Question clinique
Que peut-on faire pour réduire le nombre de tâches cliniques inutiles en pratique familiale?
Résultats
Les médecins font face à de nombreuses demandes chronophages, et les tâches administratives sont souvent perçues comme un fardeau. À l’opposé, les tâches cliniques font partie des attentes et sont considérées comme nécessaires, quoique certaines pourraient être évitées. Nous réfléchissons rarement aux nombreuses tâches cliniques qui représentent un déclencheur caché de la surcharge de travail (Figure 1). Les examens diagnostiques non nécessaires peuvent entraîner des visites de suivi ou des demandes d’information par les patients, des investigations répétées ou des requêtes de consultation, ce qui gruge du précieux temps clinique. Il s’agit d’une possibilité perdue qui détourne du temps et de l’attention au détriment de soins de grande valeur qui améliorent les résultats pour les patients.
Tâches cliniques non nécessaires
Données probantes
Selon l’Institut canadien d’information sur la santé, jusqu’à 30 % des examens diagnostiques et des traitements médicaux pourraient être inutiles1, peu susceptibles d’être bénéfiques pour les patients, tout en étant possiblement préjudiciables. Au cours de la dernière décennie, Choisir avec soin Canada a présenté des conseils sur les façons d’éviter les soins de faible valeur, mais de nombreuses habitudes de soins peu valables existent encore en médecine familiale.
L’atténuation de l’incertitude clinique et la gestion des attentes des patients sont souvent mentionnées comme des raisons de prescrire des examens diagnostiques inutiles2. Par ailleurs, de nombreux patients aiment discuter des options de soins plutôt que de subir des examens diagnostiques non nécessaires. Bref, des conversations fondées sur des données probantes peuvent clarifier les bienfaits et les préjudices des examens diagnostiques et des traitements médicaux, tout en renforçant la confiance des patients envers les soins primaires. Un outil simple, présenté à l’Encadré 13, peut guider la conversation lorsque des patients demandent des examens diagnostiques qui ne sont pas étayés par des données probantes.
Stratégies de communication pour composer avec les demandes d’examens diagnostiques par les patients
Aborder
Écouter les préoccupations des patients et les questionner sur leur raisonnement
Reconnaître
Valider leurs objectifs et leurs préoccupations
Recentrer
Expliquer pourquoi l’examen diagnostique ou le traitement n’est pas nécessaire et offrir des options de rechange (p. ex. un suivi)
Données tirées de Thériault et coll.3.
Le fait de prendre le temps durant un rendez-vous pour explorer une inquiétude médicale d’un patient ou expliquer pourquoi un examen diagnostique n’est pas nécessaire peut diminuer le nombre de tâches inutiles à l’avenir et améliorer la satisfaction du patient. Les relations longitudinales créent la confiance voulue pour justifier une attente vigilante dans les cas appropriés. Ces moments ne sont pas seulement efficients; ils font partie de ce qui rend la médecine familiale efficace, relationnelle et durable.
Le temps comme ressource épuisable. Le concept du temps nécessaire pour traiter (TNT) désigne le temps qu’un clinicien consacre à l’exécution d’une intervention4. Pour estimer le TNT, il faut réfléchir à la fréquence de l’intervention, au temps passé à faire l’intervention (p. ex. procéder à un examen physique annuel ou le temps nécessaire pour prescrire un examen), au taux prévu de résultats de tests anormaux et au temps passé à gérer les résultats des examens.
Le temps cumulatif détourné vers des examens diagnostiques inutiles et leurs tâches connexes, comme l’explication des résultats de tests bénins ou le suivi des observations fortuites, gruge en définitive la capacité de dispenser des soins significatifs aux patients. Le Tableau 1 présente une mesure du TNT pour 3 scénarios cliniques et met en évidence le fardeau de temps imposé aux cliniciens par des tests non nécessaires5,6. Pour les patients, le fait de recevoir des résultats légèrement anormaux peut être stressant, altérer la façon dont ils perçoivent leur santé et entraîner un suivi ou un traitement superflu. Lorsque ce même scénario se répète avec de nombreux patients, sur une période prolongée, surtout dans un milieu de soins primaires qui est fondé sur la continuité, l’impact cumulatif sur le temps du clinicien et les inefficiences systémiques globales peuvent être considérables.
Exemples de soins de faible valeur et fardeau de temps connexe en soins primaires
Le Tableau 1 illustre la façon dont le recours excessif à des examens peut engendrer une utilisation peu judicieuse du temps des cliniciens. De telles décisions amènent les médecins à détourner du temps et des ressources qui pourraient être consacrés à des patients dont les besoins en matière de santé sont plus urgents ou à des interventions dont les bienfaits sont éprouvés. Si le temps passé à la prestation de soins peu valables peut sembler minime, lorsqu’on en fait l’estimation, le temps accordé à des tâches cliniques non nécessaires est appréciable7. En changeant simplement ses habitudes pour réduire les tâches inutiles, un médecin peut retrouver et réattribuer des semaines de son temps.
Si les hypothèses utilisées dans ces calculs ne semblent pas réalistes dans votre pratique ou si d’autres exemples vous viennent en tête, un outil récemment élaboré, la Calculatrice de temps nécessaire pour traiter7, peut vous aider à calculer le temps que vous pourriez utiliser judicieusement avec vos patients. La calculatrice n’a pas pour but de servir à vérifier le rendement individuel, mais plutôt de faciliter la réflexion des cliniciens sur la viabilité de leur pratique et des changements avisés à apporter.
Cette calculatrice ne tient pas compte du temps passé dans l’ensemble du système. Les soins de faible valeur consomment des ressources qui vont au-delà du temps des médecins, car les infirmières, le personnel administratif, les techniciens et les patients sont entraînés dans ces tâches évitables. Sur le plan financier, ces tâches contribuent à des dépenses inutiles dans des systèmes où les ressources sont déjà sous pression. Sur le plan environnemental, elles produisent des émissions évitables, notamment des analyses additionnelles en laboratoire, une consommation d’énergie et des déplacements des patients. Fait peut-être plus important encore, elles imposent des coûts d’opportunité : le temps consacré à des soins de faible valeur n’est plus disponible pour des situations où il pourrait améliorer des résultats axés sur le patient.
Une utilisation judicieuse du temps. Les professionnels de la santé travaillent souvent au sein d’un environnement clinique, financier et politique qui impose des contraintes systémiques. Toutefois, dans le cadre de ces limites, les médecins peuvent quand même trouver intentionnellement des façons de préserver leur temps et leurs ressources pour promouvoir une culture de pratique plus durable.
Nous devons appuyer l’abandon des habitudes improductives et arrêter de prescrire des examens diagnostiques peu susceptibles d’être bénéfiques pour les patients. Le temps est essentiel pour dispenser des soins, et il doit être rigoureusement géré. En préservant le précieux temps des cliniciens et en nous concentrant sur l’essentiel, nous pouvons favoriser des soins aux patients plus appropriés, de qualité supérieure et sécuritaires. Le temps est l’une des ressources les plus rares et les plus précieuses en soins primaires. La réduction des soins de faible valeur, même à moindre échelle, peut restaurer la capacité de dispenser des soins judicieux et centrés sur le patient. Ces changements d’habitudes sont à l’avantage à la fois des cliniciens et des patients.
Notes
Choisir avec soin Canada est une campagne visant à aider les cliniciens et les patients à entamer un dialogue au sujet des examens, des traitements et des interventions inutiles, et à prendre des décisions judicieuses et efficaces pour assurer des soins de grande qualité. Jusqu’à présent, on compte 13 recommandations portant sur la médecine familiale, mais de nombreuses recommandations concernant d’autres spécialités s’appliquent à la médecine familiale. Les articles produits par Choisir avec soin Canada portent sur des sujets pertinents à la médecine familiale et dans lesquels des outils et des stratégies ont été utilisés pour mettre en œuvre une des recommandations et amorcer une prise de décision partagée avec les patients. Si vous êtes un professionnel ou un stagiaire en soins primaires et que vous avez suivi des recommandations ou utilisé des outils de Choisir avec soin dans votre pratique et que vous aimeriez partager votre expérience, veuillez communiquer avec nous à info{at}choosingwiselycanada.org.
Footnotes
Intérêts concurrents
Tous les auteurs sont impliqués dans le mouvement Choisir avec soin. La Dre Guylène Thériault est ancienne présidente du Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs.
Cet article donne droit à des crédits d’autoapprentissage certifiés Mainpro+. Pour obtenir des crédits, allez à https://www.cfp.ca et cliquez sur le lien vers Mainpro+.
The English version of this article is available at https://www.cfp.ca on the table of contents for the November/December 2025 issue on page 726.
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