
Le médecin de famille considère chaque contact avec ses patients comme une occasion de faire de la prévention ou de l’éducation en matière de santé.
Dr Ian McWhinney, A Textbook of Family Medicine
Les réflexions à propos des soins de santé préventifs et des moyens les plus efficaces de les prodiguer comptent parmi les préoccupations importantes dans ma carrière. Mon intérêt a commencé tôt après mon arrivée au Département de médecine familiale de l’Hôpital Women’s College à Toronto (Ontario) en 1994. J’avais hérité de nombreux patients plus âgés rattachés à 2 médecins de famille qui venaient de prendre leur retraite. À cette époque, le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs recommandait un dépistage opportuniste. Par exemple, si un patient vous consultait pour un rhume, vous deviez vérifier sa pression artérielle, de même qu’évaluer son risque cardiovasculaire. Autrement dit, comme nous y incitait le Dr Ian McWhinney, il fallait faire de chaque rencontre clinique une occasion de faire de la prévention.
Même lorsque le nombre d’interventions en soins préventifs étayées par de bonnes données probantes pour les patients plus âgés était limité, je me suis retrouvé à appliquer le principe de manière incohérente (c’est-à-dire, rarement). Dans une pratique achalandée, j’étais davantage concentré sur le problème immédiat en cause. À cette époque, la plupart de mes collègues de la clinique donnaient des rendez-vous aux patients de tous les âges pour un bilan annuel ou un examen périodique de leur santé. Je me suis alors demandé quels patients plus âgés recevaient le plus de soins préventifs : ceux qui consultaient pour d’autres raisons plus urgentes ou ceux qui venaient à un rendez-vous annuel? De concert avec les Drs Amy Freedman et Gary Naglie, nous avons découvert que ceux qui venaient pour un bilan étaient 2 fois plus susceptibles de recevoir des soins préventifs appropriés que ceux qui consultaient le médecin pour d’autres raisons1.
J’ai aussi commencé ma carrière en médecine familiale à un moment où les guides de pratique clinique sur le dépistage et les soins préventifs prenaient une expansion exponentielle. Comme plusieurs, je me demandais bien comment nous allions pouvoir les mettre en application alors que nous étions déjà débordés à dispenser des soins aigus et pour les maladies chroniques2. Mes préoccupations étaient surtout d’ordre pratique — comment mes collègues et moi-même allions-nous trouver le temps pour ce faire3 — plutôt qu’un souci plus profond et plus philosophique.
La généraliste britannique, la Dre Iona Heath, a toujours été une iconoclaste, remettant souvent en question certaines de nos plus chères convictions en médecine, de l’utilité des soins préventifs chez les aînés4 aux bienfaits pour améliorer la santé de mesurer des résultats sur le plan de la qualité de la santé qui sont axés sur la maladie5.
Dans ce numéro du Médecin de famille canadien, Heath revient sur le troisième principe de la médecine familiale selon McWhinney (cité plus haut) dans notre série « Fondements de l’avenir » (page e93)6 qui célèbre le centenaire de la naissance de McWhinney. Dans son style inimitable, Heath va au-delà de se pencher sur les interventions en soins préventifs qu’il faut offrir ou des façons de trouver le temps de dispenser tous ceux que les médecins de famille sont appelés à prodiguer dans des systèmes de santé de plus en plus industrialisés. Elle explore plutôt de manière plus approfondie les façons dont les médecins de famille peuvent retrouver l’art de la prévention qui mise sur notre connaissance de nos patients et de nos relations à long terme avec eux.
Footnotes
Les opinions exprimées dans les éditoriaux sont celles des auteurs. Leur publication ne signifie pas qu’elles soient sanctionnées par le Collège des médecins de famille du Canada.
This article is also in English on page 222.
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