militaire stressant sur la santé mentale18. Le site web dACC (www.vac-acc.gc.ca/clientele/sub.cfm?source=santementale/definition) dit: « Tout problème psychologique persistant découlant de lexercice de fonctions opérationnelles dans les Forces armées canadiennes est considéré comme un traumatisme lié au stress opérationnel. Lexpression sert à décrire une vaste gamme de problèmes qui incluent des affections diagnostiquées comme les troubles anxieux, la dépression, lESPT, ainsi que dautres affections qui peuvent être moins sévères, mais entravant néanmoins les activités quotidiennes. » Services dACC: réseau de cliniques pour traumatismes liés au stress opérationnel LACC offre plusieurs niveaux de soins aux vétérans souffrant de troubles mentaux. Le processus peut être enclenché lorsquun médecin de famille réfère un patient vers ACC. Avec laide du conseiller de secteur dACC, un vétéran peut ensuite être référé rapidement vers des fournisseurs privés contractuels de services de santé mentale dans la collectivité, notamment des psychiatres, des psychologues et des travailleurs sociaux. Le conseiller de secteur surveille activement les rapports des fournisseurs pour connaître la réponse au traitement et les besoins continus en matière de santé mentale. Les clients souffrant dun trouble mental nécessitant une approche plus intégrée ont accès au réseau canadien de cliniques pour traumatismes liés au stress opérationnel fournissant des soins interdisciplinaires aux membres et aux vétérans des Forces canadiennes, aux membres de la Gendarmerie royale du Canada et à leurs familles. Les cliniques pour traumatismes liés au stress opérationnel comptent des infirmières, des travailleurs sociaux, des psychologues et des psychiatres. Les services sont adaptés aux besoins des vétérans grâce aux soins en clinique externe, à un programme interne de stabilisation et à une clinique de traitement résidentiel. Pour la dépendance à une substance, un traitement résidentiel est disponible et axé sur la prise en charge du sevrage, la préparation du retour dans la collectivité et la prestation de soins de relève. Le programme de soutien par les pairs intitulé Soutien Social des Blessures de Stress Opérationnel (SSBSO) peut faire la différence entre un vétéran qui sisole des autres et un vétéran ayant repris goût à la vie. La participation des pairs ou des membres de la famille dun vétéran améliore le résultat du traitement. Les coordonnateurs de soutien par les pairs de SSBSO sont des sources utiles dinformation sur le fonctionnement du patient, et ils aident les patients à maintenir leurs objectifs de traitement. Le médecin de famille joue un rôle de premier plan dans lengagement et la référence des vétérans souffrant de troubles mentaux, de même que dans la prestation de soins continus. Les médecins de famille sont encouragés à collaborer avec les conseillers de secteur dACC, le personnel des cliniques pour traumatismes liés au stress opérationnel et les membres de SSBSO. Le personnel des cliniques, les conseillers de secteur dACC et les membres du programme SSBSO peuvent fournir aux médecins de famille de linformation sur le contexte militaire des soins de santé mentale et les aider à répondre aux besoins de leurs patients.
Ressources
Ressources pour les médecins
Footnotes The English translation of this article is available at www.cfp.ca. Go to the full text of this article on-line, then click on CFPlus in the menu at the top right-hand side of the page. Les auteurs remercient le Dr Paul Provençal, médecin de famille au Centre national pour traumatismes liés au stress opérationnel, pour sa contribution au présent document. Aucun declare Les opinions exprimées sont celles des auteurs et non celles dAnciens Combattants Canada. Références
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