Abstract
Objectif Présenter aux médecins de soins primaires une approche fondée sur des données probantes pour reconnaître et soigner un doigt en maillet.
Sources de l’information Une recherche documentaire a été effectuée dans PubMed et Google Scholar à l’aide de rubriques et de mots clés pertinents. Les recommandations ont été classées en catégories en se fondant sur les données cliniques factuelles et sur l’opinion d’experts en fonction d’un système de classement à 3 niveaux.
Message principal Une blessure dite du doigt en maillet se produit à la suite d’une force axiale causant une avulsion du tendon extenseur de la phalange distale. La blessure peut s’accompagner ou non d’une fracture par avulsion. Le diagnostic est posé cliniquement, et des radiographies sont utilisées pour évaluer une fracture connexe et l’alignement de l’articulation. Le traitement non chirurgical au moyen d’une attelle pendant 6 à 8 semaines constitue la norme de soins et produit d’excellents résultats, même dans les cas d’une présentation tardive. Une demande de consultation en chirurgie peut être envisagée pour des fractures par avulsion causant une subluxation de l’articulation, des blessures ouvertes et en cas d’échec du traitement conservateur. S’il n’est pas traité, le doigt en maillet peut entraîner des déformations en col de cygne susceptibles de limiter le fonctionnement.
Conclusion Il est facile de reconnaître et de soigner un doigt en maillet en milieu de soins primaires et d’obtenir d’excellents résultats chez les patients, sans avoir à demander une consultation spécialisée. Cette révision devrait aider les médecins de soins primaires à diagnostiquer un doigt en maillet, à apposer une attelle appropriée, à informer le patient et à reconnaître les cas où une demande de consultation est indiquée.
Description du cas
Un homme de 35 ans vous consulte à la clinique se plaignant de ne pas pouvoir déplier son auriculaire droit depuis qu’il l’a accidentellement « coincé » en jouant au basketball il y a 2 jours. Il signale une légère douleur et de l’enflure au bout du doigt. À l’examen, l’articulation interphalangienne distale (AID) de l’auriculaire droit reste pliée à 45° et le patient ne peut pas activement déplier le bout de son doigt. Une extension passive de l’AID est possible, mais le doigt revient à sa position fléchie lorsqu’il est relâché. Une sensibilité et une enflure légères sur la face dorsale du doigt sont présentes sur l’AID, mais il n’y a pas de blessure ouverte ni de lésion au lit de l’ongle. Vous soupçonnez un doigt en maillet, mais vous n’êtes pas certain de la marche à suivre, et vous vous demandez si une demande de consultation en chirurgie plastique ou de la main est nécessaire.
Sources de l’information
Des recherches documentaires ont été effectuées dans PubMed et Google Scholar à l’aide des rubriques et des mots clés suivants : mallet finger, extensor tendon injuries, distal interphalangeal joint injuries, bony mallet fractures, soft tissue mallet injuries, chronic mallet finger, DIP joint splinting, et management of mallet finger. Les listes de références des articles retenus ont aussi été dépouillées pour cerner des articles qui auraient été omis dans la recension initiale. Les recommandations ont été produites à partir des données cliniques probantes et de l’opinion d’experts, et classées en 3 niveaux. Les données probantes de niveau I sont tirées de revues systématiques, de méta-analyses ou d’essais randomisés contrôlés. Celles de niveau II sont dérivées d’autres études comparatives, comme des études de cohortes non randomisées. Les données de niveau III se fondent sur l’opinion d’experts. Les lignes directrices sur la prise en charge du doigt en maillet publiées par l’American Society for Surgery of the Hand1 et la British Society for Surgery of the Hand2 sont aussi citées en référence.
Message principal
Contexte. Une blessure dite du doigt en maillet se produit lorsqu’une force axiale est exercée (« coincement du doigt »), que l’AID est forcée à fléchir, causant une avulsion du tendon extenseur terminal (Figure 1)3-5. Que la blessure soit associée ou non à une fracture par avulsion sous-jacente de la phalange distale, le résultat est le même; l’AID du doigt demeure en flexion, et le patient est incapable de la détendre. En examinant les demandes de consultation électroniques en chirurgie plastique dans l’Est ontarien, nous avons observé que l’éducation et la transposition des connaissances étaient nécessaires, et que les blessures dites de doigt en maillet étaient l’un des sujets faisant le plus souvent l’objet de questions6. Étant donné que la plupart des doigts en maillet peuvent être soignés avec succès par des médecins de soins primaires (MSP) avec d’excellents résultats, nous passons en revue les données probantes concernant le doigt en maillet, y compris les soins à prodiguer pour ces blessures et l’importance de l’éducation des patients.
Présentation clinique d’un doigt en maillet à l’auriculaire
Reconnaissance et diagnostic. Le diagnostic d’un doigt en maillet est posé au moyen de l’anamnèse et de l’examen physique. L’incapacité du patient à détendre activement l’AID est un signe diagnostique. La correction passive du doigt (l’examinateur détend l’articulation) est possible, mais le patient sera incapable de maintenir la position. Si la blessure est aiguë, il pourrait aussi y avoir de l’enflure, une ecchymose et de la sensibilité sur la face dorsale de l’AID. Des radiographies sont habituellement prescrites pour déterminer la présence d’une fracture phalangienne distale connexe et l’alignement de l’articulation (Figure 2)1. Une étude par échographie peut confirmer une avulsion du tendon extenseur de la phalange distale, mais cette imagerie n’est pas nécessaire pour le diagnostic.
Radiographies latérales d’une lésion osseuse au doigt en maillet affectant la phalange distale de la main droite : A) Lésion osseuse au doigt en maillet avec fracture par avulsion à la base dorsale de la phalange distale. B) Lésion osseuse au doigt en maillet avec subluxation associée du carpe de la phalange distale à l’articulation interphalangienne distale, indiquant la nécessité possible d’une intervention chirurgicale.
Les diagnostics différentiels d’un doigt en maillet sont limités, mais ils incluent une blessure au bout du doigt ou à l’ongle, des changements osseux ou articulaires causés par l’arthrite et la déformation de Kirner (dystéléphalangie)1,7. La déformation de Kirner est une condition congénitale rare, caractérisée par une courbure progressive indolore de la phalange distale, habituellement à l’auriculaire8. Au contraire du doigt en maillet, la déformation de Kirner n’a pas une apparition traumatique aiguë et est habituellement indolore. Chez l’enfant, une fracture Seymour (à travers la physe de la phalange distale) peut être méprise pour un doigt en maillet. Il faudrait rapidement reconnaître ce diagnostic erroné, parce que les fractures Seymour posent un risque d’ostéomyélite si une fracture ouverte passe inaperçue (Figure 3)9.
Fracture Seymour : A) Photo clinique d’une fracture Seymour. B) Photo clinique d’une fracture Seymour avec un tourniquet appliqué. C) Radiographie d’une fracture Seymour.
Le rôle des MSP dans la prise en charge. Le doigt en maillet est généralement traité sans intervention chirurgicale à l’aide d’une attelle en continu, sans interruption. Une revue systématique4 a fait valoir que la prise en charge tant chirurgicale que non chirurgicale produisait d’excellents résultats, tandis qu’une autre revue systématique d’essais randomisés contrôlés10 n’a pas relevé de données probantes suffisantes pour déterminer quelle méthode était supérieure. C’est pourquoi l’American Society for Surgery of the Hand1 et la British Society for Surgery of the Hand2 recommandent la prise en charge non chirurgicale au moyen d’une attelle.
Il existe une variété d’attelles qui peuvent servir à maintenir l’AID en extension et permettre la guérison du tendon (Figure 4). Parmi les options d’attelles figurent les attelles en plastique, celles en mousse et aluminium et celles en plastique thermoformable. Une revue systématique et une étude rétrospective ont démontré que toutes ces formes étaient également efficaces pour traiter un doigt en maillet11,12. Même si les protocoles recommandés varient dans une certaine mesure, la plupart recommandent le maintien ininterrompu d’une attelle pendant 6 à 8 semaines1,2,13-15. En outre, une étude prospective de cohortes16 a révélé que des instructions par écrit étaient utiles pour améliorer l’adhésion au traitement et les issues chez les patients (Annexe, disponible en anglais dans CFPlus*). D’autres instructions sont d’encourager une amplitude de mouvement (ADM) de l’articulation interphalangienne proximale pour prévenir la raideur, et elles stipulent que si l’attelle est enlevée pour l’hygiène du doigt, il faut voir à empêcher l’AID de fléchir et de nuire ainsi à la guérison11,15.
Divers types d’attelles utilisées pour le traitement conservateur d’un doigt en maillet : A) Attelle en mousse et aluminium. B) attelle en plastique thermoformable. C) Attelle en plastique.
Résultats prévus. En général, les résultats à la suite d’une immobilisation par attelle sont excellents, et la majorité des patients retrouvent une entière ADM et une pleine capacité d’utilisation à la suite du traitement. Toutefois, jusqu’à 12 % des patients ayant subi une blessure dite du doigt en maillet et 25 % de ceux ayant consulté tardivement (plus de 4 semaines après la blessure), il peut subsister un petit décalage dans l’extension (écart moyen [déviation standard] de 11° [12°]) ou une petite déformation sur la surface dorsale du doigt4,17,18. Cependant, cela n’entraîne habituellement pas de problèmes fonctionnels1. Rarement, certains patients verront aussi des sillons ou de légères déformations sur l’ongle après la blessure, qui disparaissent souvent quand l’ongle repousse19,20.
Si un retard dans la consultation et le traitement peut être associé à des taux plus élevés de décalage résiduel dans l’extension, de nombreuses études rétrospectives de comparaison18,21,22 ont démontré que l’immobilisation par une attelle peut encore produire de bons résultats jusqu’à concurrence d’en moyenne 8 semaines. Par ailleurs, l’omission de traiter un doigt en maillet peut causer des déséquilibres du tendon et des déformations en col de cygne affectant tout le doigt23. Il peut s’ensuivre une douleur chronique et une déficience dans la mécanique du doigt, limitant le fonctionnement de la main24,25.
Lignes directrices sur les demandes de consultation en chirurgie plastique ou de la main. Il y a lieu d’envisager une demande de consultation pour un doigt en maillet présentant une subluxation de l’articulation sur les radiographies. Il n’est pas courant qu’une subluxation se produise sans une importante fracture par avulsion déplacée (plus du tiers de la surface articulaire). Même dans les cas d’importantes fractures par avulsion déplacées, l’immobilisation par une attelle est appropriée si la congruence de l’articulation peut être maintenue. En outre, il faudrait envisager une demande de consultation pour les blessures ouvertes (causant une lacération directe du tendon extenseur) ou pour les patients dont les symptômes ne répondent pas au traitement par attelle2.
Résolution du cas
Vous demandez des radiographies du doigt qui révèlent l’absence de fracture ou de subluxation. Par conséquent, vous dirigez le patient chez un thérapeute de la main pour l’application d’une attelle en plastique thermoformable et des instructions claires précisant de la porter sans interruption pendant 6 semaines. Vous lui remettez un feuillet d’information (Annexe*) pour maximiser la compréhension du patient et son adhésion, en insistant pour dire qu’il est essentiel de bien suivre les consignes pour assurer la guérison complète. Il n’est actuellement pas nécessaire de demander une consultation en chirurgie plastique ou de la main, mais vous ferez un suivi dans 6 semaines pour vous assurer de l’entière guérison.
Conclusion
Les blessures dites de doigts en maillet se présentent fréquemment et peuvent être efficacement prises en charge par des MSP. Cette révision présente aux médecins une approche étape par étape et fondée sur des données probantes pour diagnostiquer et soigner un doigt en maillet. En offrant aux MSP les connaissances et les outils pour traiter cette blessure courante, nous pouvons réduire les demandes de consultation et améliorer les soins aux patients.
Notes
Points de repère du rédacteur
▸ Une blessure dite du doigt en maillet se produit à la suite de l’exercice d’une force axiale, lorsque l’articulation interphalangienne distale (AID) est forcée à fléchir, causant une avulsion du tendon extenseur terminal. Que la blessure soit associée ou non à une fracture par avulsion sous-jacente de la phalange distale, le résultat est le même; l’AID du doigt demeure en flexion et le patient est incapable de le détendre.
▸ Les patients qui consultent tardivement pour un doigt en maillet peuvent quand même avoir d’excellents résultats au moyen d’une attelle seulement. L’échec du traitement est couramment causé par l’omission par le patient d’observer les consignes (même une brève flexion de l’AID durant l’hygiène); il est possible d’améliorer l’adhésion au traitement par une éducation structurée (p. ex. des instructions par écrit).
▸ Une subluxation de l’articulation (et non pas la taille de la fracture à elle seule) est l’indication critique pour une consultation en chirurgie; par ailleurs, même les fractures importantes et déplacées peuvent guérir avec une attelle si l’articulation demeure alignée.
▸ Les doigts en maillet non traités peuvent progresser en une déformation en col de cygne, causant des limites fonctionnelles.
Footnotes
↵* L’Annexe est accessible en anglais à https://www.cfp.ca. Allez au texte intégral de l’article en ligne et cliquez sur l’onglet CFPlus.
Collaborateurs
Tous les auteurs ont contribué à la recherche documentaire et à la préparation du manuscrit aux fins de soumission.
Intérêts concurrents
Aucun déclaré
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Cet article a fait l’objet d’une révision par des pairs.
The English version of this article is available at https://www.cfp.ca on the table of contents for the February 2026 issue on page 93.
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