

La population canadienne mérite des soins primaires optimaux. Mais qui les fournit? Selon les régions du monde, il peut s’agir de médecins de famille, d’omnipraticiens, et parfois d’internistes généraux, de pédiatres ou d’autres professionnels. S’il est pratique de les regrouper sous l’appellation médecins de soins primaires, cette désignation restreint néanmoins, de manière involontaire, le rôle des médecins de famille. Or, nombre d’entre eux offrent des soins d’urgence, de longue durée et palliatifs, assurent des services hospitaliers, réalisent diverses interventions cliniques, et bien plus encore. Bien que ces dimensions de la pratique médicale ne soient pas toujours classées parmi les soins primaires, elles relèvent néanmoins toutes de la médecine de famille.
Parler d’un fournisseur de soins primaires pour désigner un médecin de soins primaires accentue la confusion terminologique. Le premier terme est souvent employé pour désigner toute personne qui prodigue des services de soins primaires, y compris divers professionnels de la santé associés. S’il est utilisé sans discernement, il peut être réducteur et simpliste. Lorsque nous parlons de fournisseur de soins de santé, faisons-nous référence au fournisseur de soins primaires principal ou à tout autre professionnel de la santé qui participe à la prestation des soins primaires auprès des patients? Il s’agit là de fonctions et de rôles distincts, qui relèvent presque toujours de champs d’exercice différents.
À l’extérieur du milieu médical, et parfois même en son sein, on comprend mal la formation, les aptitudes, les compétences, les études requises et les rôles pour chaque profession. Un terme confus et imprécis n’éclaire en rien la compréhension de nos rôles pour les patients ou les bailleurs de fonds. L’usage générique du terme fournisseur de soins primaires entrave ainsi la capacité de la médecine de famille à revendiquer la valeur spécifique de la profession. Mais de quelle valeur s’agit-il au juste?
De nombreuses recherches se sont penchées sur la valeur des soins primaires, principalement sur les médecins de soins primaires. La Dre Barbara Starfield1 a mené les premiers travaux dans ce domaine et les principes fondamentaux n’ont guère changé depuis2. Elle avait montré que les médecins de famille, davantage que les autres professionnels de la santé, étaient associés à une réduction de la mortalité1. L’idée selon laquelle on pourrait combler les lacunes du système de soins primaires en recourant à d’autres fournisseurs de soins ne repose pas sur des données solides attestant des avantages de la médecine de famille.
Le remplacement est une solution vouée à l’échec, qui donne l’illusion de mesures visant à améliorer les soins aux patients, mais qui se fait généralement au détriment de la collaboration entre les fournisseurs de soins de santé. La solution consiste à reconnaître ce qui est systématiquement lié à la valeur, puis à le mettre en avant. Au Canada, les médecins de famille fournissent 95 % des soins primaires3. Ils gèrent les problèmes de santé principalement pris en charge dans ce cadre4. La médecine de famille, c’est les soins primaires (et bien plus encore).
Le Canada n’a pas suffisamment investi dans le soutien aux médecins de famille pour leur permettre de prodiguer des soins primaires et la population canadienne en paie le prix. Nous défendons fermement un modèle de soins intégré, fondé sur la collaboration des professionnels de la santé associés afin d’optimiser les soins aux patients et d’en améliorer l’accès. Chaque équipe devrait pouvoir compter sur un médecin de famille pour offrir aux patients des soins de qualité optimale. Les médecins de famille ont une formation médicale approfondie, axée sur la continuité, les soins longitudinaux et la globalité; ce sont des experts de l’incertitude et de la complexité, du diagnostic à la prise en charge, à toutes les étapes de la vie. La population canadienne mérite les meilleurs soins primaires — et ceux-ci reposent avant tout sur un médecin de famille.
Notes
Sous les projecteurs

Élevée sur l’île Salt Spring en Colombie-Britannique, la Dre Clare Rustad est retournée à ses racines sur la côte ouest en 2018 après avoir obtenu son diplôme de médecine à l’Université de Toronto, en Ontario. Elle a été joueuse de soccer professionnelle et a aidé Équipe Canada à atteindre les quarts de finale aux Jeux olympiques d’été de 2008 à Pékin, en Chine. La Dre Rustad a été analyste et commentatrice de soccer pour de grandes chaînes de télévision.
Footnotes
This article is also in English on page 216.
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