
Partout au Canada, les médecins de famille et les communautés qu’ils desservent sont soumis à une pression immense. Des millions de personnes n’ont pas de médecin de famille1, et celles qui en ont un constatent souvent que ce dernier est débordé par la complexité des besoins, les lourdeurs administratives et la fragmentation des systèmes. Pourtant, malgré ces défis, on observe aussi de l’innovation et une grande résilience.
C’est ce qui a inspiré le balado Enjeux de la médecine de famille. Dans chaque épisode, nous mettons de l’avant des témoignages et des solutions concrètes de collègues qui réinventent les soins dans leur communauté. Dans nos trois premiers épisodes, j’ai eu le privilège d’échanger avec la Dre Sarah Newbery, la Dre Kerri Treherne et la Dre Tia Pham, dont le travail illustre la créativité, le courage et l’engagement qui caractérisent notre discipline.
La Dre Newbery, omnipraticienne en milieu rural à Marathon, en Ontario, exerce dans sa communauté depuis près de 30 ans. Ses collègues et elle sont arrivés au moment où l’hôpital local venait de perdre son accréditation et où des services risquaient de fermer. « On nous a dit que 85 médecins étaient passés par la communauté en 10 ans », se souvient-elle. « On ne peut pas bâtir un système sur des soins itinérants. »
Leur réponse a été d’adopter une façon de travailler entièrement différente, en mettant leurs ressources en commun pour que chacun puisse consacrer du temps à l’enseignement, assumer un rôle de leadership, se reposer et s’engager auprès de la communauté. Ils ont ainsi façonné une véritable culture de collaboration et constitué une équipe profondément ancrée dans les besoins de la population.
À Calgary, en Alberta, la Dre Treherne travaille depuis près de trois décennies dans un centre de santé communautaire à but non lucratif, où elle offre des soins complets et globaux à des populations vulnérables. Sa clinique propose de tout, des repas chauds aux cours d’activité physique, mais ce qu’elle valorise par-dessus tout, c’est « la culture de sécurité psychologique qui existe entre les membres de l’équipe ».
Grâce à un nouveau financement en Alberta, l’équipe de la Dre Treherne s’est agrandie, ce qui permet à chaque membre d’offrir des soins plus complets et d’améliorer l’accès aux soins pour les patients. « Parfois, le point d’entrée, c’est la nourriture, explique-t-elle. Quelqu’un vient pour un repas chaud et se retrouve en contact avec un travailleur social, une infirmière ou moi-même. C’est ainsi que les soins commencent. »
Elle a également partagé une vérité qui revient dans chacune de nos conversations : les soins offerts en équipe exigent du temps et des investissements. « Ce n’est pas le simple fait de rassembler des personnes au sein d’une équipe qui crée une équipe », m’a-t-elle confié. « Il faut être intentionnel : clarifier les rôles, reconnaître les champs d’exercice qui se chevauchent et définir un objectif commun. »
À Victoria, en Colombie-Britannique, la Dre Pham, codirectrice médicale de six centres de soins urgents et primaires, contribue à concevoir des modèles de soins offerts en équipe qui améliorent l’accès tout en préservant la dimension relationnelle des soins.
« Il faut une conception réfléchie : du leadership, une clarification des rôles, une colocalisation et des modèles de financement qui soutiennent la collaboration plutôt que des silos liés au paiement à l’acte. »
La Dre Pham a aussi souligné l’importance du leadership médical, non pas comme une hiérarchie, mais comme un partenariat. « Dans mon monde idéal, c’est un trio : une ou un responsable des soins médicaux, une ou un responsable de l’administration et une ou un responsable des soins infirmiers qui travaillent ensemble. »
Sa vision repose sur une responsabilité partagée et sur la continuité des soins. « La continuité peut tout à fait se recréer au sein de petits groupes : le patient connaît son infirmière, son médecin, son pharmacien. Ce sont toujours des soins centrés sur la relation, mais offerts par une équipe plus vaste. »
Dans ces trois conversations, des thèmes communs se sont dessinés : l’importance d’une culture intentionnelle, d’un financement adéquat, de temps suffisant, d’un leadership collaboratif, et de la joie au travail. La Dre Newbery nous a rappelé que cette joie naît « des relations avec les patients, des relations avec les collègues et d’un sentiment de sens et de maîtrise dans notre travail ». La Dre Treherne a décrit la satisfaction de voir des infirmières et infirmiers, des travailleurs sociaux et des médecins « qui peuvent offrir des soins complets et globaux ». La Dre Pham a insisté sur l’importance de soutenir le développement d’équipes où « différentes générations travaillent sous un même toit… apprennent les unes des autres et se soutiennent mutuellement ».
J’espère que vous prendrez le temps d’écouter, de réfléchir et de partager vos propres histoires. Ensemble, nous pouvons continuer à bâtir un avenir plus solide et plus connecté pour la médecine de famille au Canada.
Notes
Veuillez lire le code pour écouter (disponible en anglais seulement)

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