
La pratique de la médecine de famille est exigeante et, si vous lisez ces lignes, vous le savez probablement déjà. Depuis quatre ans, j’ai le privilège de travailler au Collège des médecins de famille du Canada (CMFC), mais j’exerce aussi comme médecin de famille à Montréal, au Québec. Les problèmes de santé de mes patients se sont complexifiés au fil des ans, alors que les ressources, elles, continuent de se raréfier. Les tâches administratives prennent beaucoup trop de place. À un moment de ma carrière où je pensais pouvoir ralentir un peu, je travaille plus que jamais. Vous vous reconnaissez là-dedans? Et puis est arrivée l’adoption forcée de la loi 2 au Québec1. Je passe beaucoup trop de temps sur les réseaux sociaux à lire les témoignages bouleversants de mes collègues de la province. Je partage leur désarroi et leur frustration.
Lorsque le Dr Mike Allan, chef de la direction du CMFC, m’a demandé si je souhaitais écrire un article pour Le Médecin de famille canadien, j’ai accepté sans hésiter. Pourtant, plus les jours passaient, plus je constatais que l’inspiration ne venait pas. Que pouvais-je bien écrire alors que je me sentais à plat? Mais quelque chose d’inattendu s’est produit lorsque j’ai récemment participé au Forum en médecine familiale (FMF). Je suis arrivée au congrès découragée et un peu déconnectée. Pourtant, au cours des quatre jours qui ont suivi, mon regard a changé. Les conférenciers des plénières ont abordé des sujets qui m’ont profondément touchée : l’unité, l’espoir, le lien et la guérison. Pendant le congrès, nous portions des rubans bleus pour témoigner notre soutien aux médecins du Québec. L’émotion était palpable. Des personnes que je ne connaissais pas venaient me dire à quel point elles étaient désolées de ce que nous vivons au Québec, en accompagnant leurs propos de sourires et d’encouragements.
Au fil du congrès, j’ai réalisé que je ne pensais plus à ma vie professionnelle avec frustration, mais avec gratitude, un sentiment que je croyais avoir perdu. Je me suis rappelée toutes les personnes qui m’ont accompagnée sur mon parcours : mes collègues extraordinaires, en clinique comme au CMFC, qui m’ont offert leurs conseils, ont ri avec moi, m’ont pris dans leurs bras; nos apprenants, qui, par leur dynamisme et leur perspective nouvelle, nous rappellent pourquoi nous faisons notre métier; ma famille, qui reste mon ancrage le plus solide; et, bien sûr, mes patients, qui m’ont fait l’honneur de m’accueillir dans leur vie.
Je pourrais continuer à voir notre profession avec tristesse et frustration. Ce sont des sentiments qui reviennent parfois, inévitablement. Mais le FMF m’a rappelé que mes collègues forment une véritable famille élargie, et que le CMFC n’est pas seulement mon employeur, mais ma famille professionnelle. Nous ne sommes jamais seuls. Même lorsque les temps sont difficiles, je garde une certitude profonde : comme médecins de famille, nous aimons profondément notre travail et nous saurons trouver notre chemin.
Notes
Sous les projecteurs

Le Dr Mohamed-Iqbal Ravalia est médecin et enseignant en médecine. Il a été nommé au Sénat en 2018 pour représenter la province de Terre-Neuve-et-Labrador.
Le sénateur Ravalia est né et a grandi en Rhodésie (aujourd’hui le Zimbabwe). Il a immigré au Canada en 1984, où il a pratiqué la médecine de famille à Twillingate, à Terre-Neuve-et-Labrador.
Sa passion pour l’enseignement lui a valu une nomination à un poste de professeur agrégé à l’Université Memorial. Dans le cadre de ses fonctions, il a contribué à consolider le programme d’enseignement régionalisé de la médecine. Il a également siégé à de nombreux comités au sein du Collège des médecins de famille du Canada et du Conseil médical du Canada.
Footnotes
This article is also in English on page 72.
- Copyright © 2026 the College of Family Physicians of Canada
Référence
- 1.↵






