
Dans la culture des médecins canadiens, la conviction que chaque médecin est individuellement responsable du bien-être des patients et de leurs résultats est fortement enracinée. La réussite ultime dans le diagnostic et le traitement résulte de nombreuses années de travail ardu, de diligence et d’engagement dévoué, et de l’acquittement des responsabilités individuelles. Nous sommes profondément attachés à notre autonomie individuelle - si je suis personnellement responsable, je dois donc avoir le plein contrôle et l’entière autonomie dans les décisions à propos des soins1. Le système de droit et les ordres de médecins ont renforcé pendant des années ce concept de la responsabilité individuelle du médecin dans l’évaluation des résultats chez les patients. Les patrons, c’est nous. L’imputabilité était claire. On peut dire que ce concept nous a relativement bien servis jusqu’à la fin du 20e siècle et que, dans une certaine mesure, il le fait encore.
Mais la dévotion féroce pour l’autonomie personnelle a de sérieux inconvénients. Si ça va mal, nous avons tendance à faire porter « la honte et le blâme » à d’autres professionnels de la santé de n’avoir pas respecté les standards de soins. Cette façon de faire entraîne souvent des camouflages, de l’autoprotection, de l’accumulation d’erreurs et de moins bons résultats chez les patients. L’incapacité de partager la prise de décisions à propos des soins aux patients peut aussi se traduire par une interaction dysfonctionnelle dans l’équipe et les résultats médiocres qui en découlent. Il manque ici une perspective systémique.
Cette valeur accordée à la responsabilité personnelle individuelle entre directement en conflit avec le credo central de l’amélioration de la qualité (AQ), qui veut que la plupart des résultats de qualité soient les attributs du système plutôt que d’un professionnel en particulier. Une vision systémique de la qualité des soins s’éloigne de la culture de blâme. Elle facilite une meilleure communication et un fonctionnement plus productif chez les professionnels de la santé. Elle favorise une culture d’innovation, de changement et de soutien ainsi qu’un partage de l’autonomie dans la conception de systèmes communs de soins que tous les professionnels peuvent utiliser pour améliorer les résultats et la sécurité des patients. Des soins aux patients de grande qualité sont de meilleurs soins: centrés sur le patient, équitables, en temps opportun, accessibles, plus sécuritaires, plus efficaces, efficients, intégrés, continus et viables2,3. Des soins meilleurs et de grande qualité épargnent temps et argent, à nous et à la société.
Étant donné la nécessité d’avoir une perspective systémique des soins, il est essentiel de promouvoir à la fois la responsabilité individuelle et du système en ce qui a trait à la qualité. En tant que médecins de famille individuels, nous devons demeurer responsables de faire chacun de notre mieux, et être imputables envers nos patients et la société. Notre motivation principale est la santé de nos patients et nous voulons, comme la plupart des êtres humains, nous améliorer dans ce qui importe. Nos connaissances, nos habiletés et nos compétences peuvent toujours être améliorées.
Par conséquent, nous devons non seulement poursuivre notre développement professionnel continu, mais aussi nous impliquer dans l’amélioration des systèmes et des processus de soins de santé avec lesquels nous travaillons chaque jour, allant des procédures dans notre propre cabinet à une meilleure prestation des soins dans nos hôpitaux, nos communautés et nos régions. Pour ce faire, il faut de la formation, du soutien et des outils. Cette tendance vers l’AQ est un phénomène mondial. L’Institute for Healthcare Improvement des États-Unis est l’une des ressources principales en matière de renseignements, de programmes et de formation en AQ (www.ihi.org). L’Australie, la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas et le Royaume-Uni sont aussi aux premiers rangs dans l’élaboration d’initiatives d’AQ en soins primaires4. Depuis 2000 environ, le Canada aussi est devenu un leader de l’AQ dans notre système de santé en général et dans la médecine familiale en particulier, nous permettant ainsi de commencer à transformer la façon dont nous pratiquons pour obtenir de meilleurs résultats en matière de soins de santé.
On voit apparaître un peu partout des conseils de la qualité dans le secteur canadien de la santé. Des lois comme celle de l’Ontario, la Loi sur l’excellence des soins pour tous5, procurent un cadre juridique et systémique pour l’AQ. Le Quality Improvement and Innovation Partnership (www.qiip.ca) a été mis sur pied pour réaliser le plan d’action de l’AQ en soins primaires. C’est une excellente source d’information pour les médecins de famille qui veulent implanter leurs propres initiatives d’AQ. La base de données des ressources sur la qualité dans la pratique familiale est une source d’information en ligne périodiquement mise à jour pour The Quality Book of Tools,2 un manuel complet sur la gestion de la pratique et les indicateurs en soins cliniques visant à améliorer la qualité des soins primaires et de la pratique familiale. Les départements de médecine familiale au Canada élaborent des programmes et de la formation en AQ pour aider les médecins de famille, les équipes et les résidents dans l’AQ et pour encourager la recherche afin de fonder les améliorations sur les meilleures données probantes (p. ex. University of Toronto3). Dans Le Centre de médecine de famille6, la vision du CMFC pour l’avenir des soins primaires au Canada, les indicateurs de qualité en médecine familiale (allant de l’accès et l’équité aux dossiers médicaux électroniques en passant par les soins en équipe) sont enchâssés dans le fondement du modèle, et une réévaluation et une AQ régulières en font partie intégrante.
Donald Berwick, PDG de l’Institute for Healthcare Improvement, écrivait qu’on ne gagne pas le Tour de France en planifiant pendant des années la première course parfaite à vélo, mais en apportant constamment de petites améliorations7. Commencez par de petites choses bien spécifiques, mais commencez. Commencez à mesurer ce que vous faites, parce qu’à défaut de le faire, vous ne pouvez pas vous améliorer. Prévalez-vous des ressources et du soutien à votre disposition en AQ. Et, bienvenue à la médecine familiale du 21e siècle.
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